La raie pastenague la discrète chasseuse des fonds sableux

Culture nautique
Le Figaro Nautisme
Par Le Figaro Nautisme

Aplatie comme une aile et presque invisible lorsqu’elle s’enfouit, la pastenague commune vit sur les fonds côtiers de Méditerranée et de l’Atlantique oriental. Son aiguillon venimeux nourrit sa mauvaise réputation, alors qu’il sert d’abord à repousser un danger.

Aplatie comme une aile et presque invisible lorsqu’elle s’enfouit, la pastenague commune vit sur les fonds côtiers de Méditerranée et de l’Atlantique oriental. Son aiguillon venimeux nourrit sa mauvaise réputation, alors qu’il sert d’abord à repousser un danger.

© AdobeStock - Sébastien Delaunay

Une raie dessinée pour vivre sur le fond

La pastenague commune, Dasyatis pastinaca, appartient aux poissons cartilagineux, comme les requins. Ses nageoires pectorales se sont élargies jusqu’à former un disque en losange. Les yeux regardent vers le haut, tandis que la bouche et les fentes branchiales s’ouvrent sous le corps. Derrière chaque œil, un spiracle aspire l’eau et permet de ventiler les branchies sans avaler le sable sur lequel l’animal repose.
Le dos, généralement brun, gris ou olive, se confond avec le sédiment. Le ventre est plus clair. En ondulant les bords de son disque, la raie avance avec une souplesse qui évoque un vol. Au repos, elle s’enfouit par de rapides battements et ne laisse parfois dépasser que les yeux et les spiracles.
Sa longue queue porte un ou plusieurs aiguillons dentelés reliés à un tissu venimeux. Cette arme ne participe pas à la chasse. La pastenague fouille le fond avec sa bouche et broie ses proies ; l’aiguillon entre en jeu lorsqu’un prédateur ou un baigneur la surprend et bloque sa fuite.


Une présence côtière très étendue

L’espèce fréquente la Méditerranée, la mer Noire et l’Atlantique oriental, depuis les eaux européennes jusqu’aux côtes africaines. Elle recherche les baies abritées, les lagunes, les estuaires et les fonds de sable ou de vase. On l’observe le plus souvent dans les faibles profondeurs à quelques dizaines de mètres, même si sa distribution peut descendre plus bas.
La pastenague tolère des variations de salinité et profite des milieux où les invertébrés sont abondants. Cette proximité du rivage explique les rencontres avec les plongeurs, les pêcheurs et les baigneurs. Elle ne signifie pas que l’animal cherche le contact. Une raie immobile compte d’abord sur son camouflage, puis tente de s’éloigner si elle détecte l’approche.
Les observations peuvent être saisonnières. Le réchauffement des eaux peu profondes, la reproduction et la disponibilité des proies rassemblent parfois plusieurs individus. Ces concentrations attirent les photographes, mais elles peuvent aussi correspondre à des moments biologiques sensibles qui exigent une distance accrue.


Une chasse guidée par les sens

Crustacés, vers, mollusques, céphalopodes et petits poissons composent son menu. La bouche ventrale n’est pas faite pour poursuivre une proie en pleine eau. La raie détecte plutôt les mouvements et les faibles signaux électriques produits par des animaux cachés dans le sédiment. Comme les autres élasmobranches, elle possède des ampoules de Lorenzini, minuscules organes sensoriels concentrés autour de la tête.
Une fois la proie localisée, la pastenague soulève ou aspire le sable, puis utilise des dents adaptées au broyage. Ce rôle de prédateur benthique participe à l’équilibre des communautés du fond. Il peut aussi provoquer des conflits avec la conchyliculture lorsqu’une raie s’attaque à des coquillages élevés sur une zone accessible.
La nuit, l’animal devient souvent plus actif. Le jour, sa silhouette disparaît sous une fine couche de sable. Cette alternance explique pourquoi un plongeur attentif peut passer à quelques dizaines de centimètres sans l’apercevoir.


Des petits qui naissent déjà formés

La pastenague commune est vivipare aplacentaire. Les embryons se développent dans l’utérus sans placenta comparable à celui des mammifères. Ils utilisent d’abord les réserves de leur vitellus, puis reçoivent une sécrétion nutritive produite par la mère, parfois appelée lait utérin. Les jeunes naissent vivants et ressemblent à des adultes miniatures.
Le nombre de petits reste limité, ce qui ralentit le renouvellement des populations. Comme beaucoup de requins et de raies, l’espèce ne peut pas compenser rapidement une mortalité élevée. Cette biologie la rend vulnérable aux captures accidentelles dans les chaluts de fond, trémails, filets maillants et palangres.
L’UICN a signalé le déclin de la pastenague commune dans plusieurs parties de son aire. Les données restent inégales selon les régions, et la taxonomie de certaines populations proches a longtemps compliqué les évaluations. Cette incertitude invite à améliorer les suivis plutôt qu’à conclure que l’espèce est partout abondante.


Un aiguillon défensif mais une blessure sérieuse

La plupart des accidents surviennent lorsqu’une personne marche sur une raie enfouie en eau peu profonde. Surprise et coincée, elle fouette la queue vers le haut. L’aiguillon provoque une plaie punctiforme ou lacérée, injecte du venin et peut laisser un fragment. La douleur est souvent immédiate et intense ; l’infection constitue ensuite un risque important.
Pour réduire le risque, il est utile d’avancer lentement en faisant glisser les pieds sur le sable plutôt que de les lever. Les vibrations préviennent la raie et lui donnent le temps de partir. En plongée, on ne se pose pas au hasard sur un fond sableux et l’on ne tente jamais de soulever un animal par la queue.
En cas de piqûre, il faut sortir de l’eau, alerter les secours, contrôler un éventuel saignement et faire évaluer la plaie. L’immersion dans une eau chaude non brûlante est couramment utilisée pour soulager la douleur, mais elle ne remplace pas un examen médical. Un aiguillon profondément planté, surtout dans le thorax, l’abdomen ou le cou, ne doit pas être retiré par un témoin. La vaccination antitétanique et la présence de fragments doivent être vérifiées.


La regarder sans transformer la rencontre

Une pastenague approchée calmement offre une observation remarquable. Le plongeur reste légèrement au-dessus et sur le côté, sans couper la trajectoire de fuite. Il évite de la poursuivre lorsqu’elle s’éloigne et surveille sa queue. Le photographe limite les éclairs répétés et ne provoque pas le départ pour obtenir une image en mouvement.
L’animal gagne à être décrit autrement que par son venin. Son corps montre une adaptation complète à la vie benthique, depuis la position des spiracles jusqu’aux capteurs électriques. Sa reproduction lente explique aussi pourquoi une capture accidentelle n’est jamais anodine.
La pastenague n’est ni un monstre caché sous le sable ni un animal à manipuler. C’est une prédatrice côtière discrète, capable de se défendre avec efficacité lorsqu’on lui retire toute possibilité de fuite. La meilleure règle tient donc en peu de mots : la voir, lui laisser de l’espace et continuer sa route.
 

 

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Nathalie Moreau
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Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
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Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
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Sophie Savant-Ros
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
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Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel ULRICH a navigué en plaisance le long de la côte atlantique, et embarqué au long cours sur des navires de la marine marchande, accumulant une large expérience de nombreuses expéditions maritimes. Il est un bénévole engagé à la SNSM (canotier, ancien vice-président de la station de l’Herbaudière) depuis plus de dix ans. Capitaine 200 UMS, il est maintenant auteur et conférencier dans le domaine de l’histoire maritime, lauréat (mention 2024) de l’Académie de Marine, auditeur de l’Académie de Marine, membre associé de la Fédération Maritime (Maison de la Mer à Nantes).
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Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
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Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.