
Début décembre, à près de 10 000 km de distance, deux manœuvres portuaires synchronisées ont illustré une autre façon de penser le commerce maritime. À Fécamp, le voilier-cargo Anemos accostait avec ses cales pleines de café. Au même moment, de l’autre côté de l’Atlantique, Artemis touchait le quai de São Sebastião pour embarquer une nouvelle cargaison. Deux navires, un même objectif : transporter du café avec le plus faible bilan carbone jamais atteint.
Ces deux unités sont aujourd’hui les plus grands voiliers-cargos opérationnels au monde. Exploités par TOWT (TransOceanic Wind Transport), ils incarnent une approche radicale du transport maritime, fondée sur une propulsion principale à la voile. Une différence essentielle avec les cargos simplement assistés par des voiles, qui restent dépendants de leur moteur.
À Fécamp, Anemos est arrivé à pleine charge. Sa ligne de flottaison en disait long sur la quantité de café transportée, labellisée ANEMOS et destinée notamment au négociant Belco. Pendant ce temps, Artemis remplissait ses cales au Brésil, premier producteur mondial de café, avant de s’élancer à son tour vers l’Europe.
Au-delà de la performance logistique, TOWT met en avant un argument décisif : l’empreinte carbone. Grâce à la force du vent, à des choix architecturaux pensés pour le portant et à une navigation fine évitant la dérive, la compagnie affiche un bilan de 1,5 gCO? par tonne-kilomètre, le plus bas au monde tous modes de transport confondus. Un chiffre qui sera détaillé dans le prochain bilan annuel de l’armateur, après plusieurs traversées record.
Le choix du Brésil n’est pas anodin. Dans un contexte de fortes tensions sur les marchés nord-américains, les exportateurs français investissent de plus en plus cette origine stratégique. Le transport à la voile présente ici un autre avantage majeur : la préservation de la qualité du café. Contrairement au conteneur, souvent soumis à de fortes variations de température et à des risques de contamination, la cale ventilée d’un voilier-cargo offre des conditions bien plus stables pour les grands crus.
Cette dynamique s’appuie aussi sur un port devenu central dans cette révolution maritime. Depuis le printemps 2025, Fécamp est le port d’opérations de TOWT. Avec déjà 9 escales de voiliers-cargos, la ville normande revendique aujourd’hui le statut de premier port vélique au monde. Sa taille, adaptée à des navires plus agiles, sa modernisation récente et l’engagement conjoint du Syndicat Mixte des Ports de Seine-Maritime, de SPC Côte d’Albâtre et de Sea Invest ont permis de créer un cadre favorable aux flux internationaux décarbonés.
Sécurité, gestion douanière, infrastructures portuaires : Fécamp coche désormais toutes les cases du commerce mondial, tout en conservant une souplesse rare face aux grands hubs. Une complémentarité assumée avec Le Havre, dont le port bénéficie des flux et des compétences, sans en subir la lourdeur structurelle.
La flotte, elle, continue de s’étoffer. Après Anemos et Artemis, un troisième navire, Atlantis, a été mis à l’eau il y a quelques jours. Six autres unités sont encore attendues. Une montée en puissance progressive qui confirme l’ambition de TOWT : inscrire le transport maritime à la voile dans la durée, non comme une vitrine écologique, mais comme une alternative crédible et industrielle.
À travers ces traversées transatlantiques, le café devient le symbole d’un commerce maritime en pleine mutation. Plus lent, plus exigeant, mais infiniment plus sobre. Une démonstration que la décarbonation du transport n’est plus une promesse théorique, mais une réalité qui accoste désormais quai après quai.
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