Poisson-lune : le géant plat des océans qui semble flotter entre 2 mondes

Culture nautique
Le Figaro Nautisme
Par Le Figaro Nautisme

Avec sa silhouette ronde, son allure maladroite et ses longues dérives près de la surface, le poisson-lune donne l’impression d’être sorti d’un autre âge. Pourtant, cet animal bien réel est l’un des plus étonnants de la planète marine. Présent dans les eaux tempérées et tropicales, parfois jusque dans l’Atlantique nord-est et en Méditerranée, il fascine autant par son apparence que par ses dimensions hors norme. Derrière son air étrange se cache un grand voyageur, inoffensif pour l’homme, mais bien plus actif et complexe qu’on ne l’a longtemps imaginé.

Avec sa silhouette ronde, son allure maladroite et ses longues dérives près de la surface, le poisson-lune donne l’impression d’être sorti d’un autre âge. Pourtant, cet animal bien réel est l’un des plus étonnants de la planète marine. Présent dans les eaux tempérées et tropicales, parfois jusque dans l’Atlantique nord-est et en Méditerranée, il fascine autant par son apparence que par ses dimensions hors norme. Derrière son air étrange se cache un grand voyageur, inoffensif pour l’homme, mais bien plus actif et complexe qu’on ne l’a longtemps imaginé.

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Un poisson hors norme, parmi les plus lourds de la planète
Le poisson-lune, ou Mola mola, fait partie de ces espèces que l’on reconnaît au premier regard. Son corps paraît tronqué, comme si l’arrière avait été coupé net, et il avance non pas grâce à une queue classique, mais en battant ses nageoires dorsale et anale avec une surprenante efficacité. Sa forme lui donne un aspect presque irréel, entre disque vivant et grande plaque d’argent dérivant dans l’eau. Ce drôle de géant n’est pas seulement original, il est aussi immense. Mola mola compte parmi les plus grands poissons osseux au monde, et plus largement, les poissons-lunes du genre Mola détiennent le record de masse chez les poissons osseux. Certains individus dépassent largement la tonne, tandis que le record récent établi aux Açores a concerné un autre poisson-lune du même genre, Mola alexandrini, pesé à 2 744 kg. Cette parenté avec le plus lourd poisson osseux connu suffit à donner la mesure du groupe auquel appartient le poisson-lune commun.

Une apparence paisible, mais un vrai prédateur du large
Vu de loin, il semble souvent immobile, couché sur le flanc à la surface, comme s’il se laissait porter par la houle. C’est d’ailleurs cette habitude qui lui vaut son nom anglais de sunfish, littéralement “poisson soleil”. Longtemps, cette posture a nourri l’idée d’un animal passif, un peu absurde, presque incapable de nager vraiment. Les travaux scientifiques et les suivis en mer ont pourtant corrigé cette image : le poisson-lune est un nageur actif, capable de longues trajectoires et de plongées répétées à la recherche de nourriture. Son régime alimentaire ne se limite pas aux méduses, même si elles font partie de ses proies emblématiques. Il consomme aussi des organismes gélatineux variés, ainsi que d’autres proies du large selon les zones fréquentées. Ce grand poisson inoffensif pour l’homme joue donc un rôle bien réel dans la chaîne alimentaire pélagique. Sa lenteur apparente est trompeuse : sous la surface, il passe une bonne partie de son temps à prospecter la colonne d’eau.

Pourquoi le voit-on si souvent en surface ?
C’est l’une des scènes les plus étonnantes qu’un navigateur puisse observer : une grande masse grise, aplatie, qui dérive à fleur d’eau, parfois sur le côté, parfois presque immobile. Ce comportement intrigue depuis longtemps. L’une des hypothèses les plus solides est qu’il s’agirait d’une phase de réchauffement après des plongées en eaux plus froides, ou d’un moyen de faciliter l’élimination de parasites, parfois avec l’aide d’oiseaux ou de petits poissons nettoyeurs. Car le poisson- lune traîne souvent une lourde charge parasitaire. Cette vulnérabilité explique en partie certains comportements spectaculaires, comme les sauts hors de l’eau observés chez l’espèce. Derrière sa placidité apparente, il mène donc une existence plus physique qu’on ne le croit, rythmée par les plongées, les remontées en surface et les interactions avec tout un petit monde de nettoyeurs opportunistes.

 

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Un géant très fécond, mais loin d’être à l’abri
Le paradoxe du poisson-lune est là : malgré sa taille impressionnante, il reste vulnérable. Les femelles peuvent produire jusqu’à 300 millions d’œufs, un chiffre vertigineux qui en fait l’un des vertébrés les plus féconds connus. Entre l’éclosion et l’âge adulte, la croissance est elle aussi spectaculaire, avec une multiplication de masse absolument hors norme. Mais cette profusion d’œufs ne garantit pas pour autant la sécurité de l’espèce. Le poisson-lune est régulièrement victime de captures accidentelles, notamment dans certaines pêcheries, et les scientifiques s’inquiètent aussi des collisions, de l’ingestion de déchets et des effets plus larges des perturbations marines sur ses habitats et ses déplacements. L’espèce Mola mola est classée Vulnérable sur la Liste rouge de l’UICN, un statut qui rappelle que même les géants les plus étranges ne sont pas à l’abri en haute mer.

Une rencontre qui ne ressemble à aucune autre
Croiser un poisson-lune en mer ne provoque pas la même émotion qu’un dauphin bondissant ou qu’un grand requin en chasse. La sensation est différente, plus étrange, presque suspendue. Il y a dans cette silhouette ronde, dans cette nage lente et dans cette présence silencieuse quelque chose de profondément déroutant. On a l’impression d’assister à une anomalie vivante, à un animal qui n’aurait jamais dû prendre cette forme et qui, pourtant, traverse les océans depuis des millions d’années. 
Le poisson-lune rappelle à sa manière que le monde marin ne se résume pas aux espèces les plus rapides, les plus agressives ou les plus spectaculaires. Il existe aussi des géants discrets, improbables et presque surréalistes, qui continuent de dériver sous nos étraves en gardant une grande part de mystère.

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Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
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Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
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Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
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Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
Denis Chabassière
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son TARGA 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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METEO CONSULT est un bureau d'études météorologiques opérationnel, qui assiste ses clients depuis plus de 30 ans. Les services de METEO CONSULT reposent sur une équipe scientifique de haut niveau et des moyens techniques de pointe. Son expertise en météo marine est reconnue et ses prévisionnistes accompagnent les plaisanciers, les capitaines de port et les organisateurs de courses au large depuis ses origines : Route du Rhum, Transat en double, Solitaire du Figaro…
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Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
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Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.