
Chaque année, le même constat revient dans les statistiques : le mois d’octobre concentre davantage de morsures de requins autour d’Hawaï que le reste de l’année. Ce pic saisonnier, surnommé “Sharktober”, intrigue autant qu’il inquiète. Pourtant, contrairement aux idées reçues, il n’est ni lié à une augmentation massive de baigneurs, ni à un comportement plus agressif des requins. Les scientifiques disposent aujourd’hui de suffisamment de données pour expliquer ce phénomène de façon très concrète. En analysant près de 30 ans d’attaques non provoquées, les chercheurs ont observé que près d’1 attaque sur 5 survient en octobre, alors que la fréquentation des plages reste stable, voire diminue légèrement après l’été. La cause n’est donc pas humaine : elle est biologique. L’espèce principalement concernée est le requin tigre, un grand prédateur côtier très présent dans les eaux hawaïennes. Or, septembre et octobre correspondent à une période clé de son cycle de reproduction.
Octobre, le moment où les requins tigres se rapprochent des côtes
À cette période, les femelles requins tigres gravides se déplacent vers des zones plus proches du rivage pour mettre bas. Ces déplacements augmentent mécaniquement la présence de grands requins dans des secteurs fréquentés par les surfeurs et les nageurs. Après une gestation longue et énergivore, ces femelles ont également besoin de se nourrir davantage, ce qui les rend plus actives dans leur recherche de proies. Cette combinaison, plus de requins près des côtes et une activité alimentaire accrue, explique pourquoi les interactions accidentelles sont statistiquement plus nombreuses en octobre.
Il est essentiel de le rappeler : les requins ne “chassent” pas l’humain. Les morsures recensées correspondent le plus souvent à des erreurs d’identification, notamment dans des conditions de visibilité moyenne, avec des silhouettes de surfeurs pouvant être confondues avec des proies naturelles. Même en octobre, le risque individuel reste extrêmement faible. Le phénomène de Sharktober reflète avant tout une augmentation des croisements entre humains et requins, pas une explosion du danger.
Mieux comprendre pour mieux cohabiter
Ce que montre Sharktober, ce n’est pas une mer plus hostile, mais un moment précis où les rythmes naturels des requins et les usages humains de l’océan se chevauchent davantage. Pour les scientifiques, ces données permettent surtout d’adapter les messages de prévention, sans tomber dans la peur ou la stigmatisation. En résumé, octobre n’est pas le mois où les requins deviennent plus dangereux, mais celui où leur présence côtière est plus forte pour des raisons strictement naturelles. Une nuance essentielle pour comprendre ce qui se joue réellement sous la surface.
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