
L’enjeu dépasse largement le seul cadre du transport maritime. En 2026, la mer reste l’épine dorsale des échanges mondiaux : près de 80 % du commerce international en volume transite par voie maritime. Le transport maritime structure les chaînes d’approvisionnement, l’industrie, l’énergie et l’alimentation. Dans ce contexte, les routes maritimes et les ports ne sont plus seulement des infrastructures techniques : ils deviennent des outils de souveraineté, de compétitivité et de résilience économique.
Un rendez-vous stratégique pour le maritime
Pour sa 4e édition, les Shipping Days veulent confirmer leur place parmi les rendez-vous qui comptent dans l’agenda maritime français. L’ambition de l’évènement est de réunir, dans un même lieu, les acteurs qui font vivre le transport maritime au quotidien : chargeurs, ports, armateurs, transitaires, levageurs, manutentionnaires, collectivités, services de l’État et fédérations professionnelles, afin d’échanger sur les enjeux et les évolutions du secteur.
Le président de l’événement, Francis Grimaud, insiste d’ailleurs sur cette vocation fédératrice dans le mot d’ouverture du dossier de presse : « Nous avions fait le vœu à l’issue de la première édition de Shipping Days de perpétuer ce rendez-vous. » Il rappelle aussi la dynamique construite depuis les premières éditions et le rôle central de ce moment de rencontre pour toute la filière. « Nous avons l’ambition de réunir à nouveau et plus fortement encore les chargeurs, les ports, les armateurs, les transitaires, les levageurs et les manutentionnaires », précise-t-il.
La philosophie générale de l’événement tient en une phrase, elle aussi signée Francis Grimaud : « L’avenir se conduit ensemble et c’est avec l’aide de tous que nous pourrons répondre aux évolutions attendues. » Ce positionnement donne le ton. Les Shipping Days 2026 ne se présentent pas comme une simple vitrine, mais comme un lieu de confrontation d’idées, de partage de stratégies et de lecture commune des mutations qui traversent le secteur. Francis Grimaud conclut d’ailleurs en soulignant que les participants sont « la force et le gage de succès de ces Shipping Days », une manière d’ancrer ce rendez-vous dans une logique de mobilisation collective.
Fiscalité carbone et transition énergétique au cœur des débats
Parmi les sujets majeurs de cette édition figure naturellement la question de la décarbonation du transport maritime. Ce thème sera abordé sous un angle très concret, en lien avec la politique publique, les investissements portuaires et les arbitrages industriels. Le programme prévoit notamment un entretien avec Éric Banel, directeur général des affaires maritimes, de la pêche et de l’aquaculture, consacré à la politique maritime de l’État, au verdissement du secteur et à la planification maritime française.
L’un des points les plus attendus concerne l’utilisation des revenus issus de la taxe carbone appliquée au transport maritime. Derrière cette question se joue une partie importante de l’avenir du maritime français : comment transformer une contrainte réglementaire en levier d’investissement utile pour les ports, les armateurs et les industriels ? Les débats devraient aussi permettre de préciser les effets attendus sur le développement des énergies marines renouvelables en Atlantique, autre sujet structurant de cette transition.
Cette séquence illustre bien le changement d’époque que traverse le maritime. Il n’est plus seulement question d’objectifs environnementaux généraux, mais de leviers opérationnels, de financement, de calendrier et d’impact sur la compétitivité. C’est toute la difficulté de l’exercice : réussir la transition énergétique sans fragiliser un secteur qui conditionne directement l’approvisionnement du pays et la fluidité du commerce extérieur. Or, près de 60 % du commerce extérieur français en valeur transite par les ports maritimes, ce qui donne à ces choix une portée économique immédiate.
Voile commerciale et propulsion hybride : des solutions en pleine émergence
Dans cette transition, certaines technologies retiennent particulièrement l’attention, à commencer par la voile commerciale. Longtemps reléguée au rang d’idée séduisante mais marginale, elle revient aujourd’hui dans les discussions industrielles comme une piste sérieuse d’amélioration de la performance énergétique. L’intérêt n’est plus symbolique. Il repose sur la capacité de l’assistance vélique à réduire la consommation de carburant et à s’intégrer à des navires qui restent, pour l’essentiel, motorisés.
Cette thématique sera nourrie par la présence d’acteurs de l’innovation déjà identifiés dans le programme, comme Marine Manceau, responsable opérationnelle chez WINDSHIP, et Thibault Charles, cofondateur, directeur commercial et directeur RSE de VELA. Leur présence traduit bien l’évolution du secteur : la voile n’est plus regardée comme un simple clin d’œil au passé, mais comme une brique technologique crédible dans un bouquet de solutions plus large.
La propulsion hybride s’impose justement comme l’un des axes les plus réalistes du moment. Dans le maritime, elle ne renvoie pas à une seule technologie, mais à une combinaison de solutions : assistance vélique, optimisation énergétique, nouveaux carburants, outils numériques de pilotage, adaptation des usages portuaires et amélioration de la chaîne logistique. Cette logique progressive colle à la réalité du secteur. Les navires ne se remplacent pas du jour au lendemain et les choix d’investissement doivent rester soutenables. La décarbonation passe donc moins par une rupture unique que par une accumulation d’innovations compatibles entre elles.
Les ports, acteurs clés de la décarbonation
La transition énergétique du maritime ne se jouera pas uniquement en mer. Elle se joue aussi à quai, dans les terminaux, dans les dessertes ferroviaires, dans les choix d’aménagement et dans la stratégie industrielle des grands ensembles portuaires. C’est tout le sens de la table ronde consacrée aux ports de la façade Atlantique, qui réunira plusieurs dirigeants de premier plan : Pascal Marty pour la Société Portuaire du Port de Bayonne, Sandrine Gourlet pour Port Atlantique La Rochelle, Renaud Picard pour le Port de Bordeaux et Jean Rémy Villageois pour Nantes Saint Nazaire Port.
Cette table ronde permettra de croiser les regards autour d’enjeux partagés : le positionnement des ports atlantiques dans les flux de conteneurisation face aux grands hubs européens, le développement et la structuration de l’offre croisière, la nouvelle phase de développement des énergies marines renouvelables en Atlantique, les enjeux de connectivité ferroviaire et de multimodalité, mais aussi le rôle des ports dans une stratégie de souveraineté logistique et industrielle. L’intérêt de cette table ronde réside justement dans cette vision d’ensemble : le port du futur ne sera pas seulement un point de passage, mais un nœud stratégique entre énergie, industrie, transport et territoire.
Le poids des ports dans l’économie française justifie d’ailleurs cette centralité. Les ports sont des infrastructures essentielles pour l’approvisionnement énergétique, industriel et alimentaire du pays, et leur performance influence directement la compétitivité des entreprises françaises. Dans un contexte de tensions géopolitiques et de concurrence accrue entre hubs européens, la modernisation portuaire devient donc un enjeu aussi industriel que logistique.
Un secteur en pleine recomposition
Au fond, c’est bien toute la place du maritime dans l’économie mondiale qui est interrogée par cette édition 2026. Le programme des Shipping Days pose des questions très directes : comment sont utilisés les revenus de la taxe carbone maritime ? Comment les ports accélèrent-ils leur transition énergétique ? Les ports atlantiques peuvent-ils rivaliser avec les grands hubs européens ? Le transport maritime est-il devenu un enjeu stratégique de souveraineté ? Cette approche très concrète donne à l’événement une portée qui dépasse largement le simple échange technique entre spécialistes.
Cette lecture sera enrichie par l’intervention de Pierre Cariou, professeur en économie maritime à KEDGE Business School, qui analysera le rôle de l’État comme acteur du transport maritime, à l’intersection des enjeux économiques, environnementaux et géopolitiques. Dans un monde marqué par la recomposition des échanges internationaux, la montée des logiques de souveraineté et l’accélération de la transition énergétique, les ports et les routes maritimes se retrouvent directement exposés. La question n’est plus seulement de transporter, mais de savoir avec quelle technologie, avec quelle énergie, dans quel cadre réglementaire et avec quelle stratégie nationale.
L’événement fera aussi place à d’autres profils confirmés, venus de l’innovation, de la logistique, des ports et de l’économie maritime, parmi lesquels Sarah Amri du Grand Port de Marseille Fos, Camille Contamine de CEVA Logistics, Frédéric Gilletta d’Easyport, Dominique Badiou d’Akanea, Leslie Widmann de Mariteam ou encore Antoine Monteillet et Mélanie Pressans de Skyborn Renewables. Les débats seront animés par Thibaud Teillard du Marin, Paul Tourret de l’ISEMAR et Hervé Deiss de Ports et Corridors, ce qui devrait favoriser des échanges à la fois structurés et ancrés dans les réalités du terrain.
Enfin, les Shipping Days 2026 s’inscriront dans un ensemble plus large avec la Rencontre Avenir Transports, organisée le jeudi 9 avril 2026 au Grand Port Maritime de La Rochelle. Cette journée d’échanges, menée en partenariat avec l’Union Nationale des Industries de la Manutention dans les Ports Français, réunira plusieurs acteurs du secteur maritime et portuaire et comprendra également une visite des terminaux du port rochelais. Un prolongement logique pour un événement qui entend faire dialoguer réflexion stratégique et réalité opérationnelle.
Les Shipping Days 2026 entendent justement poser cette question centrale : comment la France peut-elle se positionner dans un système maritime mondial en pleine recomposition ? Pour un pays qui dispose de la 2e zone économique exclusive mondiale, avec près de 11 millions de km², l’enjeu est loin d’être théorique. Entre voile commerciale, propulsion hybride, nouvelles technologies, fiscalité carbone et refonte du rôle des ports, le transport maritime entre dans une nouvelle phase. Plus contraint, plus stratégique, mais aussi plus innovant. Les Shipping Days 2026 entendent précisément mesurer ce basculement.
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