Première vraie traversée : ces compétences nautiques que les plaisanciers sous estiment presque toujours

Culture nautique
Par Le Figaro Nautisme

On peut avoir déjà beaucoup navigué, savoir barrer, régler ses voiles, réussir ses manœuvres de port et pourtant se faire surprendre dès la 1ère vraie navigation hauturière. Car le large ne départage pas seulement les bons techniciens des autres. Il révèle surtout les compétences discrètes, moins spectaculaires, que beaucoup de plaisanciers sous estiment avant le départ : veiller vraiment, réduire tôt, organiser des quarts solides, préserver l’équipage, comprendre sa mécanique, récupérer un homme à la mer, mouiller avec méthode et lire la météo sans se raconter d’histoires.

On peut avoir déjà beaucoup navigué, savoir barrer, régler ses voiles, réussir ses manœuvres de port et pourtant se faire surprendre dès la 1ère vraie navigation hauturière. Car le large ne départage pas seulement les bons techniciens des autres. Il révèle surtout les compétences discrètes, moins spectaculaires, que beaucoup de plaisanciers sous estiment avant le départ : veiller vraiment, réduire tôt, organiser des quarts solides, préserver l’équipage, comprendre sa mécanique, récupérer un homme à la mer, mouiller avec méthode et lire la météo sans se raconter d’histoires.

Première vraie traversée : ce que la mer révèle vraiment

Il y a, chez beaucoup de plaisanciers, une idée tenace avant la première vraie navigation hauturière. La difficulté viendra du vent fort, d’une mer mal rangée, d’une nuit un peu engagée ou d’une manœuvre plus physique que d’habitude. En réalité, la mer tranche souvent ailleurs. Elle ne demande pas seulement si l’on sait faire avancer un bateau. Elle demande si l’on sait tenir dans la durée, penser avant d’agir, rester lucide quand la fatigue s’installe et garder une marge quand tout invite au contraire à temporiser un peu trop.

C’est d’ailleurs ce que montrent les statistiques d’accidents les plus récentes. Dans les données 2024 des garde côtes américains, les principaux facteurs contributifs ne sont pas d’abord des situations exceptionnelles, mais des failles humaines très ordinaires : inattention du chef de bord, veille insuffisante, manque d’expérience, défaillance mécanique, non-respect des règles de navigation. La météo apparaît, elle aussi, mais derrière ces facteurs de base. En clair, le risque naît souvent moins d’un coup de chien que d’une chaîne de petites sous estimations.

C’est sans doute le grand malentendu des 1ères traversées. Beaucoup partent en pensant que le hauturier exige surtout davantage de technique. Il exige en fait davantage de rigueur. Une rigueur moins visible, moins gratifiante, mais infiniment plus décisive.

La veille : la compétence la moins spectaculaire, donc la plus négligée

La veille souffre d’un paradoxe cruel. Tout le monde sait qu’elle est indispensable, mais beaucoup l’imaginent plus simple qu’elle ne l’est. Or la règle est limpide : tout navire doit maintenir en permanence une veille visuelle, auditive et par tous les moyens disponibles, afin d’apprécier pleinement la situation et le risque de collision. Ce n’est pas une présence vague dans le cockpit. Ce n’est pas un coup d’œil distrait entre 2 consultations du traceur. C’est une fonction active, continue, structurée. 

Au large, cette nuance change tout. Veiller, c’est voir un grain avant qu’il ne tombe sur le bateau. C’est repérer une route de collision avec un cargo. C’est entendre un changement de régime du moteur, sentir un bateau qui force un peu trop, remarquer un équipier qui fatigue plus vite que prévu. Beaucoup de plaisanciers savent tenir une barre, moins nombreux sont ceux qui savent encore observer longtemps sans se relâcher.

La prise de ris : moins un geste qu’un sens du timing

La plupart des plaisanciers savent techniquement prendre un ris. La vraie question est ailleurs : savent-ils le prendre au bon moment ?

C’est une compétence étonnamment sous-estimée, parce qu’elle ne repose pas sur la difficulté du geste, mais sur la qualité de la décision. Réduire au bon moment demande de renoncer à cette petite tentation très humaine qui consiste à attendre encore 20 minutes, à voir venir, à espérer que le grain passera derrière, que la rafale ne se confirmera pas, que le vent établi restera finalement supportable. Or c’est précisément ce délai qui transforme souvent une manœuvre simple en épisode désagréable, bruyant, désordonné et épuisant.

Tous ceux qui ont un peu de large derrière eux disent la même chose, souvent avec le sourire : on regrette rarement d’avoir réduit trop tôt. On regrette beaucoup plus souvent d’avoir attendu.

Les quarts et la fatigue : là où se gagne ou se perd la lucidité du bord

Le quart n’est pas un simple découpage des heures. C’est une manière d’organiser la vigilance, le sommeil, la circulation de l’information et, au fond, la santé mentale du bateau. Beaucoup de plaisanciers préparent soigneusement leur route, leurs vivres, leur sécurité, leurs voiles, mais pensent encore le quart comme un détail d’intendance. Au large, il devient un organe vital.

La recherche récente sur le sommeil en navigation offshore va dans ce sens. Une revue publiée en 2024 rappelle que la privation de sommeil altère les fonctions cognitives et motrices, avec un impact direct sur la sécurité et la performance. La fatigue n’est donc pas seulement une gêne ou une baisse de confort. C’est un facteur de risque majeur, qui agit sur la veille, le jugement météo, la qualité des manœuvres, la patience au mouillage et la capacité à réagir proprement à l’imprévu. 

L’homme à la mer : une procédure que l’on connaît en théorie et que l’on maîtrise rarement vraiment

A quai, presque tout le monde connaît la séquence. On crie, on visualise, on jette une bouée, on manœuvre, on revient. Mais l’homme à la mer réel n’a rien d’un exercice de fin de stage. Il surgit dans le vent, le bruit, la surprise, parfois de nuit, avec un équipage sidéré et un bateau qui continue d’avancer.

C’est pourquoi les différentes règlementations nationales continuent d’insister sur la formation à la survie, au repérage et à la récupération d’un homme à la mer. Si le monde de la course au large, pourtant ultra préparé, traite encore ce sujet comme un savoir essentiel, il y a là une leçon directe pour la plaisance hauturière. Connaître une procédure ne suffit pas. Il faut l’avoir répétée, décomposée, discutée et si possible exercée dans des conditions crédibles. 

La mécanique : le savoir-faire que beaucoup délèguent jusqu’au jour où il devient central

Le rêve hauturier reste souvent très vélique. On pense cap, route, allures, météo, mouillages. Puis un jour, le moteur tousse, l’alternateur ne charge plus, une prise d’air apparaît dans le circuit gasoil, la pompe de cale fatigue ou le pilote automatique décroche. Et tout l’équilibre du bord change.

Et ce n’est pas un détail. Un plaisancier qui prépare une traversée n’a pas besoin d’être mécanicien ou un dieseliste de métier. En revanche, il doit comprendre ce qui peut tomber en panne, reconnaître des symptômes simples, savoir isoler un circuit, surveiller ses consommations, son refroidissement, sa charge électrique et ses points faibles. 

Cette culture mécanique est très souvent sous-estimée avant le départ parce qu’elle paraît prosaïque, presque ingrate. Pourtant, c’est elle qui évite à une avarie banale de contaminer tout le reste : la sécurité de l’équipage, l’entrée au port, la recharge, le mouillage, la météo à venir, et finalement le moral du bord.

Le mouillage et la météo : les 2 disciplines que beaucoup croient plus simples qu’elles ne le sont

Le mouillage souffre d’une image trompeuse. Pour beaucoup, il reste une formalité de fin de navigation, là où la tension baisse. On est arrivé ! C’est pourtant un point de sécurité à part entière. Choix de la zone, nature du fond, profondeur, cercle d’évitage, évolution attendue du vent, marnage, comportement du plan d’eau, tenue réelle de l’ancre : rien ne devrait être mécanique.

La météo, enfin, est probablement la compétence la plus souvent surestimée chez les plaisanciers déjà autonomes en côtier. Beaucoup savent lire une carte, comparer 2 modèles ou consulter un GRIB. Moins nombreux sont ceux qui savent encore douter correctement. Or toute la difficulté est là. Un GRIB donne une tendance, pas une certitude. Une prévision donne un cadre, pas une scène intégralement écrite. Les derniers articles publiés par Le Figaro Nautisme rappellent justement les limites de lecture d’un fichier, la nécessité de croiser les informations, et l’importance de bien comprendre les rafales, les effets de relief, l’évolution temporelle et les zones d’incertitude.

Au fond, la première vraie navigation hauturière ne distingue pas seulement ceux qui savent manœuvrer de ceux qui savent moins bien le faire. Elle distingue surtout ceux qui ont compris que naviguer au large consiste d’abord à voir venir. Voir venir la fatigue avant la faute. Voir venir le grain avant la survente. Voir venir la panne avant l’arrêt. Voir venir la dérive du mouillage avant le danger. Voir venir, surtout, le moment où il faut simplifier, réduire, ralentir ou renoncer.

C’est peut-être cela, la vraie bascule vers le hauturier. Comprendre que les compétences marines les plus importantes ne sont pas toujours les plus visibles. Et que les meilleures sont souvent celles dont on parle peu au retour, précisément parce qu’elles ont empêché les problèmes d’exister.

Avant de partir en mer, pensez à consulter les prévisions sur METEO CONSULT Marine.

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Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
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Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
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Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
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Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
Denis Chabassière
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son TARGA 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
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Irwin Sonigo
Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.