La mer Morte : pourquoi cette « mer » n’en est pas vraiment une

Culture nautique
Le Figaro Nautisme
Par Le Figaro Nautisme

Son nom évoque une étendue marine hostile, figée entre le désert et les montagnes. Pourtant, malgré ses plages, ses vagues et son horizon bleuté, la mer Morte n’est pas une mer. C’est un immense lac salé, sans débouché vers l’océan, dont les eaux extraordinaires racontent une histoire géologique vieille de plusieurs millions d’années.

Son nom évoque une étendue marine hostile, figée entre le désert et les montagnes. Pourtant, malgré ses plages, ses vagues et son horizon bleuté, la mer Morte n’est pas une mer. C’est un immense lac salé, sans débouché vers l’océan, dont les eaux extraordinaires racontent une histoire géologique vieille de plusieurs millions d’années.

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À première vue, tout porte à confusion. La mer Morte possède un littoral, des plages, des falaises et même quelques installations nautiques. Elle s’étend sur plusieurs dizaines de kilomètres entre la Jordanie, Israël et la Cisjordanie. Lorsque le vent se lève, de petites vagues peuvent également agiter sa surface. Mais pour les géographes, le verdict est sans appel : la mer Morte est un lac. Plus précisément, un lac terminal hypersalé, installé dans une profonde dépression de la vallée du Jourdain. Contrairement à une véritable mer, elle n’est reliée à aucun océan et ne dispose d’aucune sortie naturelle permettant à son eau de s’écouler. 

Une immense cuvette sans issue

La principale différence entre une mer et un lac ne tient pas forcément à leur taille, mais à leur connexion avec l’océan mondial. La Méditerranée, par exemple, communique avec l’Atlantique par le détroit de Gibraltar. La mer Rouge rejoint l’océan Indien par le détroit de Bab el-Mandeb. La mer Morte, elle, fonctionne comme une gigantesque cuvette. Le Jourdain et plusieurs cours d’eau temporaires y apportent de l’eau, mais celle-ci ne peut repartir que d’une seule manière : par évaporation.

Dans cette région désertique, les températures estivales dépassent régulièrement les 35 °C. L’eau s’évapore donc rapidement, tandis que les minéraux et les sels qu’elle contient restent prisonniers du bassin. Année après année, ils se concentrent dans le lac. C’est ce mécanisme qui explique la salinité spectaculaire de la mer Morte, proche de 34 % dans certaines mesures, soit environ dix fois celle de l’eau des océans. 

Pourquoi flotte-t-on aussi facilement ?

C’est l’image la plus célèbre de la mer Morte : des baigneurs allongés sur le dos, parfois un journal entre les mains, flottant presque sans effort. Ce phénomène ne relève pas d’une attraction touristique mise en scène. Une eau très salée est plus dense qu’une eau ordinaire. Elle exerce donc une poussée plus importante sur le corps humain, qui reste naturellement davantage à la surface.

La sensation est étonnante, mais la baignade demande quelques précautions. Il est difficile de nager normalement, car les jambes remontent et le corps devient moins maniable. Mieux vaut éviter les éclaboussures : cette saumure extrêmement concentrée provoque une vive brûlure dans les yeux, la bouche ou sur une petite coupure. Le terme de « mer » s’explique ainsi facilement pour les premiers habitants de la région. Devant une étendue aussi vaste, salée, mouvante et bordée de plages, le rapprochement avec un environnement marin semblait évident, bien avant les classifications géographiques modernes.

Est-elle vraiment morte ?

Son nom pourrait laisser croire qu’aucune forme de vie n’y existe. Les poissons, les plantes aquatiques et la plupart des organismes visibles ne peuvent effectivement pas survivre dans une eau aussi salée. Un poisson emporté depuis le Jourdain n’y résisterait pas longtemps.

La mer Morte n’est pourtant pas totalement stérile. Certaines bactéries et certains micro-organismes adaptés aux milieux extrêmes sont capables de vivre dans ses eaux. Ils sont qualifiés d’halophiles, littéralement « qui aiment le sel ». Lors de rares épisodes particulièrement pluvieux, l’arrivée d’eau douce peut même favoriser temporairement la multiplication de microalgues et modifier la couleur de certaines zones. La vie y demeure très discrète, mais elle n’est donc pas complètement absente.

 

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Le point émergé le plus bas de la planète

La mer Morte détient un autre record : ses rives se trouvent à plus de 430 mètres sous le niveau moyen des océans. Elles constituent ainsi le point le plus bas de la surface terrestre accessible à l’air libre. Cette situation spectaculaire s’explique par la tectonique. Le bassin se trouve le long d’une importante zone de fracture séparant notamment les plaques africaine et arabique. Les mouvements de la croûte terrestre ont progressivement créé une profonde dépression dans laquelle se sont succédé plusieurs lacs.

La mer Morte actuelle est donc l’héritière d’étendues d’eau beaucoup plus anciennes. Ses sédiments conservent une véritable archive des climats passés, des périodes de sécheresse, des variations du niveau de l’eau et même de certains séismes. Pour les géologues, elle représente un laboratoire naturel exceptionnel. 

Une navigation possible, mais très particulière

Avec une telle densité, pourrait-on naviguer plus facilement sur la mer Morte ? En théorie, un bateau y bénéficie d’une flottabilité légèrement supérieure. Dans la pratique, la navigation y reste marginale et très encadrée. La forte teneur en sel attaque rapidement les éléments métalliques, les moteurs et les équipements mal protégés. Les dépôts minéraux peuvent également se fixer sur les coques et les circuits de refroidissement. Quant aux conditions météorologiques, elles ne sont pas toujours aussi paisibles que le paysage le laisse penser : des vents brusques peuvent lever un clapot court sur cette longue étendue encaissée entre les reliefs. La mer Morte ne possède donc pas une grande culture de plaisance comparable à celle des lacs européens ou des mers voisines. Les embarcations présentes sont surtout liées aux activités scientifiques, industrielles, touristiques ou de surveillance.

Une « mer » qui disparaît peu à peu

Le phénomène le plus préoccupant reste aujourd’hui la baisse rapide de son niveau. Le débit du Jourdain a fortement diminué en raison des prélèvements destinés à l’agriculture, à l’eau potable et aux activités humaines. L’exploitation industrielle des minéraux contribue également au déséquilibre hydrologique.

Comme l’évaporation se poursuit tandis que les apports diminuent, la surface recule. Les anciennes plages se retrouvent parfois à plusieurs centaines de mètres de l’eau et des milliers de cavités d’effondrement, appelées dolines, se sont formées sur certaines rives. La mer Morte porte ainsi un nom de plus en plus troublant. Elle n’est ni une véritable mer, ni totalement morte. Mais ce lac unique, né de la tectonique et façonné par l’évaporation, est aujourd’hui profondément fragilisé. Derrière la célèbre photo du baigneur insubmersible se cache donc bien davantage qu’une curiosité touristique : un paysage hors norme, une archive de l’histoire de la Terre et l’un des exemples les plus spectaculaires des conséquences d’un bassin privé d’une grande partie de son alimentation en eau.

 

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Nathalie Moreau
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Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
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Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
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Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
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Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel ULRICH a navigué en plaisance le long de la côte atlantique, et embarqué au long cours sur des navires de la marine marchande, accumulant une large expérience de nombreuses expéditions maritimes. Il est un bénévole engagé à la SNSM (canotier, ancien vice-président de la station de l’Herbaudière) depuis plus de dix ans. Capitaine 200 UMS, il est maintenant auteur et conférencier dans le domaine de l’histoire maritime, lauréat (mention 2024) de l’Académie de Marine, auditeur de l’Académie de Marine, membre associé de la Fédération Maritime (Maison de la Mer à Nantes).
METEO CONSULT
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METEO CONSULT est un bureau d'études météorologiques opérationnel, qui assiste ses clients depuis plus de 30 ans. Les services de METEO CONSULT reposent sur une équipe scientifique de haut niveau et des moyens techniques de pointe. Son expertise en météo marine est reconnue et ses prévisionnistes accompagnent les plaisanciers, les capitaines de port et les organisateurs de courses au large depuis ses origines : Route du Rhum, Transat en double, Solitaire du Figaro…
Cyrille Duchesne
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Cyrille Duchesne
Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
Irwin Sonigo
Irwin Sonigo
Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.