Vendée Globe : les 4 premiers ont passé le Cap de Bonne-Espérance

Par Figaronautisme.com

Le skipper de MACIF Santé Prévoyance, Charlie Dalin, a parcouru les 3 250 milles théoriques du tronçon entre l'équateur et le cap de Bonne Espérance en seulement 7 jours, 18 heures et 39 minutes. En réduisant à la fois la spatialité et la temporalité, il a prouvé que la réalité peut rattraper la fiction. Cependant, il n'a pas eu beaucoup de temps pour savourer sa performance, car, comme ses concurrents, il se prépare à entrer dans l'océan Indien avec quelques manœuvres stratégiques à réaliser.

« J’ai perdu un peu le fil du temps ! Je ne sais plus quel jour on est…. Vendredi, je crois… », a concédé Charlie Dalin, visiblement un peu déphasé après avoir littéralement compressé l’espace-temps et rétréci les distances ces derniers jours. Il ne lui aura fallu qu’une semaine et des poussières pour rallier l’équateur et le cap de Bonne Espérance. « J’ai l’impression d’avoir été téléporté ! C’est vraiment impressionnant le peu de temps qu’on a mis à faire ce tronçon ! », a ajouté le skipper de MACIF Santé Prévoyance avec ce sentiment étrange mais grisant d’avoir seulement mis une fraction de seconde pour avaler tout l’Atlantique Sud. « C’était assez dingue ! Ça m’avait toujours fait rêver d’avoir une trajectoire rectiligne, comme sur les records autour du monde ! », a ajouté le Havrais pour qui la téléportation était jusqu’alors avant tout un outil utilisé dans les scénarios de romans ou de films de science-fiction. Il était en effet loin d’imaginer que lui, Thomas Ruyant (VULNERABLE), Yoann Richomme (PAPREC – ARKEA), Sébastien Simon (Groupe Dubreuil) mais aussi Nicolas Lunven (Holcim – PRB) et Jérémie Beyou (Charal), réussiraient à se faufiler dans un trou de ver, donnant alors vie, d’une certaine manière, aux héros d’Hypérion de Dan Simmons ou, dans un autre style, de celui des comic books, Lila Cheney.

A en perdre tous ses repères
Le hic, c’est qu’à être allés si vite, ils ont complètement perdu la notion du temps. « Ç'a été si rapide que je ne me rends pas tellement compte d’où je suis aujourd’hui. Les moyennes auxquelles on s’est déplacés vers le Sud-Est font qu’on a perdu entre 5 et 6 degrés par tranches de 24 heures et qu’on a traversé beaucoup de fuseaux horaires en peu de temps. Ce matin, j’ai été surpris que le jour se soit levé si tôt ! », a concédé le navigateur qui a pris de plein fouet l'été austral dans la figure. « Ce n’est pas encore ambiance mers du Sud mais ce n’est pas plus mal car c’est plus agréable comme ça », a noté Charlie dont la prochaine étape est désormais de franchir la longitude du cap des Aiguilles, le point le plus méridional du continent africain marquant, par ailleurs, le passage de l’océan Atlantique à l’Indien. Un passage qui promet de se faire dans des conditions plutôt clémentes, aux environs de 21 heures. « La première portion n’a pas l’air trop engagée. Il y a quatre ans, à ce même endroit, j’avais essuyé un coup de vent. Ce ne sera pas le cas cette fois et c’est tant mieux », s’est réjoui Charlie Dalin notant la différence de contexte sur le plan météorologique par rapport à son premier tour du monde, mais pas seulement.

Un horizon d’Espérance
En 2020, s’il avait aussi été le premier à déborder le premier des trois grands caps du parcours, il l’avait alors fait avec une avance de 300 milles sur son plus proche poursuivant. Là, trois de ses rivaux marchent littéralement sur ses talons et deux autres restent à portée de tir. « On savait tous que ce serait une édition très disputée. C’est le cas et c’est génial. J’ai vraiment l’impression de faire une course de Figaro autour du monde. Thomas, Yoann, Seb… tout le monde est assez groupé. Ça navigue fort et ça navigue vite ! », a confirmé le marin qui, après une incroyable course de vitesse ces derniers jours, entame en ce moment une phase un plus stratégique. « Il y a des placements à faire et des situations à gérer. On passe un peu plus de temps sur l’ordi ces derniers temps que lors de ces derniers jours. Le champ des possibles se rouvre un petit peu plus ». Dans l’instant, le jeu en tête de flotte consiste à anticiper au mieux l’arrivée d’une dépression. Une zone fermée de basse pression atmosphérique assez costaude dont l’arrivée est prévue mercredi prochain et qui va, en principe, leur donner un sacré coup d’accélérateur.

Coup d’accélérateur à venir pour tout le monde
C’est peu ou prou la même chose pour ceux qui suivent. « En ce moment, on enchaîne les empannages vers le Sud avec peu de vent et des angles pas terribles en attendant que la prochaine dépression se reconstitue », a détaillé Louis Burton (Bureau Vallée), impatient de retrouver la carbu et d’avoir l’occasion de revenir au score. « Ce n’est pas très agréable d’être en position reculée. Il faut faire un bon boulot sur soi-même et gérer un peu comme lorsque l’on monte une grande côte à vélo, c’est-à-dire sans trop regarder vers le haut », a commenté le Malouin qui préférait évidemment être au cœur du match infernal qui se joue devant mais qui n’oublie pas que la course est encore trèèèèèès longue. Même chose pour Benjamin Dutreux (GUYOT environnement – Water Family). « Ce n’est pas évident de voir les premiers s’éloigner et de se sentir impuissant, surtout quand on aime régater au contact. Il faut que j’arrive à découvrir un nouveau « moi ». Que j’arrive à me créer un nouveau challenge ! », a relaté le Sablais qui tente lui aussi de se frayer le meilleur chemin en attendant d’attraper la fameuse dépression qui va le catapulter plein pot vers le cap de Bonne Espérance ce week-end.

Une régate à échelle planétaire
« Ça va sans doute être assez brutal car d’un coup, il va faire froid, il va y avoir de la mer et du vent. Ça va faire un sacré changement de rythme mais j’ai hâte de rentrer dans cette phase et d’entrer dans les mers du Sud », a ajouté Benjamin. S’il va, de fait, bientôt prendre un joli coup de pied aux fesses, il en sera de même pour le gros du peloton, désormais emmené par Giancarlo Pedote (Prysmian). Dans l’immédiat, il évolue toujours dans la dorsale. « Pour le moment, les conditions sont exceptionnelles. Il y a toutefois une petite frustration en ce qui me concerne car la nuit dernière je me suis trop approché de la zone sans vent et je me suis brûlé un peu les ailes », a commenté Tanguy Le Turquais (Lazare) qui joue néanmoins toujours des coudes au sein de son groupe. Un groupe qui se tient en une cinquantaine de milles seulement en ce vingtième jour de mer. « On s’amuse beaucoup. On fait une belle régate et c’est vrai que c’est très serré. Moi qui viens du Figaro, lorsque quelqu’un est un mille devant, je considère que c’est un mille de trop. Sur un tour du monde, sans doute qu’il faut que je change d’échelle ! », a terminé le Morbihannais. Vu l’intensité de la bagarre à tous les étages, on n’est toutefois pas vraiment sûr que cela soit nécessaire…

Les temps de Charlie Dalin :
Heure de passage au cap de Bonne Espérance : 16h45 ce vendredi 29 novembre.

Temps de course entre l’équateur et le cap de Bonne Espérance ; 7 jours, 18 heures et 39 minutes.

Temps de course entre Les Sables d’Olonne et le cap de Bonne Espérance : 19 jours, 03 heures, 43 minutes.
Retrouvez chaque jour notre analyse météo de la course avec METEO CONSULT Marine dans notre dossier spécial Vendée Globe.

L'équipe
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
Jean-Christophe Guillaumin
Jean-Christophe Guillaumin
Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
Charlotte Lacroix
Charlotte Lacroix
Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
Max Billac
Max Billac
Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
Denis Chabassière
Denis Chabassière
Denis Chabassière
Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
Michel Ulrich
Michel Ulrich
Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son TARGA 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
METEO CONSULT
METEO CONSULT
METEO CONSULT
METEO CONSULT est un bureau d'études météorologiques opérationnel, qui assiste ses clients depuis plus de 30 ans. Les services de METEO CONSULT reposent sur une équipe scientifique de haut niveau et des moyens techniques de pointe. Son expertise en météo marine est reconnue et ses prévisionnistes accompagnent les plaisanciers, les capitaines de port et les organisateurs de courses au large depuis ses origines : Route du Rhum, Transat en double, Solitaire du Figaro…