Piraterie – Dissocier le mythe de la réalité

Culture nautique
Mercredi 9 mars 2022 à 12h00

Au tournant du millénaire, plusieurs attaques de plaisanciers ont remis les pirates à la une de l’actualité. Mais depuis une dizaine d’année, fort heureusement, le problème semble moins prégnant. Est-ce parce que la lutte a été efficace ou parce que les plaisanciers sont plus prudents ? Dans tous les cas, les circumnavigateurs continuent de tourner en se tenant informés des zones à éviter, et en s’assurant toujours de bien séparer les mythes de la réalité.

©AFP - Pierre Verdy
Au tournant du millénaire, plusieurs attaques de plaisanciers ont remis les pirates à la une de l’actualité. Mais depuis une dizaine d’année, fort heureusement, le problème semble moins prégnant. Est-ce parce que la lutte a été efficace ou parce que les plaisanciers sont plus prudents ? Dans tous les cas, les circumnavigateurs continuent de tourner en se tenant informés des zones à éviter, et en s’assurant toujours de bien séparer les mythes de la réalité.

Dans les années 90, la résurgence de la piraterie, un phénomène que l’on croyait définitivement disparu depuis la fin du XIXème siècle, a jeté un froid dans le monde de la grande croisière. Cette soudaine résurgence, ne fait en réalité que prolonger en mer des crises qui affectent les populations riveraines. Ce sont d’abord les pêcheurs Somaliens, sevrés de ressources, qui s’en sont pris à plus fortunés qu’eux, passant à portée de hors-bord de leurs côtes. Le Golfe d’Aden est un passage privilégié sur la route entre l’Océan Indien et l’Europe via le canal de Suez. Une route infiniment plus courte entre la douce Méditerranée et les paradisiaques Seychelles. Seulement 4 400 Milles Nautiques via la mer Rouge, paradis pour plongeurs, contre plus de 8 500 MN via l’Afrique du Sud. Et encore parle-t-on là de route directe, pas du nécessaire détour par le Brésil, puis les Açores lorsque le vent est notre mode de propulsion principal. Mais dans les années 90, plusieurs navires sont à nouveau attaqués, dépouillés et rançonnés entre Djibouti au Nord-Ouest et une zone, de plus en plus grande, au large des côtes Somaliennes, au Sud-Est. Les navires de plaisance sont en effet des cibles faciles. Plutôt lents comparativement à des embarcations légères puissamment motorisées, ils sont peu manœuvrant, relativement bas sur l’eau, et donc faciles à aborder.  Alors le « modèle » économique fait florès dans d’autres zones de non-droit, d’autres pays en crise, notamment autour du détroit de Malacca, le sud de la Mer de Chine et dans le Golfe de Guinée, du Libéria à l’Angola qui est aujourd’hui la zone la plus à risque.

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Les récifs coralliens de la mer Rouge en Israël © Getty imagesistock photo DariaZu

Eviter les zones à risque

Devant la multiplication de ces actes, en 2008, l’Union Européenne envoie, sous mandat de l’ONU, une demi-douzaine de navires militaires assurer la sécurité des navires, prioritairement marchands, dans et autour du Golfe d’Aden. Alors depuis 2010 les statistiques s’améliorent, ce que nous ne pouvons manquer d’associer pour ce qui est de la plaisance, à un net recul des navires entrants dans la zone. Même pour ce qui est de la marine commerciale, pour laquelle les statistiques sont encore plus précises, le Bureau Maritime International rapporte que 2021 est à un plus bas historique depuis 27 ans et que le phénomène est très localisé. Le site web des assureurs du Garex tient à jour la liste des zones à impérativement proscrire quelle qu’en soit la cause (piraterie, risque de guerre, d’émeutes, insécurité…).

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Pêcheurs dans le Golfe de Guinée © Pixabay

Piraterie en baisse sauf dans le Golfe de Guinée

Les plaisanciers qui, malgré tout, doivent s’approcher ou traverser des zones à risque adoptent un comportement ad’hoc. La principale recommandation des spécialistes est de faire preuve de la plus grande discrétion : ne pas se répandre sur son futur trajet auprès d’inconnus, couper tout appareil électronique pouvant permettre d’être suivi à la trace, veiller sur le canal 16 de la VHF et n’émettre qu’en cas d’urgence, réduire l’écho radar, les bruits, et les lumières la nuit au strict minimum. Passer inaperçu réduit 99% du risque ! Naviguer à plusieurs bateaux et rester en contact régulier prévoir des procédures d’alerte, est rassurant pour vous et dissuasif pour les éventuels pirates. Si malgré toutes ces précautions, votre bateau est malheureusement victime d’un acte de piraterie ou qui s’y apparente, le seul conseil faisant l’unanimité, est que ce n’est pas le moment de faire preuve de témérité. Il ne faut surtout rien tenter contre des pirates organisés, déterminés et à fortioti armés ! Les armes à bord sont à ce sujet, définitivement une mauvaise option, car la cible sera toujours moins déterminée et moins entraînée que l’assaillant. De plus, si le risque d’être surpris en mer par des pirates impressionnables est vraiment infinitésimale, la probabilité d’avoir des ennuis avec les autorités des pays d’escale pour détention d’arme est proche de 100% ! Et si vraiment on ne peut éviter une zone sensible, mieux vaut confier son bateau à un transporteur spécialisé et le retrouver ensuite bon côté.

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Los Roques Venezuela © Islands Coyote

Voyager avec prudence mais voyager toujours

La sécurité à proximité des côtes, au mouillage voir même dans un port, est le deuxième aspect de ce même sujet. Les régions les plus fréquentées peuvent parfois être victimes d’actes assimilés à de la piraterie, à commencer malheureusement par les Caraïbes et l’Amérique du Sud. Ainsi, certains mouillages au Venezuela, en Colombie, à St Vincent & Grenadines, voir même à Sainte-Lucie ont connu de sérieux problèmes. Consulter les sites web spécialisés tel Noonsite, permet de se tenir au courant d’éventuels mouillages à risques et de signaler tout incident. Avoir dans le cloud, donc accessible même si votre ordinateur a « disparu », des scans de ses passeports, cartes de crédit, documents du bateau, et factures des équipements les plus coûteux est un préalable à tout départ en croisière, bien avant la considération du risque de piraterie. De même, cacher une carte de crédit, un peu de liquide ou les quelques objets de valeur que l’on n’a pas su laisser à terre dans des caches variées et improbables, sachant que l’on devra en sacrifier certains pour satisfaire la curiosité malsaine de nos visiteurs inattendus, fait partie depuis longtemps des habitudes des circumnavigateurs.

L'équipe
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l'atout voyage et évasion de l'équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l'actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne. Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant Ros
Sophie Savant Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l'édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com. Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l'Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
François Tregouet
François Tregouet
Depuis toujours, François est passionné de voile en général et de multicoques en particulier. En croisière ou en course, de l’Europe à l’Australie, il ne les délaisse que lorsque le règlement l’exige : Mini-transat, Fastnet, Giraglia… Jamais rassasié de nouveautés, il a assisté à la plupart des salons sur les cinq continents. Depuis 2018 il se consacre entièrement à la rédaction et à l’information, notamment pour Figaro Nautisme.
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Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s'est toujours intéressé à l'équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l'auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d'occasion et qui décrivent non seulement l'évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
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Max Billac
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Denis Chabassière
Denis Chabassière
Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
Michel Ulrich
Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son Targa 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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Eric Mas
Eric Mas est l'un des fondateur de METEO CONSULT – La Chaîne Météo. Éminent spécialiste de météo, Eric est également un marin passionné qui a routé les plus grands skippers sur toutes les eaux du globe : VDH lors du premier Vendée Globe, Philippe Jeantot, Jean Maurel, Michel Desjoyeaux, Francis Joyon, et tant d'autres. Actuellement il participe au projet de Lalou Roucayrol sur son multi 50.
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METEO CONSULT est un bureau d'études météorologiques opérationnel, qui assiste ses clients depuis plus de 30 ans. Les services de METEO CONSULT reposent sur une équipe scientifique de haut niveau et des moyens techniques de pointe. Son expertise en météo marine est reconnue et ses prévisionnistes accompagnent les plaisanciers, les capitaines de port et les organisateurs de courses au large depuis ses origines : Route du Rhum, Transat en double, Solitaire du Figaro…