Comment naviguer en solo ? 7 astuces pour les solitaires

Culture nautique
Par Mark Bernie

Le navigateur solitaire fascine. Qu’il soit le héros du Vendée Globe ou de la Route du Rhum ou le plaisancier discret qui remonte l’Atlantique à son rythme, il - ou elle - incarne une forme absolue de liberté. Mais derrière cette image, parfois trop romantique, se cache une réalité technique implacable : en solo, l’erreur coûte cher et la fatigue ne pardonne pas. Naviguer seul ne s’improvise pas, cela se construit, étape par étape, milles après milles.

Le navigateur solitaire fascine. Qu’il soit le héros du Vendée Globe ou de la Route du Rhum ou le plaisancier discret qui remonte l’Atlantique à son rythme, il - ou elle - incarne une forme absolue de liberté. Mais derrière cette image, parfois trop romantique, se cache une réalité technique implacable : en solo, l’erreur coûte cher et la fatigue ne pardonne pas. Naviguer seul ne s’improvise pas, cela se construit, étape par étape, milles après milles.
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L’anticipation ou l’art de ne jamais subir

Si vous demandez à un vainqueur d’une transatlantique en solo ou à n’importe quel skipper habitué des navigations solitaire ce qui différencie le solitaire de l’équipage, la réponse fusera : l’anticipation. En équipage, on peut parfois se permettre de réagir à l’événement. Seul, réagir c’est déjà être en retard. La première astuce, et sans doute la plus vitale, est de toujours naviguer « avec un coup d’avance ». Cela signifie réduire la voilure avant que le vent ne monte réellement, préparer ses aussières une heure avant d’arriver au port, ou encore étudier la carte de l’abri de repli avant même de quitter le mouillage actuel. Le bon solitaire est un pessimiste actif : il envisage le pire pour profiter du meilleur. Cette gymnastique mentale permet de ne jamais se laisser déborder par la machine ou les éléments.

Le pilote automatique : votre « alter ego » silencieux

Il est impossible de parler de navigation en solitaire sans évoquer celui qui sera votre unique compagnon de quart : le pilote automatique. Ne le considérez pas comme un simple accessoire, mais comme un membre d’équipage à part entière. Pour le solitaire, un pilote fiable vaut plus que des voiles neuves. L’astuce consiste à le surdimensionner (vérins hydrauliques sur le secteur de barre pour les plus gros bateaux) et surtout à savoir l’utiliser dans le bon mode selon ce que vous recherchez et votre degré d’attention quand il est en action. Privilégiez le mode « vent » plutôt que le mode « compas » lorsque la brise est établie. Apprenez à lui faire confiance, mais écoutez-le : un pilote qui « grogne » ou qui force est souvent le signe que le bateau est mal réglé. Si vous le soignez, il vous permettra de lâcher la barre pour aller manœuvrer à l’avant ou descendre à la table à cartes en toute sécurité.

La manœuvre de port : le secret de la garde montante

C’est l’angoisse numéro un du candidat au voyage en solo : le retour au ponton, surtout quand le vent de travers souffle dans les haubans. Oubliez les sauts périlleux sur le quai, l’astuce des pros réside dans l’utilisation d’une seule et unique amarre : la garde montante (ou spring). Frappée sur un taquet au milieu du bateau, cette amarre est celle que vous passerez en premier au taquet du ponton. Une fois cette garde tournée, une légère marche avant au moteur viendra plaquer le bateau contre le quai, le stabilisant parfaitement, vous laissant tout le temps d’aller tourner tranquillement les pointes avant et arrière. C’est une manœuvre élégante, fluide, qui évite bien des sueurs froides et des coques rayées.

Le sommeil : la sieste comme arme absolue

Contrairement aux idées reçues, le danger en solo n’est pas la tempête, mais la fatigue insidieuse qui trouble le jugement. Vous ne pourrez pas dormir huit heures d’affilée. Il faut donc apprendre à fractionner votre sommeil. Les coureurs au large le savent bien : des siestes de 20 minutes sont régénératrices sans vous faire tomber dans un sommeil profond dont il est difficile d’émerger. L’astuce est d’utiliser un simple minuteur de cuisine (souvent plus fiable et audible que les réveils de téléphones) et de dormir tout habillé, prêt à bondir. En croisière côtière, on profitera des mouillages pour récupérer, mais en traversée, cette gestion du « crédit sommeil » est vitale. Mieux vaut dormir 20 minutes quand tout va bien que d’attendre l’épuisement pour s’effondrer.

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Une ergonomie repensée : le « piano » à portée de main
Observez le cockpit d’un voilier de course : tout revient au même endroit. En solitaire, vous ne devez pas avoir à courir d’un bout à l’autre du bateau. L’organisation de votre plan de pont doit être irréprochable. L’objectif est de pouvoir tout faire depuis le poste de barre ou la descente. Cela implique souvent de modifier l’accastillage de série pour ramener les bosses de ris au cockpit. L’astuce est de créer un « piano » (la zone où reviennent les bouts) clair et identifié : chaque drisse ou écoute doit avoir sa place et son taquet, et ne jamais changer. De nuit, vous devez pouvoir trouver la bosse de ris n°2 au toucher, sans lampe frontale. C’est ce confort ergonomique qui vous permettra de réduire la toile sans hésitation au cœur de la nuit.

La météo : savoir renoncer si la météo l’exige

Le solitaire est plus vulnérable aux changements de temps car il a moins de bras pour gérer la « baston ». Sa meilleure arme reste donc l’information. Avant chaque départ, et même pendant la navigation, la consultation des fichiers GRIB et des bulletins experts doit devenir un réflexe quasi religieux. L’astuce n’est pas seulement de regarder la force du vent, mais l’état de la mer et l’évolution des fronts. Savoir renoncer à une sortie ou se dérouter vers un abri parce que les prévisions annoncent un forcissement est une preuve de compétence, pas de faiblesse. En solo, on ne lutte pas contre les éléments, on compose avec eux en choisissant les bonnes fenêtres.

Sécurité : s’attacher pour vivre

Enfin, il faut aborder sans tabou la sécurité. La chute à la mer en solo est, statistiquement, bien souvent fatale car le bateau sous pilote continuera sa route sans vous. L’astuce - ou plutôt la règle d’or - est simple : le gilet autogonflant se porte dès qu’on sort du port, et l’on s’attache systématiquement dès que l’on quitte le cockpit ou que l’on navigue de nuit. Investissez dans une longe courte qui vous empêche physiquement de passer par-dessus les filières. De plus, équipez-vous d’une balise personnelle (PLB) ou d’un dispositif AIS MOB (Man Over Board) glissé dans votre gilet. C’est un investissement coûteux, certes, mais qui offre une tranquillité d’esprit indispensable pour naviguer sereinement.

Et avant de partir en mer, ayez les bons réflexes en consultant la météo sur METEO CONSULT Marine et en téléchargeant l'application mobile gratuite Bloc Marine.

L'équipe
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
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Jean-Christophe Guillaumin
Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
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Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
Denis Chabassière
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son TARGA 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
Irwin Sonigo
Irwin Sonigo
Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.