Les cabines de plage rayées : l’histoire d’un symbole indissociable de l’été

Culture nautique
Le Figaro Nautisme
Par Le Figaro Nautisme

Alignées face à la mer, avec leurs portes colorées et leurs rayures reconnaissables entre toutes, les cabines de plage font partie du décor des vacances. Pourtant, avant de devenir un motif de carte postale, ces petites constructions en bois répondaient à une nécessité bien plus sérieuse : permettre aux premiers baigneurs de profiter de la mer sans dévoiler leur corps.

Alignées face à la mer, avec leurs portes colorées et leurs rayures reconnaissables entre toutes, les cabines de plage font partie du décor des vacances. Pourtant, avant de devenir un motif de carte postale, ces petites constructions en bois répondaient à une nécessité bien plus sérieuse : permettre aux premiers baigneurs de profiter de la mer sans dévoiler leur corps.

© AdobeStock - Erik_AJV

 

Quand se baigner exigeait tout un cérémonial

Au début du XIXe siècle, la plage n’est pas encore ce vaste terrain de loisirs où l’on vient bronzer, jouer ou déjeuner les pieds dans le sable. Les bains de mer, alors recommandés pour leurs supposées vertus thérapeutiques, sont surtout pratiqués par les classes aisées. On entre dans l’eau sur prescription, parfois accompagné, et toujours en respectant les règles très strictes de la bienséance. Impossible, dans ce contexte, de se changer devant les autres vacanciers. Les premières cabines apparaissent donc pour préserver l’intimité des baigneurs. Certaines sont fixes, posées sur le sable ou installées au pied des digues. D’autres prennent la forme de véritables roulottes en bois montées sur roues, tirées jusqu’au bord de l’eau afin que leurs occupants puissent se baigner sans traverser la plage en tenue légère.
Aux Sables-d’Olonne, huit cabanes roulantes sont ainsi installées dès 1825. Sur le littoral normand, les cabines se multiplient notamment à partir des années 1860, parallèlement à la construction des digues et au développement des stations balnéaires.

Du vestiaire discret au décor des stations balnéaires

Avec l’arrivée du chemin de fer, les villes côtières deviennent plus accessibles. Dieppe, Trouville, Deauville, Royan, Biarritz ou encore Le Touquet accueillent une clientèle toujours plus nombreuse, venue respirer l’air marin et participer à la nouvelle vie mondaine du bord de mer. Les cabines suivent le mouvement. Elles quittent progressivement l’eau pour s’aligner sur les plages, le long des promenades ou au pied des villas. Elles servent à se changer, mais aussi à ranger les serviettes, les jeux, les chaises pliantes et tout l’équipement nécessaire à une journée au bord de la mer.
La plage devient alors un espace organisé, presque une extension de la ville. Chaque famille loue sa cabine pour la saison, retrouve ses voisins et prend ses habitudes. Derrière les portes closes se préparent les bains, les pique-niques et les longues journées d’été. Ces quelques mètres carrés deviennent un petit territoire privé au cœur d’un lieu partagé.

Pourquoi les cabines sont-elles rayées ?

Contrairement à une idée souvent répétée, il n’existe pas une date précise ni une explication unique à l’apparition des rayures sur les cabines de plage. Le motif semble s’être imposé progressivement, pour des raisons à la fois pratiques et esthétiques. Dans les longues rangées de constructions presque identiques, les couleurs et les motifs permettaient d’abord de reconnaître facilement sa cabine. Une porte bleue, un toit rouge ou une façade rayée devenaient autant de points de repère pour les familles et les enfants.
La rayure possédait aussi un avantage décoratif évident. Facile à peindre sur des planches de bois, elle animait les alignements tout en conservant une certaine unité. Verticale, elle donnait de la hauteur aux petites façades. Horizontale, elle rappelait la ligne d’horizon et les codes visuels du monde maritime.
Bleu et blanc, rouge et blanc, vert et crème : chaque station a peu à peu développé sa propre palette. Les rayures se sont ainsi intégrées à une esthétique balnéaire plus large, aux côtés des parasols, des transats, des marinières et des toiles de tente.

Les congés payés changent l’échelle des vacances

À partir du début du XXe siècle, puis surtout avec l’instauration des congés payés en 1936, la fréquentation du littoral change de dimension. La plage n’est plus réservée à une élite venue prendre les eaux. Elle devient un lieu de vacances accessible à une part croissante de la population. Les maillots raccourcissent, les usages se libèrent et la cabine perd sa fonction première de rempart contre l’impudeur. Elle reste pourtant très présente. On continue d’y enfiler son maillot, mais elle devient surtout un abri contre le vent, un espace de rangement et un point de rendez-vous familial.
À la même époque, la photographie touristique et les cartes postales contribuent à fixer son image. Une rangée de cabines colorées suffit désormais à évoquer la mer, les vacances et les stations élégantes de la Manche ou de l’Atlantique. Le simple équipement de plage est devenu un élément du paysage.

Un patrimoine fragile, jalousement conservé

Aujourd’hui, de nombreuses cabines historiques ont disparu, emportées par les tempêtes, démontées lors du réaménagement des fronts de mer ou remplacées par des installations plus modernes. Celles qui subsistent sont donc souvent considérées comme un véritable patrimoine local. À Mers-les-Bains, Berck, Courseulles-sur-Mer, Saint-Aubin-sur-Mer ou Gouville-sur-Mer, elles participent pleinement à l’identité de la station. Certaines sont restaurées selon des modèles anciens. D’autres conservent leur simplicité d’origine, avec leurs planches de bois, leurs crochets rouillés et les couches de peinture accumulées au fil des étés. Leur valeur ne tient pas seulement à leur ancienneté. Elles racontent surtout l’évolution de notre rapport au littoral : la naissance des bains de mer, l’essor du tourisme, la démocratisation des vacances et la transformation de la plage en espace de liberté.

Quelques planches de bois et beaucoup de souvenirs

Il suffit aujourd’hui d’apercevoir une façade rayée pour imaginer le bruit des vagues, l’odeur de la crème solaire et les serviettes séchant au vent. La cabine de plage a dépassé sa fonction pour devenir une image familière, presque universelle, de l’été. Elle évoque un temps plus lent, celui des journées passées entre le sable et la mer, des jouets entassés dans un coin et des clés que l’on se transmet d’une génération à l’autre. Petite par sa taille, mais immense par ce qu’elle représente, la cabine rayée reste l’un des symboles les plus attachants de la culture balnéaire.
Un siècle après leur âge d’or, ces cabanes continuent ainsi de veiller sur les plages. Non plus pour protéger la pudeur des baigneurs, mais pour conserver un peu de la mémoire des vacances.

 

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Nathalie Moreau
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Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
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Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
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Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
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Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel ULRICH a navigué en plaisance le long de la côte atlantique, et embarqué au long cours sur des navires de la marine marchande, accumulant une large expérience de nombreuses expéditions maritimes. Il est un bénévole engagé à la SNSM (canotier, ancien vice-président de la station de l’Herbaudière) depuis plus de dix ans. Capitaine 200 UMS, il est maintenant auteur et conférencier dans le domaine de l’histoire maritime, lauréat (mention 2024) de l’Académie de Marine, auditeur de l’Académie de Marine, membre associé de la Fédération Maritime (Maison de la Mer à Nantes).
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METEO CONSULT est un bureau d'études météorologiques opérationnel, qui assiste ses clients depuis plus de 30 ans. Les services de METEO CONSULT reposent sur une équipe scientifique de haut niveau et des moyens techniques de pointe. Son expertise en météo marine est reconnue et ses prévisionnistes accompagnent les plaisanciers, les capitaines de port et les organisateurs de courses au large depuis ses origines : Route du Rhum, Transat en double, Solitaire du Figaro…
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Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
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Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.