
Figaro Nautisme : Comment se spécialise-t-on dans le reconditionnement de bateaux ?
Kaourintin Neuder : C’est forcément et avant tout la passion qui m’a guidé. J’ai découvert l’univers de la voile assez tard, à l’adolescence, mais le besoin de naviguer ne m’a plus jamais quitté. Très rapidement, j’ai su que je voulais travailler dans le nautisme. J’ai commencé comme moniteur en école de voile, puis comme responsable d’école, des expériences qui m’ont permis de m’ancrer durablement dans ce milieu. J’ai ensuite suivi une formation à l’INB à Concarneau.
À la fin de mes études, je suis parti en Martinique où j’ai intégré des sociétés de charter. Après quelques années, j’ai eu envie de développer ma propre activité et j’ai créé une entreprise de maintenance et d’entretien sur le port du Marin. J’intervenais alors régulièrement pour de grands chantiers français et européens, notamment sur des missions de service après-vente. Après plusieurs années passées aux Antilles, ma compagne et moi avons souhaité rentrer en métropole. J’ai alors rejoint Nautitech comme responsable du SAV, avant de revenir en Bretagne en 2015 pour prendre la direction de production du chantier Marsaudon Composites, puis la direction commerciale.
En 2022, fort de cette expérience couvrant de nombreux domaines du nautisme, je me suis remis à mon compte pour développer une activité de conseil destinée à accompagner professionnels et particuliers dans leurs projets nautiques. C’est dans ce cadre que j’ai rencontré Dimitri Caudrelier, avec qui je me suis associé pour lancer Reboat. La polyvalence de mon parcours me permet aujourd’hui de répondre à des demandes très spécifiques et techniques.
Figaro Nautisme : Le reconditionnement est une idée dans l’air du temps. Comment avez-vous eu l’idée de l’appliquer au nautisme ?
Kaourintin Neuder : Je rénove mes propres bateaux depuis l’adolescence. En échangeant avec Dimitri Caudrelier et Vincent Taupin notre troisième associé, nous avons rapidement partagé le même constat : le reconditionnement avait tout son sens dans le nautisme, aussi bien d’un point de vue technique qu’environnemental. Restait à démontrer que cette approche pouvait également être pertinente économiquement.
Des bateaux, on en trouve dans tous les ports, et une grande partie ne sort quasiment jamais en mer. Pourtant, ce sont souvent de très bons bateaux, marins, bien dessinés et parfaitement adaptés à leur fonction première, naviguer. À l’exception de la régate, beaucoup n’ont besoin que d’une véritable mise à jour. C’est exactement ce que nous proposons avec Reboat : un reconditionnement complet, inspiré de pratiques existant dans d’autres industries, mais poussé à un niveau encore inédit dans le nautisme.
Figaro Nautisme : Comment fonctionne Reboat ?
Kaourintin Neuder : Notre positionnement est très clair : Nous proposons une alternative économiquement et techniquement cohérente pour accéder à un bateau remis à neuf. Un bateau Reboat est plus cher qu’une belle occasion classique, mais il reste entre 30 et 50 % moins cher qu’un bateau neuf équivalent.
Concrètement, notre mission consiste à identifier une base structurellement saine, puis à la transformer en profondeur pour lui redonner tous les attributs d’un bateau neuf. Les unités passent par un déquillage, un démâtage, le moteur est entièrement déposé et contrôlé, et l’ensemble du bateau est démonté afin de remplacer tout ce qui doit l’être. L’objectif est que le bateau soit dans une configuration optimale lors de sa remise à l’eau, prêt à naviguer pour plusieurs dizaines d’années supplémentaires. Un travail esthétique complet vient naturellement compléter cette remise à niveau. A sa sortie de l’atelier, un Reboat a tous les attributs d’un bateau neuf - des prises USB aux cuves à eaux noires - et a été revu entièrement de la quille à la tête de mât !
Nous sélectionnons des bateaux dont la structure est en bon état, car notre objectif est de limiter autant que possible les travaux composites, notamment pour des raisons environnementales. Reconstruire un bateau de manière intégrale n’a pas de sens dans notre approche. Chaque projet débute par une définition précise du cahier des charges avec le client, puis par la recherche de la base idéale. Une expertise est réalisée en interne et systématiquement complétée par une expertise extérieure indépendante. À la sortie de l’atelier, le bateau est garanti comme un bateau neuf, avec une valeur agréée par les assurances, et il peut être financé par leasing via nos partenaires. Cela témoigne du sérieux et de la reconnaissance de notre travail.
Figaro Nautisme : Votre métier consiste à « actualiser » des bateaux anciens pour leur donner des spécificités d’aujourd’hui. Et demain ? Sur quels types de bateaux naviguerons-nous ?
Kaourintin Neuder : Je pense que tous les bateaux neufs qui sortiront des chantiers dans les prochaines années sont déjà de futurs bateaux à reconditionner [Rires !]... Nous sommes clairement à un tournant dans l’industrie nautique, avec un glissement progressif vers une économie de l’usage plutôt que de la propriété. Location, longue durée, partage ou copropriété vont se développer, et dans cette logique, les bateaux auront plusieurs vies successives.
Le reconditionnement a donc un rôle majeur à jouer. Nous travaillons déjà sur ce type de problématiques, comme avec ces propriétaires d’un catamaran Astréa acheté en gestion locative, exploité pendant plusieurs années, et qu’ils souhaitent aujourd’hui transformer pour vivre à bord. Passer de quatre à trois cabines est une opération que nous savons réaliser et qui va se généraliser. Les chantiers s’intéressent d’ailleurs de plus en plus à notre expertise pour faire évoluer leurs modèles et maintenir la valeur des bateaux dans le temps.
Figaro Nautisme : Reboat en chiffres ?
Kaourintin Neuder : Nous sommes aujourd’hui trois co-fondateurs et quinze collaborateurs. Nous disposons de 1 000 m2 de surface à Lorient. En un an et demi d’existence, nous avons déjà livré quinze bateaux et dix autres sont actuellement en cours de reconditionnement. Selon l’ampleur des travaux, il faut compter entre deux et six mois pour un reconditionnement complet. Un bateau Reboat coûte entre 30 et 50 % du prix du même bateau neuf.
Figaro Nautisme : Votre dernière navigation et la prochaine ?
Kaourintin Neuder : Ma dernière navigation remonte à cet été, à bord de mon bateau personnel, un Feeling 8.50. Nous avons navigué autour des îles bretonnes, que j’apprécie toujours autant.
La prochaine navigation sera particulièrement importante pour nous, puisqu’il s’agira de la mise à l’eau du Sun Magic 44 qui sortira de l’atelier au printemps. C’est un moment très attendu, aussi bien par l’équipe que par le propriétaire.
vous recommande