Le packrafting, ou l’art de glisser une rivière dans son sac à dos

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Le Figaro Nautisme
Par Le Figaro Nautisme

À mi-chemin entre la randonnée et le kayak, cette embarcation gonflable ultralégère permet d’inventer des itinéraires où la marche et la navigation se répondent. Accessible sur eau calme, le packrafting exige pourtant de changer complètement de méthode dès que le courant accélère.

À mi-chemin entre la randonnée et le kayak, cette embarcation gonflable ultralégère permet d’inventer des itinéraires où la marche et la navigation se répondent. Accessible sur eau calme, le packrafting exige pourtant de changer complètement de méthode dès que le courant accélère.

© AdobeStock - kyrychukvitaliy

Il tient roulé au fond d’un sac et, quelques minutes plus tard, devient un véritable bateau. Le packraft doit une grande partie de son succès à cette métamorphose. Là où un kayak impose une galerie de voiture, une remorque ou une mise à l’eau proche, ce petit pneumatique se porte sur plusieurs kilomètres. On peut remonter une vallée à pied, traverser un lac, suivre une rivière puis reprendre le sentier sans organiser de navette.
Cette liberté a fait du packrafting l’un des emblèmes de la micro-aventure. La pratique s’est développée dans les grands espaces d’Alaska, où les voyageurs cherchaient une embarcation assez légère pour franchir rivières et bras de mer au cours d’expéditions terrestres. Les modèles actuels ont peu à voir avec un jouet de plage : leurs tissus enduits, souvent à base de nylon et de TPU, recherchent un équilibre entre résistance, poids et facilité de réparation.


Un petit bateau, mais plusieurs programmes

Le mot packraft recouvre désormais des embarcations très différentes. Un modèle ouvert et minimaliste convient aux lacs, aux rivières lentes et aux traversées ponctuelles. Un bateau ponté protège davantage des embruns et du froid. Une version autovideuse laisse entrer l’eau, puis l’évacue par des ouvertures ménagées dans le fond ; elle est appréciée en eau vive, au prix d’une navigation plus humide. Des cale-cuisses ou des sangles intérieures améliorent le contrôle dans les rapides, tandis que certains bateaux disposent d’une fermeture étanche permettant de ranger le matériel à l’intérieur des boudins.
Le packraft reste court, large et très porteur. Il pivote facilement et rassure par sa stabilité initiale, mais il conserve moins bien son cap qu’un kayak de randonnée. Sur un lac venté, sa grande surface exposée peut le ralentir brutalement ou le pousser loin de l’itinéraire prévu. En mer, cette sensibilité au vent et à la dérive interdit de confondre compacité et aptitude au large. La catégorie réglementaire, les limites d’utilisation du fabricant et les règles locales doivent être vérifiées avant toute sortie côtière.


Le véritable plaisir : construire un itinéraire hybride

Le packrafting prend tout son sens lorsque l’eau n’est plus une destination isolée, mais une étape du voyage. Le pratiquant raisonne alors en continuité : poids du bateau pendant la marche, lieu de gonflage, accès autorisé à la berge, courant, obstacles, point de sortie et chemin du retour. Une section navigable sur la carte peut être coupée par un barrage, un seuil, un arbre en travers ou une propriété qui rend le débarquement impossible.
Pour débuter, un plan d’eau abrité ou une rivière très calme permet d’apprendre à embarquer sans déséquilibrer le bateau, pagayer droit, faire demi-tour, rejoindre une rive et remonter après un chavirage. La progression est rapide, mais elle ne doit pas donner une fausse impression de maîtrise. Lire un courant, reconnaître un rappel derrière un ouvrage ou choisir une trajectoire dans un rapide relève d’un apprentissage spécifique, idéalement auprès d’un encadrant.


En eau vive, la légèreté ne pardonne rien

Le courant transforme les détails en risques majeurs. Un arbre couché peut laisser passer l’eau et retenir le pagayeur ; une branche immergée peut crever un boudin ou coincer une jambe ; un seuil apparemment modeste peut créer un mouvement de rappel. Avant de s’engager, il faut connaître la classe de la rivière, son débit du jour, les lâchers de barrage éventuels et les arrêtés qui réglementent le parcours ou les horaires.
L’aide à la flottabilité se porte, elle ne voyage pas attachée au sac. En eau vive, casque, chaussures fermées, tenue thermique adaptée et moyen de réparation complètent l’équipement. Le téléphone doit être protégé et accessible, avec un moyen d’alerte cohérent avec la couverture du secteur. Une pagaie démontable de secours peut être pertinente en itinérance. Quant à la longe, elle ne s’improvise jamais : attachée au corps dans un courant, elle peut devenir un piège. Les systèmes et techniques utilisés par des pratiquants formés ne doivent pas être copiés sans comprendre leur mécanisme de largage.


Bien charger sans transformer le bateau

Un sac dressé devant le pagayeur prend le vent, gêne la pagaie et complique la sortie du bateau. Le chargement doit rester bas, compact et solidement fixé, sans boucle flottante susceptible d’accrocher une branche. Le matériel lourd se place de manière équilibrée. Les objets indispensables après un chavirage,, vêtements chauds, trousse de secours, téléphone, couverture de survie, gagnent à être répartis dans des sacs étanches plutôt qu’enfermés dans un seul volume.
Après la sortie, un rinçage à l’eau douce est utile lorsque le bateau a navigué en mer ou dans une eau chargée. On le sèche avant un stockage prolongé, sans l’abandonner gonflé au soleil : la chaleur augmente la pression dans les boudins et les ultraviolets vieillissent les matériaux. Une petite perforation se répare généralement bien si elle est repérée, nettoyée et traitée avec le produit adapté au tissu.


Une liberté qui commence par savoir renoncer

Le packraft donne accès à des lieux silencieux, mais cet accès crée une responsabilité. On évite les frayères, les berges fragiles et les débarquements répétés dans la végétation. On se renseigne sur la navigation, la propriété des rives, les réserves naturelles et la cohabitation avec pêcheurs, baigneurs ou autres pagayeurs. Un niveau d’eau trop bas abîme le fond du bateau et le milieu ; un niveau trop haut efface les repères et accélère tous les dangers.
Sa meilleure promesse n’est donc pas d’aller partout. Elle consiste à relier intelligemment deux façons de voyager. Sur une eau calme, après quelques heures de marche, le simple geste de dérouler le bateau et de quitter la rive suffit à donner au paysage une autre échelle. C’est cette alternance, plus que la performance, qui fait du packrafting une aventure à part.
 

L'équipe
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
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Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
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Jean-Christophe Guillaumin
Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
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Charlotte Lacroix
Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
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Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
Denis Chabassière
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel ULRICH a navigué en plaisance le long de la côte atlantique, et embarqué au long cours sur des navires de la marine marchande, accumulant une large expérience de nombreuses expéditions maritimes. Il est un bénévole engagé à la SNSM (canotier, ancien vice-président de la station de l’Herbaudière) depuis plus de dix ans. Capitaine 200 UMS, il est maintenant auteur et conférencier dans le domaine de l’histoire maritime, lauréat (mention 2024) de l’Académie de Marine, auditeur de l’Académie de Marine, membre associé de la Fédération Maritime (Maison de la Mer à Nantes).
METEO CONSULT
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METEO CONSULT est un bureau d'études météorologiques opérationnel, qui assiste ses clients depuis plus de 30 ans. Les services de METEO CONSULT reposent sur une équipe scientifique de haut niveau et des moyens techniques de pointe. Son expertise en météo marine est reconnue et ses prévisionnistes accompagnent les plaisanciers, les capitaines de port et les organisateurs de courses au large depuis ses origines : Route du Rhum, Transat en double, Solitaire du Figaro…
Cyrille Duchesne
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Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
Irwin Sonigo
Irwin Sonigo
Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.