L’intelligence artificielle à bord : comment en faire un vrai atout pour la sécurité en mer ?

Equipements
Par Le Figaro Nautisme

De la préparation de route à l’analyse météo, l’intelligence artificielle s’invite désormais dans la navigation de plaisance. Capable de structurer l’information et de proposer des scénarios, elle séduit par son efficacité. Mais peut-on lui faire confiance sans réserve ? Bien utilisée, elle renforce la sécurité. Mal comprise, elle peut au contraire affaiblir le jugement du navigateur. Voici comment en faire un véritable second de quart, sans jamais lâcher la barre.

De la préparation de route à l’analyse météo, l’intelligence artificielle s’invite désormais dans la navigation de plaisance. Capable de structurer l’information et de proposer des scénarios, elle séduit par son efficacité. Mais peut-on lui faire confiance sans réserve ? Bien utilisée, elle renforce la sécurité. Mal comprise, elle peut au contraire affaiblir le jugement du navigateur. Voici comment en faire un véritable second de quart, sans jamais lâcher la barre.

Les outils d’aide à la navigation n’ont jamais cessé de progresser. Le positionnement par satellites a réduit l’incertitude de position, le système d’identification automatique a rendu le trafic plus lisible, la cartographie électronique a profondément transformé la lecture de la carte marine. L’intelligence artificielle ouvre aujourd’hui une étape différente, parce qu’elle ne se contente plus d’afficher une information. Elle propose une décision, une trajectoire, une logique de route. En clair, elle raisonne comme un navigateur. Et c’est précisément là que se trouvent à la fois son intérêt et son principal piège.

L’enjeu n’est pas de savoir si l’intelligence artificielle peut préparer une navigation. Elle le peut déjà, parfois très efficacement, surtout sur des scénarios classiques et répétitifs. Le vrai sujet est ailleurs. Comment en faire un second de quart utile, sans qu’il devienne un pilote automatique de la réflexion, capable d’entraîner le navigateur vers une fausse évidence. Cette approche très concrète, nourrie par le retour d’expérience, correspond à la culture de la plaisance moderne, où l’outil doit renforcer la sécurité sans jamais affaiblir le jugement.

Pourquoi l’intelligence artificielle séduit en préparation de route ?

Une route, ce n’est pas qu’un trait tiré entre deux points. C’est une accumulation de contraintes parfois contradictoires. La sécurité, évidemment, mais aussi la durée de navigation, la fatigue de l’équipage, l’état de la mer, la capacité réelle du bateau à tenir une moyenne, les zones réglementées, les abris possibles, l’heure d’arrivée souhaitée de jour, la profondeur disponible sous la quille. Et au-dessus de tout cela, la météo, qui transforme un parcours théoriquement logique en parcours réellement praticable.

Dans cet exercice complexe, l’intelligence artificielle se révèle particulièrement efficace sur trois aspects. Elle sait d’abord structurer l’information. En fournissant un point de départ, une destination, un tirant d’eau et une vitesse moyenne, les données météos, elle est capable de proposer un déroulé cohérent de navigation, avec des caps, des phases et des alternatives. Là où le navigateur doit dérouler mentalement de nombreuses hypothèses, l’outil aide à poser un cadre.

Elle sait ensuite comparer. L’intelligence artificielle peut expliquer pourquoi une route légèrement plus longue est en réalité plus confortable, en évitant un cap serré, une mer croisée ou une zone exposée. Elle peut également signaler des incohérences, comme une arrivée nocturne dans un secteur mal éclairé ou encombré.

Enfin, elle sait reformuler. Cet aspect est souvent sous-estimé. Une partie du risque en navigation provient d’une mauvaise compréhension d’un bulletin, d’un avertissement ou d’une information nautique dense. L’intelligence artificielle peut transformer un ensemble de données complexes en un scénario lisible, plus facile à intégrer dans la préparation.

Le piège majeur : confondre route plausible et route sûre

Le principal danger vient de l’illusion de maîtrise. L’intelligence artificielle s’exprime avec assurance, explique ses choix et donne parfois une impression de rigueur absolue. Or une route bien argumentée n’est pas forcément une route sûre. Les enquêtes sur les accidents maritimes le montrent depuis des années. L’erreur ne vient pas toujours d’un manque d’information, mais souvent d’une confiance excessive accordée aux aides numériques, ou d’une mauvaise interprétation de ce qu’elles affichent.

Dans plusieurs rapports d’accidents récents, les autorités maritimes ont mis en évidence des situations où des navires ont talonné ou se sont engagés dans des zones dangereuses alors que l’information était disponible à bord. La cause n’était pas l’absence de données, mais leur mauvaise utilisation. L’intelligence artificielle, en ajoutant un raisonnement et une narration, peut renforcer ce biais cognitif.

Une règle doit donc rester intangible. L’intelligence artificielle peut préparer, proposer, suggérer. Elle ne peut ni assumer ni décider. La responsabilité de la navigation reste entièrement à bord.

Cette logique est d’ailleurs parfaitement cohérente avec le Règlement international pour prévenir les abordages en mer. La règle numéro 5 rappelle que tout navire doit maintenir une veille efficace par tous les moyens disponibles afin d’évaluer la situation et le risque de collision. L’intelligence artificielle est un moyen supplémentaire. Elle ne remplace ni l’observation, ni le jugement, ni l’expérience.

Traiter l’intelligence artificielle comme un équipier très appliqué

Le bon usage consiste à considérer l’intelligence artificielle comme un équipier brillant mais dépourvu de sens marin. Elle travaille vite, ne se fatigue pas et traite de grandes quantités d’informations, mais elle ne ressent ni le bateau ni la mer.

Cela impose une discipline de vérification rigoureuse. La première porte sur les données utilisées. Une analyse n’est pertinente que si les cartes, les informations nautiques et météorologiques, les avertissements de navigation sont à jour. Les évolutions actuelles de la cartographie numérique, avec des bases de données de plus en plus riches, vont dans le bon sens, mais elles ne dispensent jamais d’un contrôle humain.

La deuxième vérification concerne la cohérence avec le bateau et l’équipage. Tirant d’eau réel, marge de sécurité sous la quille, vitesse moyenne réellement tenable dans l’état de mer prévu, capacité de l’équipage à manœuvrer ou à réduire la voilure. L’intelligence artificielle extrapole. Elle ne connaît pas l’usure d’un gréement ni la fatigue d’un équipage.

La troisième vérification est météorologique. Ici, la vigilance doit être maximale. La tentation est grande de demander à l’intelligence artificielle le meilleur jour pour partir ou la route idéale. Or une préparation météo sérieuse repose sur une analyse complète des scénarios. Pour tout ce qui concerne la météo terrestre et marine, la référence doit rester METEO CONSULT Marine, avec une lecture attentive de l’évolution, des incertitudes et des fenêtres de conditions maniables. L’intelligence artificielle peut aider à interpréter ces éléments, pas à les inventer.

Vérifier un conseil sans s’enfermer dans la technique

Une méthode simple consiste à demander à l’intelligence artificielle de produire son propre contre argument. Après une première proposition de route, il est pertinent de lui demander une alternative plus conservatrice, puis d’identifier ce qui pourrait rendre son plan initial incorrect. Cette approche oblige l’outil à expliciter ses hypothèses et met en lumière les zones d’incertitude.

Ce dialogue permet au navigateur de reprendre la main. Il ne s’agit plus de suivre un conseil, mais de comprendre les conditions qui rendent ce conseil valable ou non. C’est exactement ce que l’on cherche dans une préparation sérieuse, où la route n’est jamais figée mais constamment réévaluée.

Poser les bonnes questions pour améliorer la sécurité

La qualité des réponses dépend directement de la qualité des questions. Une demande vague conduit souvent à une réponse approximative. Une demande structurée oblige l’intelligence artificielle à raisonner de manière plus maritime.

Décrire clairement les contraintes, les limites acceptables, les marges de sécurité souhaitées et les objectifs permet d’obtenir des propositions utiles. Il est tout aussi important de demander ce qui manque pour valider une décision. Cette approche transforme l’intelligence artificielle en véritable outil de préparation, au lieu d’un simple générateur de solutions.

Le véritable gain de sécurité se joue avant le départ

Contrairement à une idée répandue, le principal bénéfice de l’intelligence artificielle n’est pas de trouver la route parfaite. Il réside dans la discipline qu’elle impose. En obligeant à formaliser les hypothèses, à poser des limites claires et à envisager des alternatives, elle améliore la qualité globale de la préparation.

Elle ne remplace ni l’expérience ni le bon sens, mais elle peut réduire la charge mentale, structurer la réflexion et aider à anticiper. Utilisée avec méthode, elle devient un second efficace. Utilisée sans recul, elle peut devenir un facteur de risque supplémentaire.

Dans un environnement de navigation de plus en plus numérique, l’intelligence artificielle trouve naturellement sa place à bord. À condition que le skipper reste le seul patron, et que la décision finale ne soit jamais déléguée à un algorithme.

L'équipe
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
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Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
Jean-Christophe Guillaumin
Jean-Christophe Guillaumin
Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
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Charlotte Lacroix
Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
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Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
Denis Chabassière
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son TARGA 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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METEO CONSULT est un bureau d'études météorologiques opérationnel, qui assiste ses clients depuis plus de 30 ans. Les services de METEO CONSULT reposent sur une équipe scientifique de haut niveau et des moyens techniques de pointe. Son expertise en météo marine est reconnue et ses prévisionnistes accompagnent les plaisanciers, les capitaines de port et les organisateurs de courses au large depuis ses origines : Route du Rhum, Transat en double, Solitaire du Figaro…
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Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
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Irwin Sonigo
Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.