Art Explora, deux ans de navigation culturelle avant le grand saut vers l’Atlantique
Une odyssée méditerranéenne pensée escale par escale
L’année 2025 a illustré avec force la singularité du modèle Art Explora. Cinq escales majeures ont jalonné cette odyssée méditerranéenne, de l’Albanie à Chypre, chacune construite comme un projet à part entière. À Durrës, la programmation s’est attachée aux récits intimes et à la place des femmes dans les sociétés méditerranéennes, mobilisant plus de 60 artistes et attirant 35 000 visiteurs. À Beyrouth, malgré le report du bateau-musée, le festival a su s’adapter en investissant des lieux culturels emblématiques, affirmant le rôle de l’art comme espace de respiration et de résilience dans un contexte fragile.
À Nice, l’escale a pris une dimension résolument maritime en s’inscrivant dans le cadre de la Conférence des Nations Unies sur l’Océan. Entre le port et le Palais des Expositions, la programmation a mêlé création artistique, innovation technologique et sensibilisation à la préservation des écosystèmes marins, attirant près de 30 000 visiteurs. Rijeka et Le Pirée ont, quant à elles, exploré le rapport intime entre création contemporaine, héritage portuaire et imaginaires collectifs, confirmant la capacité du festival à dialoguer avec l’histoire maritime des villes qu’il traverse.
Dernière escale de l’année, Limassol a marqué une forme d’aboutissement. Pendant onze jours, la ville s’est transformée en parcours artistique à ciel ouvert, mobilisant 145 artistes et un vaste réseau d’acteurs locaux. Une manière de rappeler que le projet Art Explora dépasse largement le cadre du bateau-musée pour irriguer durablement les territoires.
Une programmation co-construite, au plus près des territoires
L’une des forces du Festival Art Explora réside dans sa méthode. Chaque escale est conçue avec un commissaire d’exposition local, en lien étroit avec les artistes, institutions culturelles, associations et partenaires européens. Cette co-construction permet d’aborder des thématiques transversales - diversité culturelle, hospitalité, transformation urbaine, circulation des savoirs, écosystèmes marins - tout en restant fidèle aux enjeux propres à chaque territoire.
Ce parti pris se reflète dans les chiffres : en deux ans, 880 artistes ont été impliqués, des centaines de bénévoles mobilisés, et près de 10 000 scolaires et jeunes bénéficiaires accueillis. Autant d’indicateurs qui traduisent une ambition claire : faire de la culture un bien commun, accessible et partagé, au cœur des villes portuaires.
Le bateau-musée comme symbole et point d’ancrage maritime
Au centre du dispositif, le bateau-musée joue un rôle à la fois symbolique et opérationnel. Amarré dans les ports, visible depuis la ville, il devient un repère, un signal culturel fort qui attire des publics parfois éloignés des institutions traditionnelles. Autour de lui s’articulent pavillons d’exposition à quai, lieux culturels à terre et espaces publics investis par les performances et les rencontres.
Cette articulation entre mer et terre confère au festival une dimension singulière. La navigation n’est pas qu’un moyen logistique, elle fait partie intégrante du récit. Chaque traversée relie des rives, des cultures, des histoires, et inscrit la création contemporaine dans un mouvement, au rythme des ports et des escales.
Des résidences pour inscrire l’action dans la durée
Au-delà des événements, Art Explora a renforcé en 2025 son engagement en faveur de la création à long terme avec le programme de résidences croisées en Méditerranée. Soutenu par l’Union européenne, ce dispositif a permis à 20 artistes d’être accueillis dans différentes villes partenaires, de Tirana à Limassol, pour développer des projets en lien avec des enjeux sociaux, culturels et écologiques spécifiques.
Ces résidences, documentées par la série vidéo In The Eyes Of, participent à la construction d’un réseau méditerranéen durable, prolongeant l’impact du festival bien au-delà de la durée des escales et renforçant les liens entre artistes et territoires.
Cap sur 2026, une nouvelle frontière culturelle
Après avoir sillonné la Méditerranée, le Festival Art Explora s’apprête à franchir un cap symbolique. En 2026, l’itinérance débutera à Barcelone puis à Cascais, avant une escale à Tunis en lien avec la Biennale Jaou. Mais l’événement majeur reste l’ouverture vers l’Atlantique, avec des escales annoncées au Havre et à Saint-Malo, à l’occasion de la Route du Rhum - Destination Guadeloupe.
Une évolution naturelle pour un projet qui a fait de la mer son fil conducteur. En quittant la Méditerranée, Art Explora ne change pas de cap, il élargit son horizon. Toujours animé par la même conviction : l’art, lorsqu’il circule, relie les cultures, éclaire les enjeux contemporains et transforme durablement les territoires qu’il traverse.
