
L’anticipation ou l’art de ne jamais subir
Si vous demandez à un vainqueur d’une transatlantique en solo ou à n’importe quel skipper habitué des navigations solitaire ce qui différencie le solitaire de l’équipage, la réponse fusera : l’anticipation. En équipage, on peut parfois se permettre de réagir à l’événement. Seul, réagir c’est déjà être en retard. La première astuce, et sans doute la plus vitale, est de toujours naviguer « avec un coup d’avance ». Cela signifie réduire la voilure avant que le vent ne monte réellement, préparer ses aussières une heure avant d’arriver au port, ou encore étudier la carte de l’abri de repli avant même de quitter le mouillage actuel. Le bon solitaire est un pessimiste actif : il envisage le pire pour profiter du meilleur. Cette gymnastique mentale permet de ne jamais se laisser déborder par la machine ou les éléments.
Le pilote automatique : votre « alter ego » silencieux
Il est impossible de parler de navigation en solitaire sans évoquer celui qui sera votre unique compagnon de quart : le pilote automatique. Ne le considérez pas comme un simple accessoire, mais comme un membre d’équipage à part entière. Pour le solitaire, un pilote fiable vaut plus que des voiles neuves. L’astuce consiste à le surdimensionner (vérins hydrauliques sur le secteur de barre pour les plus gros bateaux) et surtout à savoir l’utiliser dans le bon mode selon ce que vous recherchez et votre degré d’attention quand il est en action. Privilégiez le mode « vent » plutôt que le mode « compas » lorsque la brise est établie. Apprenez à lui faire confiance, mais écoutez-le : un pilote qui « grogne » ou qui force est souvent le signe que le bateau est mal réglé. Si vous le soignez, il vous permettra de lâcher la barre pour aller manœuvrer à l’avant ou descendre à la table à cartes en toute sécurité.
La manœuvre de port : le secret de la garde montante
C’est l’angoisse numéro un du candidat au voyage en solo : le retour au ponton, surtout quand le vent de travers souffle dans les haubans. Oubliez les sauts périlleux sur le quai, l’astuce des pros réside dans l’utilisation d’une seule et unique amarre : la garde montante (ou spring). Frappée sur un taquet au milieu du bateau, cette amarre est celle que vous passerez en premier au taquet du ponton. Une fois cette garde tournée, une légère marche avant au moteur viendra plaquer le bateau contre le quai, le stabilisant parfaitement, vous laissant tout le temps d’aller tourner tranquillement les pointes avant et arrière. C’est une manœuvre élégante, fluide, qui évite bien des sueurs froides et des coques rayées.
Le sommeil : la sieste comme arme absolue
Contrairement aux idées reçues, le danger en solo n’est pas la tempête, mais la fatigue insidieuse qui trouble le jugement. Vous ne pourrez pas dormir huit heures d’affilée. Il faut donc apprendre à fractionner votre sommeil. Les coureurs au large le savent bien : des siestes de 20 minutes sont régénératrices sans vous faire tomber dans un sommeil profond dont il est difficile d’émerger. L’astuce est d’utiliser un simple minuteur de cuisine (souvent plus fiable et audible que les réveils de téléphones) et de dormir tout habillé, prêt à bondir. En croisière côtière, on profitera des mouillages pour récupérer, mais en traversée, cette gestion du « crédit sommeil » est vitale. Mieux vaut dormir 20 minutes quand tout va bien que d’attendre l’épuisement pour s’effondrer.

Une ergonomie repensée : le « piano » à portée de main
Observez le cockpit d’un voilier de course : tout revient au même endroit. En solitaire, vous ne devez pas avoir à courir d’un bout à l’autre du bateau. L’organisation de votre plan de pont doit être irréprochable. L’objectif est de pouvoir tout faire depuis le poste de barre ou la descente. Cela implique souvent de modifier l’accastillage de série pour ramener les bosses de ris au cockpit. L’astuce est de créer un « piano » (la zone où reviennent les bouts) clair et identifié : chaque drisse ou écoute doit avoir sa place et son taquet, et ne jamais changer. De nuit, vous devez pouvoir trouver la bosse de ris n°2 au toucher, sans lampe frontale. C’est ce confort ergonomique qui vous permettra de réduire la toile sans hésitation au cœur de la nuit.
La météo : savoir renoncer si la météo l’exige
Le solitaire est plus vulnérable aux changements de temps car il a moins de bras pour gérer la « baston ». Sa meilleure arme reste donc l’information. Avant chaque départ, et même pendant la navigation, la consultation des fichiers GRIB et des bulletins experts doit devenir un réflexe quasi religieux. L’astuce n’est pas seulement de regarder la force du vent, mais l’état de la mer et l’évolution des fronts. Savoir renoncer à une sortie ou se dérouter vers un abri parce que les prévisions annoncent un forcissement est une preuve de compétence, pas de faiblesse. En solo, on ne lutte pas contre les éléments, on compose avec eux en choisissant les bonnes fenêtres.
Sécurité : s’attacher pour vivre
Enfin, il faut aborder sans tabou la sécurité. La chute à la mer en solo est, statistiquement, bien souvent fatale car le bateau sous pilote continuera sa route sans vous. L’astuce - ou plutôt la règle d’or - est simple : le gilet autogonflant se porte dès qu’on sort du port, et l’on s’attache systématiquement dès que l’on quitte le cockpit ou que l’on navigue de nuit. Investissez dans une longe courte qui vous empêche physiquement de passer par-dessus les filières. De plus, équipez-vous d’une balise personnelle (PLB) ou d’un dispositif AIS MOB (Man Over Board) glissé dans votre gilet. C’est un investissement coûteux, certes, mais qui offre une tranquillité d’esprit indispensable pour naviguer sereinement.
Et avant de partir en mer, ayez les bons réflexes en consultant la météo sur METEO CONSULT Marine et en téléchargeant l'application mobile gratuite Bloc Marine.
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