L'enquête Polynésienne - Épisode 18 : Cook !
Destins hors du commun frappés en pleine gloire par une disparition précoce et tragique.
Cook sera le premier anthropologue des mœurs insulaires, scientifiquement, à l’opposé de la vision « philosophique » de Bougainville. David Wray, membre de la Royal Society écrit, anticipant son épitaphe : « C’est un homme simple et droit ; et je suis bien placé pour dire qu’il est le meilleur de nos navigateurs » (CJ18)
Le grand James figure en tête des bibliographies publiées sur les plus éminents sujets de leurs très gracieuses majestés avec plus de 4800 publications recensées en 1970 (BMK). En deuxième position se hisse le vieux lion : Sir Winston Churchill, plus de mille biographies quand même en 2005 (RA) ; et, loin derrière, Horatio dont on recensait en 1990 déjà plus de 100 biographies (MR), avec la célébration du bicentenaire de Trafalgar ce chiffre a dû au moins doubler. Faisons donc, nous, le pari de la modestie !
Et modeste il l’est aussi l’Endeavour*, bateau charbonnier que la Royal Geographic Society of London confie à Cook pour son premier voyage, avec mission d’observer le transit de Venus à O ’Tahiti.
Le but officiel est de déterminer la distance séparant la planète Vénus du soleil.
L’expédition quitte Plymouth le 26 Aout 1768, c’est-à-dire trois mois seulement après le retour de Samuel Wallis et du Dolphin. Quelques marins de la précédente aventure réembarqueront d’ailleurs avec Cook, Gore entre autres. Tout malade qu’il fut durant la totalité de la circumnavigation, Wallis était convaincu avoir touché l’extrémité septentrionale du continent austral en relâchant à Tahiti, et ses commentaires sont transmis à Cook.
Aussi, l’autre mission, secrète celle-ci, et qui sera portée à la connaissance de l’explorateur quand, à la mer, Cook ouvrira les scellées du document qui lui a été remis, l’autre mission donc est de partir à la recherche du continent austral entraperçu.
En cette même fin d’été 1768, le 1er septembre, Bougainville ravitaille aux Moluques pour retourner en France.
Ce premier voyage, comme les deux suivants, est conçu comme une mission scientifique rigoureusement préparée. Embarquent : des botanistes (dont Joseph Banks), des dessinateurs, un astronome, et aussi à l’escale tahitienne un navigateur polynésien, Tupaia né à Raiatea. Tupaia sera d’ailleurs longuement auditionné dans notre enquête et à plusieurs titres, nous l’entendrons ultérieurement. La prévention du scorbut, qui faisait aussi partie de la mission, est un succès. Les décès seront essentiellement dus à la dysenterie et à la malaria à Batavia, escale redoutée depuis trois siècles par tous les marins pour son climat malsain.
L’Endeavour après une escale à Rio passe le Cap Horn sans difficulté le 20 janvier, et longe un atoll des tuamotu le 4 avril 1769 : « Nous vîmes plusieurs habitants des hommes pour la plupart qui longeaient la cote vis-à-vis du vaisseau avec de longues piques à la main s'ils avaient l'intention de nous empêcher d'atterrir Ils étaient tous nus sauf qu'ils portaient un pagne très étroit Ils avaient la peau couleur de cuivre foncée et de longs cheveux noirs » (CJ tI 20)
L’Endeavour contourne l’île du Nord, descend toute la côte ouest de Aotearoa, vire le cap Sud, remonte la côte orientale jusqu’au détroit qui sépare les deux îles et qui portera le nom de son découvreur européen. Cook en conclu qu’il ne s’agit pas du continent austral. Le travail fourni est énorme, le journal de bord regorge de précisions sur la géographie, l’observation naturelle : comme animal à quatre pattes il n’y a que des chiens et des rats, d’observations sur le physique, le comportement, les mœurs des maoris. La présence de Tupaia est essentielle pour la réussite de la mission. Non seulement par ses qualités de navigateur mais aussi parce que Tupaïa, en vrai diplomate converse avec les maoris, explique aux anglais le comportement de ces natifs.
Tupaia il les comprend ces Ma’ohis, Ces Ma’ohis ils le comprennent ce « O ‘Tahitien » .
Cook note que la langue du natif de Raiatea, Tupaïa, né à 2 500 milles de là, et celle des maoris est très voisine, et suggère la possibilité d’une même nation. James Cook est, parmi les découvreurs, le premier a en avoir plus que l’intuition, il lui manque encore deux tours à James pour l’affirmer.
Ce petit matin du 18 Aout il fait frisquet, c’est l’hiver austral. Nous avons dérapé l’ancre à 03h30 pour profiter du courant portant, voilà déjà 25 milles de parcourus depuis notre mouillage nocturne. Je scrute attentivement aux jumelles l’île qui se dévoile par notre travers bâbord à un peu plus d’un mille. Je scrute longuement et très attentivement, et pourtant rien n’est remarquable. Cela n’est pas étonnant : la stèle que j’espère découvrir est trop petite, je l’appris longtemps après.
Ce petit monument commémore un grand homme, et la prise de possession, au nom du roi George III de l’ensemble des terres baptisées « New Queensland, depuis le 32° sud jusque cet endroit ». C’était aussi en Aout, le 22, et 248 ans avant que, nous aussi, quittant le Pacifique nous franchissions le détroit de Torres cap à l’Ouest.
* Une réplique navigante de l’Endeavour, sillonne les eaux Australiennes, elle figure en « bandeau » de cet épisode. Crédit Remy Poirier
(CJ) Cook, James. Relations de voyage autour du monde tome I et II F/M la découverte Paris 1980
(BMK) Beddie, MK. Bibliography of Captain James Cook. Library of New South Walles. 1970. Cité in : https://www.captaincooksociety.com/
(RA) Roberts, Andrew. Roberts, Andrew. Churchill: Walking with Destiny. New York: Viking, 2018. ISBN 978-1-101-98099-6. https://www.fourmilab.ch/fourmilog/archives/2019-05/001815.
(MR) Morriss, Roger. Report of five recent biographies of Nelson Exter University. 2005
https://archives.history.ac.uk/history-in-focus/Sea/reviews/nelson
(CCJ) Captain Cook’s journal during his first voyage round the world. Elliot Stock London1893.
https://gutenberg.net.au/ebooks/e00043.html#ch4
(CroJ) Crozet, Julien. Nouveau Voyage à la mer du Sud, commencé sous les ordres de M. Marion du Fresne capitaine de brûlot & achevé, après la mort de cet officier, sous ceux de M. le chevalier Duclesmeur, garde de la marine, Chez Barrois l'aîné libraire, 1783. https://books.google.fr/books?id=vCuoG6JhkzoC
(PdHJ) Pottier de l’Horme, Jean. Le dramatique tour du monde du chevalier de Surville 1767-1773. Edition critique par Alain Morgat, Service historique de la Marine, Paris 2004.
https://books.google.fr/books?id=Lszm145KYWAC&printsec=frontcover&hl=fr&source=gbs_ge_summary_r&cad=0#v=onepage&q&f=false
(DJ) Dunmore, John. The expedition of the St Jean Baptiste to the Pacific 1769_1770. The Hakluyt Society London 1981. Tolino et https://natlib.govt.nz/records/21980706





