L'expédition «Blue Observer» : véritable mission d'observation des océans

Carnet de voyage
Mardi 16 novembre 2021 à 12h33

L’expédition à la voile « Blue Observer » va contribuer à maintenir le niveau d’observation des océans grâce au réseau mondial Argo en déployant une centaine de flotteurs profileurs avec une faible empreinte carbone. Une première !

©ERIC Euro-Argo
L’expédition à la voile « Blue Observer » va contribuer à maintenir le niveau d’observation des océans grâce au réseau mondial Argo en déployant une centaine de flotteurs profileurs avec une faible empreinte carbone. Une première !

La pandémie mondiale a perturbé nos vies quotidiennes mais aussi  la recherche scientifique. De nombreuses missions en mer ont  par exemple été annulées ou retardées, ce qui a fortement affecté  le déploiement des flotteurs Argo. Pour y remédier, l’ERIC Euro-Argo a adopté une solution inédite : le 14 novembre, le voilier océanographique Iris a quitté Brest chargé de 17 flotteurs profileurs européens, avec pour objectif final de déployer une centaine de flotteurs (européens, américains et canadiens) dans l’océan Atlantique. À bord, l’équipage français «Blue Observer» sera responsable de cette ambitieuse mission scientifique. L’expédition est co-financée par la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA) et son partenaire Woods Hole Oceanographic Institution (WHOI), Argo Canada et Euro-Argo. Elle est le fruit d’une collaboration internationale coordonnée par OceanOPS. « C’est une première expérience innovante pour Argo de coordonner une telle opération de déploiement de flotteurs à partir d’un même bateau dans tout l’Atlantique et Euro-Argo est fier d’y contribuer. En cas de succès, cela pourrait devenir un moyen complémentaire des navires de recherche, à faible empreinte carbone, pour déployer ou récupérer des flotteurs en mer », explique Sylvie Pouliquen, directrice de l’ERIC Euro-Argo.

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Romain Cancouët, ingénieur opérationnel de l'ERIC Euro-Argo, explique le fonctionnement d'un flotteur profileur à l'équipage Blue Observer, à bord de l'Iris.© ERIC Euro-Argo

17 flotteurs profileurs européens prêts pour l'Atlantique

La mission en mer devrait durer environ trois mois. Les 17 flotteurs européens, mis à disposition par la France (Ifremer, Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer), les Pays-Bas (KNMI, Institut royal météorologique) et l’Allemagne (BSH, Agence fédérale maritime et hydrographique), seront déployés pendant le voyage transatlantique, en direction de Woods Hole (Massachusetts, États-Unis) où l’équipage récupérera ensuite les 83 flotteurs américano-canadiens. Ces derniers seront déployés pendant la deuxième partie du voyage, quand l’Iris poursuivra sa route dans l’Atlantique Sud, en direction de l’île de Sainte-Hélène, au large de la Namibie.

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Eric Defert, Romain Cancouet et Mathieu Belbeoch© ERIC Euro-Argo

Qu'est-ce que le réseau de flotteurs profileurs Euro-Argo ?

En 2014, plusieurs pays européens ont uni leurs forces pour contribuer au programme international Argo. Leur objectif ? Maintenir 25 % des flotteurs du réseau Argo d’observation des océans. Cette collaboration européenne a donné naissance à l’European Research Infrastructure Consortium (ERIC) Euro-Argo, qui compte aujourd’hui 12 pays membres.

Argo est le 1er réseau global d’observation in situ des océans. Il permet d’observer, comprendre et prévoir le rôle de l’océan sur le climat de la planète. Il se compose de près de 4 000 flotteurs profileurs autonomes, qui mesurent en temps réel la température et la salinité de l’océan. Ces flotteurs sont déployés par bateau, puis plongent jusqu’à 2 000 ou 4 000 mètres de profondeur et dérivent ensuite au gré des courants marins. Après un cycle de 10 jours environ, ces flotteurs finissent par remonter à la surface et envoient les mesures collectées. Ces données sont mises à la disposition des scientifiques, en accès libre. Elles leur ont par exemple permis d’affiner les estimations du stockage de chaleur par les océans. C’est un des paramètres déterminants pour évaluer l’ampleur du changement climatique et pour mieux comprendre les mécanismes de la hausse du niveau moyen des mers.

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Le trajet du voilier Iris. Les points jaunes représentent les déploiements de flotteurs profileurs prévus (positions approximatives)© Euro-Argo

Quelle est la nouvelle mission scientifique d'Euro-Argo ?

Euro-Argo prévoit d’étendre la surveillance de l’océan et de traquer le signal du changement climatique jusqu’aux grands fonds océaniques, grâce aux flotteurs « DEEP ». L’Europe s’attaque aussi à un enjeu de taille : la santé des écosystèmes marins. Certains flotteurs dits « BGC » sont pour cela équipés de capteurs de mesure de six paramètres biogéochimiques. Ces deux nouvelles générations de flotteurs sont en parfaite adéquation avec la nouvelle ligne directrice du programme Argo international qui vise une « mission globale, multidisciplinaire et à toutes les profondeurs ». De plus, Euro-Argo concentre ses efforts sur des zones spécifiques à l’Europe, telles que les régions côtières ou les mers marginales (mer Méditerranée, mer Noire, mer Baltique etc.). Ce sont des environnements particulièrement sensibles au changement climatique et qui nécessitent un nombre accru d’observations. Les 12 membres européens travaillent aussi de concert pour adapter la technologie des flotteurs aux zones les plus inaccessibles de l’océan. Pour affronter les zones partiellement recouvertes de glace, ils testent par exemple un algorithme qui permet au flotteur de replonger en profondeur en cas de détection de glace en surface.

Les nouvelles générations de flotteurs

Les flotteurs DEEP, capables de plonger jusqu’aux abysses (à 6000 mètres de profondeur), devraient apporter des données cruciales pour estimer les bilans d’échange de chaleur et de masses d’eau, ainsi que les variations du niveau marin.

Les flotteurs BGC, qui mesurent jusqu’à six paramètres biogéochimiques (oxygène, pH, nitrates, radiométrie, chlorophylle a, et particules en suspension). Les données biogéochimiques obtenues devraient permettre d’appréhender différents phénomènes, tels que l’acidification de l’océan ou la pompe à carbone.

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Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l'atout voyage et évasion de l'équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l'actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
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Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne. Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son Targa 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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Eric Mas est l'un des fondateur de METEO CONSULT – La Chaîne Météo. Éminent spécialiste de météo, Eric est également un marin passionné qui a routé les plus grands skippers sur toutes les eaux du globe : VDH lors du premier Vendée Globe, Philippe Jeantot, Jean Maurel, Michel Desjoyeaux, Francis Joyon, et tant d'autres. Actuellement il participe au projet de Lalou Roucayrol sur son multi 50.
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