Éolien flottant : la France prépare ses ports à une nouvelle révolution en mer

Culture nautique
Le Figaro Nautisme
Par Le Figaro Nautisme

La France va consacrer près de 260 millions d’euros à l’adaptation de cinq grands ports pour accompagner le développement de l’éolien flottant. Derrière cette annonce se dessine une ambition beaucoup plus large : faire émerger une nouvelle filière industrielle capable de produire de l’électricité plus loin des côtes et dans des zones marines jusqu’ici inaccessibles aux éoliennes traditionnelles.

La France va consacrer près de 260 millions d’euros à l’adaptation de cinq grands ports pour accompagner le développement de l’éolien flottant. Derrière cette annonce se dessine une ambition beaucoup plus large : faire émerger une nouvelle filière industrielle capable de produire de l’électricité plus loin des côtes et dans des zones marines jusqu’ici inaccessibles aux éoliennes traditionnelles.

© AdobeStock - Patrick Bonnor

Une nouvelle industrie est en train de prendre forme sur les façades maritimes françaises. Le gouvernement a annoncé retenir les projets portés par les ports de Cherbourg, Brest, Nantes-Saint-Nazaire, Port-la-Nouvelle et Marseille-Fos afin de les préparer au développement de l’éolien flottant. Près de 260 millions d’euros d’aides seront mobilisés dans le cadre du programme France 2030, tandis que l’ensemble des investissements réalisés dans les infrastructures portuaires devrait approcher le milliard d’euros.

L’enjeu dépasse largement la simple modernisation de quelques quais. La France ambitionne de devenir l’un des principaux acteurs européens, voire mondiaux, de l’éolien flottant, avec un objectif de près de 6 GW en service à l’horizon 2040 pour cette seule technologie. Cette trajectoire s’inscrit dans la stratégie plus large de développement de l’éolien en mer, qui doit progressivement occuper une place plus importante dans le système électrique français.

 

Produire de l’électricité là où les fonds deviennent trop profonds

L’éolien flottant repose sur le même principe que les autres formes d’énergie éolienne : la force du vent entraîne les pales d’une turbine, qui produit ensuite de l’électricité. La principale différence se trouve sous la surface. Dans un parc éolien en mer classique, dit « posé », la turbine repose sur une fondation directement installée dans le fond marin. Cette technique est surtout adaptée aux secteurs où la profondeur reste relativement limitée. Lorsque les fonds plongent rapidement, la construction de telles fondations devient beaucoup plus complexe et plus coûteuse.

Une éolienne flottante est, elle, installée sur une imposante structure en acier ou en béton. Ce flotteur n’est pas libre de dériver : il est maintenu dans une zone précise par plusieurs lignes d’ancrage reliées au fond marin. L’ensemble peut accompagner légèrement les mouvements de la houle et du vent, tout en conservant la stabilité nécessaire au fonctionnement de la turbine.

L’électricité produite est ensuite transportée par des câbles dynamiques capables de suivre les mouvements du flotteur. Elle rejoint un réseau de câbles sous-marins, puis un poste de raccordement chargé de l’acheminer vers le réseau électrique terrestre. Cette technologie permet ainsi d’envisager l’installation d’éoliennes dans des secteurs plus profonds, notamment en Méditerranée, où le relief sous-marin descend rapidement à mesure que l’on s’éloigne du littoral. Elle ouvre également l’accès à des zones situées plus au large, où les régimes de vent peuvent être plus soutenus et plus réguliers.

 

Le passage des démonstrateurs à une véritable filière industrielle

L’éolien flottant n’en est plus tout à fait au stade du concept, mais il reste encore une technologie jeune. La France a commencé à préparer son développement avec un appel à projets lancé en 2015 pour soutenir plusieurs fermes pilotes. Ces premières installations doivent permettre de tester les flotteurs, les systèmes d’ancrage, les câbles, les procédures de maintenance et le comportement général des machines dans des conditions marines réelles. Provence Grand Large constitue la première ferme éolienne flottante française entrée en exploitation. Installé dans le golfe de Fos, à environ 17 kilomètres des côtes, le parc compte trois éoliennes et a été mis en service en juin 2025. Sa production est présentée comme équivalente à la consommation électrique annuelle d’environ 45 000 habitants.

D’autres projets pilotes doivent compléter ce premier retour d’expérience en Méditerranée, notamment Eolmed au large de Gruissan et les Éoliennes flottantes du golfe du Lion, au large de Leucate et du Barcarès. Cette dernière ferme, composée de trois turbines pour une puissance totale de 30 MW, a commencé à injecter ses premiers électrons dans le réseau électrique national. Ces réalisations restent toutefois modestes face aux futurs parcs commerciaux. Le projet Bretagne Sud 1, suivi d’un second parc prévu dans la même zone, doit marquer un véritable changement d’échelle. À eux deux, ces projets doivent représenter une puissance comprise entre 600 et 800 MW, soit plusieurs dizaines de fois celle des premières fermes pilotes.

 

Des composants hors normes qui imposent de transformer les ports

Ce passage à l’échelle industrielle suppose de disposer de ports capables de fabriquer, de stocker et d’assembler des équipements gigantesques. Les pales des nouvelles générations d’éoliennes dépassent la centaine de mètres, tandis que les mâts, les nacelles et surtout les flotteurs représentent des charges et des volumes considérables. Une partie importante de la construction doit être réalisée à terre ou directement à quai. Le flotteur peut être fabriqué dans le port, puis mis à l’eau avant de recevoir le mât, la nacelle et les pales. Une fois l’ensemble assemblé, l’éolienne complète est remorquée jusqu’à sa zone d’installation, où elle est reliée à son système d’ancrage et au réseau électrique sous-marin.

Les ports doivent donc disposer de quais suffisamment solides pour supporter ces masses, de profondeurs d’eau adaptées, de très vastes terre-pleins et de voies de circulation permettant de déplacer des pièces particulièrement encombrantes. Les surfaces nécessaires n’ont plus grand-chose à voir avec celles d’un chantier industriel ordinaire.

C’est pour répondre à cette contrainte qu’un appel à projets a été lancé en 2024 dans le cadre de France 2030. Il doit permettre de financer la construction ou la modification de quais, de terre-pleins et de chemins d’accès, mais aussi de créer les conditions nécessaires à l’installation de sites de fabrication et d’assemblage des flotteurs. Le dispositif doit également préparer les opérations dites d’intégration, durant lesquelles la turbine est installée sur son flotteur. À terme, l’objectif est de permettre aux ports français d’alimenter les futurs parcs nationaux, mais aussi de répondre aux besoins de projets étrangers avec des offres compétitives sur les façades Atlantique-Manche et Méditerranée.

Cherbourg, Brest, Nantes-Saint-Nazaire, Port-la-Nouvelle et Marseille-Fos n’auront pas nécessairement tous le même rôle. Leur spécialisation pourra dépendre de leurs infrastructures existantes, de leurs capacités foncières, de leur accès nautique et de leur proximité avec les futures zones d’implantation. Ensemble, ils doivent cependant former un schéma industrialo-portuaire suffisamment coordonné pour éviter que l’essentiel de la valeur et des emplois ne soit créé hors de France.

 

Une ambition énergétique, mais aussi industrielle

La stratégie annoncée s’inscrit dans le prolongement de la politique portuaire nationale réaffirmée en février 2025. L’État ne veut pas seulement installer des éoliennes dans les eaux françaises : il entend développer sur le territoire une partie aussi large que possible de la chaîne de valeur. La fabrication des flotteurs, l’assemblage des turbines, la logistique, les opérations maritimes et la maintenance pourraient représenter une nouvelle activité durable pour les ports et les bassins industriels qui les entourent. Cette dimension est d’autant plus stratégique que le développement rapide de l’éolien en mer en Europe crée une forte concurrence entre les ports capables d’accueillir ces équipements hors normes.

« Les ports sont un maillon stratégique du développement de l’éolien, notamment en mer. Grâce à leur proximité avec les façades maritimes et à leurs vastes espaces adaptés à ces équipements hors normes, ils jouent un rôle clé dans leur assemblage, leur installation et leur maintenance », souligne Philippe Tabarot, ministre des Transports.

Selon lui, cette montée en puissance doit aussi permettre de conserver davantage d’emplois et de valeur ajoutée en France. « En contribuant au développement des emplois et de la valeur ajoutée de la filière en France, nos ports renforcent notre souveraineté industrielle et énergétique. »

La ministre déléguée chargée de l’Énergie, Maud Bregeon, présente de son côté l’éolien flottant comme « un des piliers » de la stratégie énergétique française. « Grâce à France 2030, nous nous donnons les moyens d’investir dans des infrastructures portuaires qui permettront à la France de développer une filière industrielle compétitive, créatrice d’emplois et capable de répondre à notre impératif de décarbonation », affirme-t-elle. La ministre résume ainsi l’enjeu posé aux cinq ports retenus : « Transformer un objectif énergétique en ambition industrielle : voilà concrètement le défi qui sera relevé par les sites lauréats de cet appel à projets, en Méditerranée comme sur la façade Atlantique. »

 

Une technologie qui doit encore prouver sa compétitivité

Malgré son potentiel, l’éolien flottant doit encore franchir plusieurs obstacles avant de s’imposer à grande échelle. La fabrication des flotteurs, la complexité des ancrages, la résistance des câbles dynamiques et les opérations en mer entraînent aujourd’hui des coûts élevés. La standardisation des structures et la construction en série doivent permettre de les réduire progressivement. C’est précisément l’une des raisons pour lesquelles les infrastructures portuaires jouent un rôle central : la filière ne pourra devenir compétitive que si elle parvient à assembler rapidement plusieurs unités selon des procédés industriels reproductibles.

La maintenance pourrait en revanche présenter certains avantages par rapport à l’éolien posé. Selon la conception retenue, une turbine flottante peut potentiellement être déconnectée de ses ancrages et remorquée vers un port pour une intervention lourde, plutôt que d’imposer toutes les réparations en pleine mer. Cette possibilité dépend toutefois des caractéristiques du projet, de la météo, des équipements disponibles et de la configuration portuaire. Le déploiement des futurs parcs devra également s’accompagner d’un suivi approfondi de leurs effets sur l’environnement marin. Les premières fermes pilotes font déjà l’objet d’études portant notamment sur les fonds marins, les poissons, les oiseaux et les mammifères marins. L’autorisation de Provence Grand Large prévoit ainsi plusieurs dispositifs de surveillance pendant la construction et l’exploitation du parc.

 

Comment naviguera-t-on au milieu des futurs parcs ?

L’essor de l’éolien flottant ne constitue pas seulement un enjeu énergétique ou industriel. Il pose également la question de l’organisation d’un espace maritime déjà fortement sollicité. Les parcs devront cohabiter avec la pêche professionnelle, la plaisance, le transport maritime, les exercices militaires, les zones protégées et les nombreux câbles qui parcourent les fonds marins. À l’intérieur d’un parc flottant, la présence de lignes d’ancrage et de câbles sous-marins ajoute une contrainte particulière, même si ces équipements ne sont pas nécessairement visibles depuis la surface. Les règles de circulation ne seront pas forcément identiques d’un parc à l’autre. Elles dépendront de la distance entre les turbines, de la nature du système d’ancrage, de la taille des navires, des activités autorisées et des décisions prises par les autorités maritimes. Les conditions pourront également varier entre les phases de construction, d’exploitation et de maintenance.

Le développement de parcs beaucoup plus vastes que les démonstrateurs actuels ouvre donc une série de questions encore loin d’être anecdotiques. Les plaisanciers auront-ils le droit de les traverser ? Faudra-t-il modifier certaines routes côtières ou hauturières ? Comment les périmètres de sécurité seront-ils matérialisés sur les cartes et les équipements de navigation ? Quel espace restera disponible pour les pêcheurs ? Et comment organiser les secours ou le remorquage d’un navire en difficulté à proximité de dizaines d’éoliennes et de leurs ancrages ?

À l’heure où les ports se préparent à accueillir cette nouvelle industrie, une autre transformation commence ainsi à se dessiner plus au large. Avec l’éolien flottant, la mer devient un espace de production énergétique à part entière. Reste désormais à déterminer comment cette activité trouvera sa place parmi tous ceux qui naviguent, travaillent ou vivent déjà de l’océan.

 

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Nathalie Moreau
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Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
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Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
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Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel ULRICH a navigué en plaisance le long de la côte atlantique, et embarqué au long cours sur des navires de la marine marchande, accumulant une large expérience de nombreuses expéditions maritimes. Il est un bénévole engagé à la SNSM (canotier, ancien vice-président de la station de l’Herbaudière) depuis plus de dix ans. Capitaine 200 UMS, il est maintenant auteur et conférencier dans le domaine de l’histoire maritime, lauréat (mention 2024) de l’Académie de Marine, auditeur de l’Académie de Marine, membre associé de la Fédération Maritime (Maison de la Mer à Nantes).
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Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
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Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.