Torre Guaceto : les règles à connaître avant de naviguer dans l’aire marine protégée

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Par Le Figaro Nautisme avec Bloc Marine

Sur la côte adriatique des Pouilles, entre Brindisi et Carovigno, Torre Guaceto protège plus de 2 200 hectares de mer et un peu plus de huit kilomètres de littoral. Pour les plaisanciers, ce superbe secteur demande toutefois davantage qu’un simple coup d’œil à la carte : navigation, mouillage, pêche et plongée obéissent à un zonage précis, avec des restrictions particulièrement fortes dans les secteurs les mieux protégés.

Herbiers sous-marins, plages, fonds rocheux et habitats méditerranéens particulièrement riches ont valu à Torre Guaceto un haut niveau de protection. Créée en 1991, l’aire marine protégée s’étend aujourd’hui sur 2 227 hectares au large de la côte des Pouilles. Son organisation repose sur trois niveaux de protection, les zones A, B et C, dont il faut impérativement connaître les limites avant d’approcher en bateau. Pour un plaisancier de passage, la règle essentielle est assez simple : plus on se rapproche des zones les plus protégées, plus les possibilités de navigation deviennent limitées. La zone C constitue ainsi l’espace où certains usages nautiques restent possibles, tandis que les zones A et B sont soumises à des restrictions beaucoup plus importantes. Les limites sont matérialisées en mer et doivent également être reportées sur la cartographie utilisée à bord.

Zone A : un secteur à considérer comme interdit à la plaisance

La zone A correspond au niveau de protection intégrale. Pour un bateau de plaisance, il n’est donc pas question d’y entrer pour explorer la côte, de s’y arrêter ou d’y jeter l’ancre. Navigation, accès, stationnement et amarrage des navires et embarcations y sont interdits. Les seules exceptions concernent notamment les unités autorisées pour la gestion, la surveillance, certaines activités scientifiques ou des visites spécifiquement encadrées. Toute forme de pêche, professionnelle comme récréative, y est également interdite. En pratique, le navigateur doit donc identifier la zone A avant son arrivée et prévoir sa route de manière à rester à l’extérieur de son périmètre.

Zone B : une protection renforcée et très peu de liberté pour les bateaux

La zone B est une réserve générale. Elle reste très protégée et ne doit surtout pas être assimilée à une zone où l’on peut librement venir longer la côte avec son bateau.

La réglementation de la plaisance y interdit en principe la navigation libre. Les textes du gestionnaire encadrent également fortement les embarcations à voile, à rames, à pédales ou équipées d’une propulsion électrique, notamment selon les horaires et les autorisations délivrées. La navigation à moteur n’y est pas libre. La baignade peut en revanche être pratiquée dans les conditions prévues par la réglementation, notamment durant la journée. La logique reste celle d’un secteur où la découverte du milieu marin prime sur la circulation nautique.

Zone C : la principale zone accessible aux plaisanciers

C’est dans la zone C, qui représente la plus grande partie de l’aire marine protégée et joue le rôle de zone tampon, que les possibilités nautiques sont les plus importantes. Elle ne constitue pourtant pas une zone de navigation ordinaire. La navigation à voile, à rames, à pédales ainsi qu’avec une propulsion électrique y est autorisée dans les conditions prévues par le règlement. En revanche, la circulation des bateaux équipés de moteurs thermiques n’est pas libre dans l’aire marine protégée et relève des cas et autorisations définis par le gestionnaire.

Les unités autorisées à naviguer au moteur sont par ailleurs soumises à des limitations de vitesse particulièrement basses. Le dernier règlement d’application publié par le gestionnaire fixe notamment une limite de 5 nœuds à proximité du littoral en zone C et jusqu’à 10 nœuds au-delà de 300 mètres pour les unités autorisées concernées. Autre interdiction à retenir : les scooters des mers et engins assimilés ne sont pas admis dans l’aire marine protégée. Le ski nautique et les activités comparables y sont également interdits.

 

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Mouillage : jeter l’ancre n’est pas un réflexe autorisé

C’est probablement l’un des points les plus importants pour le plaisancier habitué à choisir une crique puis à jeter l’ancre. À Torre Guaceto, le mouillage forain ne doit pas être considéré comme autorisé librement dans la réserve. En zone C, le gestionnaire peut mettre en place des champs de mouillage et réglementer leur utilisation afin de limiter l’impact des bateaux sur les fonds. Lorsqu’un secteur est aménagé de cette manière, les bateaux doivent utiliser les dispositifs prévus plutôt que jeter leur propre ancre. À l’intérieur des champs de mouillage, la réglementation interdit notamment l’ancrage ainsi que le stationnement d’unités non amarrées aux dispositifs prévus. Cette précaution prend tout son sens dans une réserve qui protège notamment des habitats sous-marins particulièrement sensibles. Pour une escale, mieux vaut donc déterminer à l’avance si un dispositif d’amarrage est ouvert et autorisé plutôt que rechercher une zone de sable une fois sur place.

Pêche récréative : surtout ne pas se fier aux règles applicables hors réserve

La pêche est l’un des domaines les plus surveillés à Torre Guaceto. Et la présence de nombreux poissons dans ces eaux ne signifie évidemment pas que le plaisancier peut sortir ses lignes. En zones A et B, la pêche récréative est interdite. La pêche sous-marine est, elle, interdite dans l’ensemble de l’aire marine protégée, et le transport ou la détention de matériel destiné à cette pratique est également proscrit à l’intérieur de la réserve. Les compétitions de pêche sportive sont elles aussi interdites. Historiquement, une pêche récréative limitée pouvait être autorisée en zone C après délivrance d’une autorisation individuelle par le gestionnaire, suivant des règles précises. Mais le dispositif peut être suspendu ou modifié : le Consorzio avait ainsi suspendu les autorisations de pêche professionnelle et récréative du 1er mai 2024 au 31 décembre 2025. Les modalités étant susceptibles d’être arrêtées ou renouvelées par décision du gestionnaire, un plaisancier souhaitant pêcher en 2026 doit impérativement vérifier l’existence d’une autorisation en vigueur avant toute mise à l’eau d’une ligne.

Ce niveau de contrôle est au cœur du modèle de Torre Guaceto. La réserve est devenue une référence en matière de gestion des ressources halieutiques : après plusieurs années d’interdiction, une pêche professionnelle artisanale très encadrée a progressivement été réintroduite pour certains pêcheurs locaux. L’accès, les engins autorisés, les secteurs et la fréquence de pêche font l’objet de restrictions spécifiques.

Plongée sous-marine : possible, mais pas partout

Pour les plongeurs, le zonage est tout aussi déterminant. La plongée autonome individuelle ou en groupe est interdite dans les zones A et B. Les plongées nocturnes sont également interdites dans l’ensemble de l’aire marine protégée. En zone C, la plongée avec bouteille est possible sous réserve de l’autorisation du gestionnaire. Le plongeur doit notamment posséder au minimum un brevet de premier niveau. Les plongées individuelles autorisées s’effectuent entre le lever et le coucher du soleil et depuis le rivage, sans bateau d’assistance.

La réglementation limite également le nombre de plongeurs : cinq personnes au maximum peuvent évoluer simultanément sur un même site. L’activité doit rester dans un rayon de 50 mètres autour de la verticale de la bouée de signalisation du plongeur. Autrement dit, venir en bateau, mouiller devant un site puis partir plonger librement n’est pas le fonctionnement prévu par la réserve.

Une réglementation pensée pour limiter l’impact des bateaux

Ces contraintes peuvent paraître importantes au premier abord, mais Torre Guaceto constitue précisément un exemple de ce que peut produire une protection poussée du milieu marin. La réserve abrite des herbiers, des plages sableuses et plusieurs habitats méditerranéens remarquables, tandis que la gestion très stricte de la pêche a permis une forte reconstitution de certaines populations de poissons. Pour le plaisancier, la bonne approche consiste donc à considérer Torre Guaceto non comme une zone de navigation côtière classique, mais comme un espace naturel protégé que l’on traverse ou découvre selon des règles particulières. Avant d’y entrer, il faut identifier précisément les zones A, B et C, vérifier les règles applicables à son type d’embarcation et ne jamais supposer qu’un usage autorisé ailleurs en Italie l’est également dans la réserve. Cela vaut particulièrement pour la navigation motorisée, le mouillage et la pêche, dont les modalités peuvent évoluer avec les décisions prises chaque année par le gestionnaire.

À retenir avant d’approcher Torre Guaceto

La zone A est interdite à la navigation de plaisance et à la pêche. La zone B reste elle aussi très fortement protégée et la circulation nautique y est limitée. La zone C concentre l’essentiel des activités autorisées, mais celles-ci restent réglementées. Le mouillage sur ancre n’y est pas libre, la circulation des bateaux à moteur est fortement encadrée et les jets-skis sont interdits dans toute l’aire marine protégée. Pour la pêche récréative, aucune ligne ne doit être mise à l’eau sans avoir préalablement vérifié auprès du gestionnaire qu’une autorisation est effectivement délivrée pour la période concernée. Enfin, la plongée autonome est interdite dans les zones A et B et soumise à autorisation et à plusieurs conditions en zone C.

À Torre Guaceto, quelques milles parcourus peuvent donc suffire à changer complètement de régime réglementaire. 

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Gilles Chiorri
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Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
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Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel ULRICH a navigué en plaisance le long de la côte atlantique, et embarqué au long cours sur des navires de la marine marchande, accumulant une large expérience de nombreuses expéditions maritimes. Il est un bénévole engagé à la SNSM (canotier, ancien vice-président de la station de l’Herbaudière) depuis plus de dix ans. Capitaine 200 UMS, il est maintenant auteur et conférencier dans le domaine de l’histoire maritime, lauréat (mention 2024) de l’Académie de Marine, auditeur de l’Académie de Marine, membre associé de la Fédération Maritime (Maison de la Mer à Nantes).
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Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
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Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.