Vendée Globe : face à la dépression, un dilemme sans échappatoire

Par Figaronautisme.com

« Un problème sans solution est un problème mal posé », disait Albert Einstein. En ce sens, la difficulté à laquelle sont actuellement confrontés les marins du Vendée Globe - en particulier les leaders -, ressemble fort à un Rubik’s Cube sans couleurs. On parle là d’une vilaine dépression qui ne va leur laisser en réalité que deux choix : faire le dos rond ou… faire le dos rond. Elle est en effet tellement balèze qu’ils n’ont pas la possibilité de la contourner d’un côté ou de l’autre. Le seul compromis qu’elle leur offre, c’est de prendre 45 nœuds dans six mètres de vagues plutôt que 60 nœuds dans dix. On a déjà vu mieux comme alternative. Ce mardi, tous les marins du groupe de tête, y compris Charlie Dalin (MACIF Santé Prévoyance) et Sébastien Simon (Groupe Dubreuil) qui ont attendu davantage de temps que leurs adversaires pour modifier leur trajectoire, crapahutent vers le nord pour s’éloigner autant que possible du centre du système en question même s’ils savent que, dans tous les cas, ils vont se faire copieusement malmener pendant les prochaines 48 heures.

Si les marins partent généralement du principe que tout problème a une solution, ils font cependant parfois face à des difficultés qui les obligent à chercher des perspectives alternatives. En l’espèce, la grosse dépression qui prévoit de leur chatouiller les moustaches et même de tester la solidité de leurs plombages dentaires à partir de demain les oblige, depuis 48 heures déjà, à revoir leurs plans de route pour rejoindre le cap Leeuwin. Et pour cause, alors qu’elle ne cesse de se creuser à mesure qu’elle se rapproche d’eux, elle les oblige à prendre quelques précautions, notamment en contournant son centre pour éviter le plus dur, ce qui ne relève pas d’une capitulation, mais d’une stratégie lucide. En fait, il n’y a pas trop de solutions. La route s’arrête net. Il va juste falloir être très prudent et précautionneux avec le bateau. Laisser passer le plus gros de la tempête en espérant qu’on la traverse sans encombre et que tout se passe bien », a commenté Sébastien Simon (Groupe Dubreuil), prêt à jouer à la tortue et rentrer dans sa carapace si nécessaire.

Privilégier la sécurité : une stratégie nécessaire
« J’appréhende un peu. On va serrer les fesses pendant 48 heures. J’ai déjà pris 67 nœuds lors de The Ocean Race en 2023. Je sais que ce n’est pas agréable du tout mais il n’y a pas d’échappatoires », a confirmé le Sablais qui, comme les autres, décortique les fichiers de vent mais aussi ceux concernant l’état de la mer. Pour l’heure, pas moins de 60 nœuds et dix mètres de creux sont annoncés dans l’axe de la fameuse dépression.
« Ça ne va être facile pour personne. On va subir », a assuré Sébastien Simon, dont le choix stratégique est clair et se résume en un mot : prudence. C’est exactement la même chose pour ses rivaux, Charlie Dalin (MACIF Santé Prévoyance), Yoann Richomme (PAPREC ARKÉA), Thomas Ruyant (VULNERABLE) mais aussi Nicolas Lunven (Holcim – PRB), Jérémie Beyou (Charal), Sam Goodchild (VULNERABLE), Yannick Bestaven (Maître CoQ V), Paul Meilhat (Biotherm) qui ont, pour leur part, entrepris d’incurver leur trajectoire vers le Nord bien plus tôt. Tous ne seront pas mangés exactement à la même sauce et leurs conditions de navigations sont d’ailleurs déjà très différentes aujourd’hui.

Bien d’éviter d’aller au carton quand c’est possible
Pendant que les premiers composent avec de petits airs au près, les autres profitent d’une journée propice à la vitesse. C’est également le cas pour bon nombre de leurs poursuivants, et en particulier pour le gros du peloton qui file bon train dans un vent qui ne va faire que se renforcer d’ici à jeudi. Pour eux, les conditions de vent devraient néanmoins rester bien plus maniables que pour les leaders même si les courants des Aiguilles risquent de corser les choses aux abords du cap de Bonne Espérance. Certains devraient même réussir à passer entre les gouttes de cette première « patate » australe, à l’image de Manu Cousin, qui ne peut que s’en réjouir à la suite de sa mésaventure avec un OANI, avant-hier. « Mes routages me font effectivement passer derrière cette grosse dép’, ce qui est plutôt pas mal. Cela me laisse un peu de temps pour me remettre du choc psychologique que j’ai vécu. J’ai bien cru que ma course allait s’arrêter-là. J’ai vraiment eu la trouille. Je suis content de ne pas aller au carton juste après ça », a terminé le skipper de Coup de Pouce qui sait bien cependant que, quoi qu’il arrive, naviguer dans les mers du Sud, c’est forcément faire face à une violence climatique légendaire à un moment ou à un autre.
Retrouvez chaque jour notre analyse météo de la course avec METEO CONSULT Marine dans notre dossier spécial Vendée Globe.

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Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
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Jean-Christophe Guillaumin
Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
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Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
Denis Chabassière
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son TARGA 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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METEO CONSULT est un bureau d'études météorologiques opérationnel, qui assiste ses clients depuis plus de 30 ans. Les services de METEO CONSULT reposent sur une équipe scientifique de haut niveau et des moyens techniques de pointe. Son expertise en météo marine est reconnue et ses prévisionnistes accompagnent les plaisanciers, les capitaines de port et les organisateurs de courses au large depuis ses origines : Route du Rhum, Transat en double, Solitaire du Figaro…