Pourquoi dit-on « tribord » et « bâbord » ?

Culture nautique
Le Figaro Nautisme
Par Le Figaro Nautisme

Deux mots suffisent à situer immédiatement un marin dans l’espace du bateau : tribord et bâbord. Ils semblent appartenir depuis toujours au vocabulaire nautique, mais leur origine raconte une histoire très concrète, héritée des anciens navigateurs nordiques et de la manière dont les navires étaient autrefois gouvernés.

Deux mots suffisent à situer immédiatement un marin dans l’espace du bateau : tribord et bâbord. Ils semblent appartenir depuis toujours au vocabulaire nautique, mais leur origine raconte une histoire très concrète, héritée des anciens navigateurs nordiques et de la manière dont les navires étaient autrefois gouvernés.

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À bord d’un navire, tribord et bâbord ne sont pas de simples équivalents de la droite et de la gauche. Ces deux termes désignent les côtés fixes du bateau, indépendamment de la position de celui qui parle. C’est précisément ce qui fait leur intérêt en mer. Une personne tournée vers l’arrière n’a pas la même droite qu’un barreur regardant vers l’avant. En revanche, tribord reste toujours le côté droit du navire lorsque l’on regarde vers l’avant, tandis que bâbord reste toujours son côté gauche.
Cette précision, devenue indispensable dans la navigation moderne, trouve son origine dans des pratiques très anciennes. Les mots tribord et bâbord ne sont pas nés d’une convention abstraite. Ils viennent d’une réalité physique, liée à la construction des premiers navires nordiques et à la place occupée par la rame de gouverne.


Un héritage venu du vieux norrois
Pour comprendre ces deux mots, il faut d’abord s’arrêter sur le terme « bord ». Dans les langues germaniques et nordiques, il désignait le flanc du bateau, la planche ou le côté de la coque. Cette racine est encore très présente en français dans des expressions courantes comme « monter à bord », « passer par-dessus bord » ou encore « être à bord ». Tribord et bâbord sont construits à partir de ce mot. Chacun associe le « bord » du bateau à un élément permettant de préciser de quel côté il s’agit. Leur sens s’explique par la position du barreur à bord des anciens navires, bien avant l’apparition du gouvernail axial fixé à l’arrière du bateau.
Sur les embarcations nordiques, la direction était assurée par une grande rame latérale. Cette rame de gouverne était généralement placée sur le côté droit du navire, car la majorité des marins étaient droitiers. Ce côté permettait donc de manœuvrer avec plus de force et de précision.


Tribord, le côté de la gouverne
Le mot tribord vient du vieux norrois « stjórnborði ». Il est formé de « stjórn », qui signifie gouverner ou diriger, et de « borði », le bord du bateau. Tribord désignait donc littéralement le côté de la gouverne, celui où se trouvait la rame utilisée pour diriger le navire. Le mot a ensuite évolué au fil des langues. Il est passé par l’ancien anglais sous la forme « steorbord », puis par l’ancien français avec « estribord », avant de se contracter progressivement en « tribord ». L’évolution phonétique a transformé le mot, mais son sens d’origine demeure : tribord correspond au côté où l’on gouvernait le bateau.
Cette origine rappelle que le vocabulaire maritime s’est construit à partir de gestes et d’usages très concrets. Tribord n’est pas seulement un repère théorique. C’est d’abord le côté de la manœuvre, celui de la rame, celui par lequel le navire était dirigé pendant des siècles.


Bâbord, le côté du dos
Bâbord s’explique par opposition. Puisque la rame de gouverne était placée à droite, le barreur, tourné vers l’avant du navire, avait le côté gauche dans son dos. En vieux norrois, « bak » signifie le dos ou l’arrière. Associé à « borði », il a donné « bakborði », que l’on peut traduire par « le bord du dos ». Ce terme a progressivement évolué pour devenir bâbord en français. Là encore, l’origine du mot n’a rien d’arbitraire. Elle décrit simplement la position du barreur à bord : à droite, le côté de la gouverne ; à gauche, le côté situé dans son dos. Cette distinction avait aussi une conséquence pratique lors des accostages. Comme la rame de gouverne se trouvait à tribord, il fallait éviter de placer ce côté contre le quai afin de ne pas l’endommager. Les navires accostaient donc plus volontiers côté bâbord. Cette habitude a contribué à renforcer la distinction entre les deux côtés du bateau.


Des mots différents selon les langues, une même logique maritime
La même construction se retrouve dans plusieurs langues européennes, signe de l’influence durable des navigateurs nordiques et des échanges maritimes. En allemand, on parle de « Backbord » et de « Steuerbord ». En néerlandais, de « bakboord » et de « stuurboord ». En espagnol, on retrouve « babor » et « estribor ». En italien, « babordo » et « tribordo » rappellent également cette parenté linguistique.
L’anglais présente une évolution particulière. Le mot « starboard », issu de la même origine que tribord, a été conservé. En revanche, l’ancien terme « larboard », utilisé pour le côté gauche, a fini par disparaître au profit de « port ». La raison était avant tout pratique : « larboard » et « starboard » se ressemblaient trop à l’oral, ce qui pouvait provoquer des erreurs lors des manœuvres. La Royal Navy a officiellement adopté « port » en 1844 afin de lever toute ambiguïté.
Cette évolution illustre parfaitement l’exigence du vocabulaire maritime. En mer, les mots ne doivent pas seulement être exacts. Ils doivent aussi être immédiatement compris.


Rouge à bâbord, vert à tribord
La distinction entre tribord et bâbord reste aujourd’hui au cœur de la navigation. Elle se retrouve notamment dans les feux de navigation : le feu rouge est placé à bâbord, le feu vert à tribord. Cette convention permet d’identifier l’orientation d’un navire de nuit ou par mauvaise visibilité.
En observant les feux d’un bateau, un marin peut comprendre rapidement quel côté du navire il aperçoit et anticiper sa route. Si le feu rouge est visible, il voit le côté bâbord. Si le feu vert apparaît, il voit le côté tribord. Cette lecture immédiate est essentielle pour éviter les collisions et appliquer correctement les règles de priorité en mer. Cette codification, aujourd’hui universelle, montre que les deux mots ne relèvent pas seulement de la tradition. Ils demeurent pleinement intégrés aux règles internationales de navigation.


Comment ne plus confondre tribord et bâbord ?
La difficulté, pour beaucoup de débutants, consiste à retenir quel mot correspond à quel côté. Les moyens mnémotechniques sont nombreux, parfois très sérieux, parfois plus fantaisistes, mais leur objectif reste le même : éviter l’hésitation au moment de la manœuvre. L’astuce la plus répandue en français consiste à associer bâbord et gauche, car les deux mots comptent chacun 6 lettres. Bâbord correspond donc au côté gauche lorsque l’on regarde vers l’avant du bateau. Tribord, par opposition, correspond au côté droit.
La couleur peut également aider. Bâbord est associé au rouge, tribord au vert. Dans le monde anglophone, une formule très connue permet de retenir cette logique : « port wine is red ». Le mot « port » désigne le côté gauche en anglais, et le vin de Porto est rouge. L’association permet donc de retenir à la fois le côté et la couleur. Ces repères peuvent sembler anecdotiques, mais ils ont une vraie utilité. À bord, surtout lors d’une manœuvre rapide, l’hésitation entre tribord et bâbord peut créer une confusion immédiate. Les automatismes se construisent justement grâce à ce type d’associations simples.


Un vocabulaire ancien, toujours indispensable
Si tribord et bâbord ont traversé les siècles, c’est parce qu’ils répondent à une nécessité très précise. En mer, les repères doivent être clairs, stables et indépendants de la position de chacun. Dire « à gauche » ou « à droite » peut suffire dans la vie courante, mais ces mots deviennent ambigus à bord d’un bateau. Tribord et bâbord permettent d’éviter cette incertitude.
La plaisance, la marine marchande, la pêche, la course au large et la marine militaire utilisent encore ces termes pour la même raison : ils sont efficaces. Ils appartiennent à un vocabulaire de précision, forgé par l’expérience maritime et conservé parce qu’il reste utile.
Derrière ces deux mots familiers se cache donc une histoire ancienne, née sur les navires nordiques et transmise au fil des siècles par les marins. Tribord garde la mémoire du côté de la gouverne. Bâbord conserve celle du côté tourné vers le dos du barreur. Deux mots hérités d’un autre âge, mais toujours parfaitement adaptés aux exigences de la navigation moderne.

 

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Nathalie Moreau
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Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
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Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
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Albert Brel
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
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Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
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Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
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Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.