Piraterie maritime : la carte 2026 à étudier avant une grande croisière

Culture nautique
Le Figaro Nautisme
Par Le Figaro Nautisme

Jamais le nombre d’actes de piraterie maritime déclarés n’avait été aussi bas pour un premier trimestre depuis plus de trente ans. Le dernier rapport de l’International Maritime Bureau rassure donc les plaisanciers tentés par le grand voyage. Mais derrière ce chiffre historique, certaines zones restent sensibles, voire à éviter pour les voiliers de grande croisière...

Jamais le nombre d’actes de piraterie maritime déclarés n’avait été aussi bas pour un premier trimestre depuis plus de trente ans. Le dernier rapport de l’International Maritime Bureau rassure donc les plaisanciers tentés par le grand voyage. Mais derrière ce chiffre historique, certaines zones restent sensibles, voire à éviter pour les voiliers de grande croisière...

© Illustration AdobeStock - aniphaes

Pour beaucoup de circumnavigateurs, le mot « piraterie » évoque encore des images de navires attaqués au large de la Somalie, d’équipages pris en otage, de routes détournées et de voiliers contraints de renoncer à la mer Rouge. On pourrait croire cette époque révolue. Les chiffres du dernier rapport trimestriel de l’International Maritime Bureau semblent d’ailleurs aller dans ce sens : seulement 16 incidents de piraterie ou de vol à main armée contre des navires ont été recensés dans le monde entre janvier et mars 2026. C’est le plus faible niveau enregistré pour un premier trimestre depuis 1991. A première vue, la nouvelle est excellente. Dans le détail, elle mérite cependant d’être lue avec prudence. Parmi ces 16 incidents, 14 navires ont été abordés, un navire a été détourné et une tentative d’attaque a été signalée. Deux marins ont été pris en otage et un autre blessé. Rapportés au trafic maritime mondial, ces chiffres sont très faibles. Ce qu’il faut retenir, c’est avant tout que : la menace est aujourd’hui concentrée, irrégulière, souvent opportuniste, mais encore capable d’être dangereuse dans certains secteurs. Secteurs à connaître avant de préparer une traversée.

Piraterie ou vol à main armée : une distinction juridique, pas toujours rassurante

L’International Maritime Bureau distingue les actes de piraterie en haute mer des vols à main armée commis dans les eaux territoriales, les ports ou les mouillages. Pour les juristes, la différence est importante. Pas forcément pour un navigateur au mauvais endroit au mauvais moment.

Les plaisanciers sont rarement les premières cibles des réseaux organisés qui s’attaquent aux grands navires marchands. Un voilier transporte peu de marchandises, peu de carburant et peu d’argent liquide. Mais il présente d’autres faiblesses : un franc-bord bas, un équipage réduit, une vitesse limitée, des accès faciles depuis l’arrière, des équipements visibles et une annexe souvent coûteuse. Le danger principal n’est pas toujours la prise du bateau. C’est la confrontation avec des hommes armés ou déterminés, venus voler vite, parfois sans avoir anticipé la réaction de l’équipage. C’est pourquoi les plaisanciers doivent lire les statistiques de l’IMB avec leur propre grille d’analyse. Ce qui inquiète un armateur de porte-conteneurs n’est pas exactement ce qui menace un voilier de voyage. Au large, le risque se gère surtout par l’évitement des zones dangereuses. Au mouillage, il se joue dans les détails : choix de l’ancrage, discrétion, annexe remontée, descente fermée, objets de valeur invisibles.

Somalie : le risque que l’on croyait endormi

La Somalie reste le point le plus sensible du rapport 2026. Après plusieurs années d’accalmie, deux incidents liés à des pirates somaliens ont été signalés au premier trimestre. L’un concerne une tentative d’abordage au large des côtes. L’autre est plus préoccupant : le détournement d’un boutre iranien à environ 400 milles nautiques à l’est de Mogadiscio. C’est une mauvaise nouvelle car le boutre capturé peut servir de navire-mère. Il permet à des groupes armés d’opérer très loin de la côte, bien au-delà de ce qu’une simple embarcation rapide pourrait atteindre. Le danger n’est donc pas seulement collé au rivage somalien. Il peut s’étendre dans le bassin somalien, vers le golfe d’Aden, la mer d’Arabie et les approches de la mer Rouge… Or cette zone concerne directement les voiliers de grande croisière qui reviennent d’Asie, des Maldives, des Seychelles ou de l’océan Indien vers la Méditerranée. La route de Suez reste séduisante sur la carte : elle est plus courte que le contournement de l’Afrique par le cap de Bonne-Espérance. Mais elle ne peut plus être considérée comme une simple option de retour. Golfe d’Aden, Bab el-Mandeb, sud de la mer Rouge : le cumul des tensions géopolitiques, des attaques contre la marine marchande et du réveil de la piraterie somalienne rend ce passage particulièrement délicat pour un voilier privé.

Un navire marchand peut adapter sa vitesse, renforcer ses procédures, organiser une veille permanente et appliquer des mesures de protection spécifiques. Un voilier mené en couple n’a pas ces marges. Sa meilleure défense reste donc l’anticipation. Reporter la traversée, choisir une autre saison, hiverner plus longtemps, contourner l’Afrique ou faire transporter le bateau par cargo doivent faire partie des solutions étudiées sans passion excessive. Dans un grand voyage, renoncer à une route n’est pas un échec. C’est parfois la preuve d’un très bon sens marin.

Détroit de Singapour : huit incidents et une vigilance de chaque instant

Le détroit de Singapour concentre à lui seul la moitié des incidents signalés au premier trimestre 2026. Huit faits y ont été recensés. La plupart concernent des navires marchands, souvent abordés de nuit par des voleurs cherchant des pièces, du matériel ou des biens faciles à revendre. 

Le détroit de Singapour est l’un des passages les plus fréquentés du monde. On y croise des navires de commerce, des remorqueurs, des barges, des pêcheurs, des courants parfois forts, des grains et une circulation dense. Avant même de parler de piraterie, c’est une zone de navigation exigeante. Le risque de vol vient se superposer à cette difficulté. Un voilier qui traverse ce secteur doit donc arriver reposé, parfaitement préparé et visible. Autant que possible, il est préférable d’éviter les longues attentes nocturnes dans des zones isolées. L’annexe doit être remontée ou solidement sécurisée, le pont rangé, les coffres fermés. Ici, la sûreté n’est pas spectaculaire. Elle repose sur une somme de précautions simples, appliquées sans relâche. La baisse du nombre d’incidents par rapport à l’année précédente est encourageante. Mais le maintien d’attaques dans cette zone rappelle qu’un lieu très fréquenté n’est pas forcément un passage sans risque.

Philippines : le danger discret des mouillages

Les Philippines apparaissent elles aussi dans le rapport, avec quatre incidents au premier trimestre 2026, notamment à Manille et Bauan, dans la baie de Batangas. Dans l’un des cas, un marin a été pris en otage. Là encore, il ne s’agit pas de dresser un portrait alarmiste d’un archipel immense et passionnant pour la navigation. Mais il serait imprudent d’ignorer ces signaux.

Pour un voilier de voyage, le mouillage est souvent perçu comme le moment du repos. Les voiles sont ferlées, le moteur refroidit, l’équipage se détend, les enfants se baignent, l’annexe reste à l’eau pour aller à terre. C’est aussi le moment où le bateau devient le plus vulnérable. La nuit, une jupe arrière, une échelle de bain ou un tableau ouvert suffisent à permettre une intrusion discrète. Dans les mouillages proches des grandes villes portuaires ou des zones de trafic, il faut donc adopter des habitudes simples : ne pas laisser l’annexe flotter librement derrière le bateau, cadenasser le moteur hors-bord, éviter d’exposer ordinateurs, téléphones ou matériel photo, fermer la descente la nuit et se renseigner localement avant de jeter l’ancre. Un mouillage recommandé par plusieurs équipages récents vaut mieux qu’une crique isolée choisie seulement pour sa beauté. Les Philippines restent une destination nautique remarquable. Mais comme dans beaucoup de régions du monde, le bon mouillage n’est pas seulement celui qui protège du vent et de la houle. C’est aussi celui où l’on dort tranquille.

Golfe de Guinée : une amélioration à confirmer

Le golfe de Guinée, longtemps considéré comme l’une des zones les plus préoccupantes pour la piraterie moderne, apparaît en net recul dans ce rapport trimestriel. Un seul vol a été signalé au mouillage de Takoradi, au Ghana. C’est une évolution positive, surtout au regard des années marquées par les enlèvements d’équipages et les attaques violentes contre des navires marchands. Pour autant, un plaisancier ne doit pas transformer cette baisse en feu vert général. La côte d’Afrique de l’Ouest reste complexe pour la grande croisière : infrastructures nautiques inégales, mouillages parfois exposés, formalités variables, sécurité portuaire très différente selon les pays. Les routes classiques de plaisance évitent d’ailleurs souvent cette zone. Un bateau descendant des Canaries vers le Cap-Vert puis traversant vers les Antilles ou le Brésil reste très éloigné des secteurs les plus sensibles. En revanche, un programme de cabotage africain ou de convoyage vers le golfe de Guinée demande une préparation beaucoup plus poussée : contacts fiables à terre, ports sécurisés, informations récentes, marges météo importantes et capacité à modifier son itinéraire rapidement. Là encore, le chiffre et les statistiques ne remplacent jamais l’analyse locale.

Naviguer sans peur, mais les yeux ouverts

Le rapport 2026 de l’International Maritime Bureau apporte une bonne nouvelle : la piraterie maritime déclarée atteint un niveau historiquement bas. Mais il rappelle aussi une vérité que tous les marins connaissent : la mer n’est jamais uniforme. Une route peut être paisible en Atlantique, complexe en Asie du Sud-Est, déconseillée en mer Rouge et incertaine au mouillage près d’un grand port.

Pour les plaisanciers, il ne faut donc ni céder à la peur, ni balayer le sujet d’un revers de main. La plupart des navigations se déroulent sans incident. Les grands voyages en bateau n’ont jamais été aussi sûrs. 

Mais naviguer loin, c’est avant tout accepter d’adapter son rêve à la réalité du moment. Parfois, cela veut dire partir plus tard. Parfois, contourner. Parfois, renoncer à une escale. Le bon marin n’est pas celui qui passe partout. C’est celui qui sait choisir sa route, son moment et ses marges.

En 2026, la piraterie n’est plus une menace mondiale omniprésente. Elle est devenue une menace localisée, mouvante, discrète, mais toujours sérieuse lorsqu’on s’en approche. La meilleure réponse des plaisanciers tient donc en une phrase simple : continuer à naviguer, oui, mais jamais sans regarder la carte de la sûreté avec autant d’attention que celle des vents…

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Nathalie Moreau
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Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
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Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
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Sophie Savant-Ros
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
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Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel ULRICH a navigué en plaisance le long de la côte atlantique, et embarqué au long cours sur des navires de la marine marchande, accumulant une large expérience de nombreuses expéditions maritimes. Il est un bénévole engagé à la SNSM (canotier, ancien vice-président de la station de l’Herbaudière) depuis plus de dix ans. Capitaine 200 UMS, il est maintenant auteur et conférencier dans le domaine de l’histoire maritime, lauréat (mention 2024) de l’Académie de Marine, auditeur de l’Académie de Marine, membre associé de la Fédération Maritime (Maison de la Mer à Nantes).
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Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
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Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.