
Sur les pontons, le sujet n'est plus tabou. Il y a encore quelques années, la gestion des eaux usées à bord d'un bateau ancien était souvent perçue comme une contrainte technique insurmontable ou un investissement à perte. Mais la donne a changé. Entre la prise de conscience environnementale des navigateurs et les nouveaux arrêtés préfectoraux qui limitent de plus en plus drastiquement les rejets, notamment dans les zones protégées comme le littoral de Saint-Tropez ou de Porto-Vecchio, la mise aux normes est devenue une priorité. Pour Gilles, propriétaire d'un voilier de 12 mètres des années 90, la question ne se posait plus : « Je ne voulais plus me sentir coupable à chaque fois que j'utilisais l'évier au mouillage. Transformer mon bateau en unité "zéro rejet" a été une véritable renaissance pour mon bord ».
Eaux noires : la fin du rejet sauvage
La première étape, et souvent la plus complexe sur une unité ancienne, concerne les eaux noires, issues des sanitaires. Si les bateaux construits après 2008 sont obligatoirement équipés de cuves à eaux noires, le parc d'occasion reste majoritairement démuni. La solution classique consiste à installer un réservoir de rétention. Le défi est alors d'intégrer une cuve de 40 à 80 litres dans des cales souvent étroites. Le coût de l'équipement (cuve, pompe broyeuse, vannes trois voies et tuyauteries spécifiques) oscille généralement entre 800 et 1 500 euros, hors main-d'œuvre.
Cependant, une alternative gagne du terrain : les toilettes à séparation ou toilettes sèches. Initialement réservées aux aventuriers du grand large, elles séduisent désormais les plaisanciers côtiers. Sans consommation d'eau et sans besoin de cuve de stockage encombrante, elles éliminent radicalement le problème des eaux noires. Pour ceux qui préfèrent conserver le confort d'un WC marin classique, des systèmes de traitement par électrolyse permettent désormais de rejeter une eau stérile et sans odeur, même si leur coût, dépassant parfois les 3 000 euros, les réserve à des budgets plus conséquents.
Eaux grises : le nouveau défi technique
Si les eaux noires sont sous le feu des projecteurs, les eaux grises — issues des douches et de la vaisselle — représentent un volume bien plus important. Chargées de détergents, de graisses et de résidus organiques, elles sont pourtant encore trop souvent rejetées directement. En 2026, des solutions compactes de « sump boxes » (caissons de collecte) permettent de centraliser ces eaux pour les filtrer avant rejet ou pour les stocker.
Le traitement des eaux grises sur un vieux bateau demande une certaine ingéniosité. Il faut souvent repenser les circuits d'évacuation de la cuisine et de la salle d'eau pour les diriger vers une unité centrale. Des filtres à base de charbon actif ou de membranes d'ultra-filtration, autrefois réservés aux super-yachts, se démocratisent et permettent de neutraliser 99 % des bactéries et des polluants. L'usage de savons et de liquides vaisselle biodégradables reste toutefois le premier geste indispensable pour accompagner ces dispositifs techniques.
Un investissement rentable pour l'avenir
Au-delà de l'aspect éthique, le retrofit écologique d'un bateau est un calcul financier intelligent. En 2026, la valeur de revente d'une unité « zéro rejet » est nettement supérieure à celle d'un bateau non équipé. Les acheteurs sont de plus en plus attentifs à la conformité environnementale, redoutant de futures interdictions d'accès à certains ports ou mouillages forains pour les navires polluants.
Avant de lancer de tels travaux, une planification rigoureuse est nécessaire. Il faut vérifier l'équilibrage du bateau (le poids de l'eau stockée peut modifier l'assiette) et s'assurer de la facilité d'accès aux vannes… avant de profiter pleinement de son bateau, enfin, « propre » !
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