A Marseille, le pass obligatoire pour accéder à une crique fait aussi des heureux

Escales
Lundi 27 juin 2022 à 11h34

©AFP Nicolas Tucat

"C'est génial", ou bien, "on a l'impression que c'est du flicage" : les réactions étaient contrastées dimanche sur le chemin menant à Sugiton, minuscule crique méditerranéenne de Marseille menacée d'érosion, dont l'accès est désormais soumis à une réservation préalable, une première en France.

"Ce matin, tout se passe bien, espérons que ce soit le cas toute la saison", explique à l'AFP Mathieu Benquet, chargé de mission police et risque au sein du Parc national des Calanques, posté à l'ultime point de filtrage, à quelques centaines de mètres des eaux turquoises de la calanque de Sugiton.

"Entre 30 et 50 personnes", notamment des étrangers, ont dû rebrousser chemin à ce niveau-là, explique-t-il, faute d'être en possession du précieux sésame, un QR code de réservation qu'il fallait télécharger. Et refaire donc, en sens inverse et en montée, environ 45 minutes de marche sous un soleil de plomb et au rythme du chant des cigales.

Mais "beaucoup plus" ont été recalés "dès l'entrée du massif", où le Parc avait mis en place deux points d'information du public, permettant un premier filtrage, ajoute M. Benquet. Pour toute personne forçant le barrage, l'amende est de 68 euros.

"On s'attendait à une petite proportion de personnes qui allaient râler, on reste dans les clous de ce qu'on avait imaginé", souligne Cyprien Giffon, 28 ans, un des écogardes.

Mais pour Younes Azabib, Marseillais de 26 ans venu décompresser avec ses amis, la pilule est dure à avaler.

"Nous, ça fait une dizaine d'année qu'on vient ici, c'est comme si c'était notre calanque !", s'insurge le jeune homme. Au courant de la mise en place des réservations, il ne savait pas "que ça prenait effet aujourd'hui".

"Le pique-nique, les pizzas, on avait tout prévu, sauf la réservation", ironise son ami, Bilal, 30 ans. Leur troisième camarade, Yohan, 30 ans également, ne cache pas son intention de contourner l'obstacle par des chemins de traverse, au risque de se faire contrôler par une brigade volante.

- "Laisser la garrigue reprendre ses droits" -

"On a fait presque une heure de trajet, donc on a envie de se baigner", assume le jeune homme: "La plage c'est un loisir, pas une contrainte", développe-t-il. "On est Marseillais, on a l'impression que c'est du flicage".

Pour d'autres, en possession du pass, ce contingentement est une aubaine. "C'est hyper agréable, c'est génial", témoigne Isabelle, Marseillaise de 50 ans qui habituellement évitait la calanque l'été: "D'abord parce qu'il fait chaud mais aussi parce qu'il y a trop de monde. On va enfin pouvoir se baigner".

Elle profite donc d'un bain de mer avec son compagnon, avec la sensation d'être seule au monde. Vers 12h30, sur les deux plages du fond de la calanque, une trentaine de personnes seulement prenaient le soleil. Très loin des 2.500 visiteurs qui certains jours d'été s'agglutinaient ici.

Loin aussi des 400 permis de visite maximum autorisés, pourtant tous réservés dès jeudi. Mais beaucoup sont en fait arrivés plus tard. A 18h00, 342 personnes disposant de permis avaient été contrôlées, a précisé le Parc.

Il y a eu un "effet dissuasif" certain, confirme en tous cas Alain Vincent, délégué à l'action territoriale du Parc national des Calanques.

En limitant à 400 personnes par jour durant la période estivale l'accès à la crique de Sugiton, "l'objectif est la régénération naturelle de cette calanque, en limiter l'érosion, permettre à la garrigue de reprendre ses droits", rappelle Nicolas Chardin, directeur du Parc national des Calanques par intérim.

"C'est très bien, ça permet de préserver un peu tout cet écosystème", juge Nicolas Ponsot, père de famille de 41 ans accompagné de ses trois enfants.

"Moi j'ai l'impression qu'on vit de plus en plus dans un monde où on nous dit où on peut aller ou pas", tempère Océane, 27 ans, arrivée très tôt dans la Calanque avant la mise en place des contrôles.

Car se lever tôt reste encore le meilleur moyen de profiter de Sugiton, à la fraîche. "On voulait réserver mais il n'y avait déjà plus de place, donc on est passé quand les gardiens dorment", s'amuse Dimitri Raffray, 39 ans.

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Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l'atout voyage et évasion de l'équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l'actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
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Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne. Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l'édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com. Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l'Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
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Depuis toujours, François est passionné de voile en général et de multicoques en particulier. En croisière ou en course, de l’Europe à l’Australie, il ne les délaisse que lorsque le règlement l’exige : Mini-transat, Fastnet, Giraglia… Jamais rassasié de nouveautés, il a assisté à la plupart des salons sur les cinq continents. Depuis 2018 il se consacre entièrement à la rédaction et à l’information, notamment pour Figaro Nautisme.
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son Targa 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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Eric Mas est l'un des fondateur de METEO CONSULT – La Chaîne Météo. Éminent spécialiste de météo, Eric est également un marin passionné qui a routé les plus grands skippers sur toutes les eaux du globe : VDH lors du premier Vendée Globe, Philippe Jeantot, Jean Maurel, Michel Desjoyeaux, Francis Joyon, et tant d'autres. Actuellement il participe au projet de Lalou Roucayrol sur son multi 50.
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