L’osier et la mer, une histoire tressée depuis des siècles

Culture nautique
Par Le Figaro Nautisme

Bien avant l’apparition des matériaux industriels qui dominent aujourd’hui le nautisme, le monde maritime s’est construit autour de ressources naturelles disponibles localement. Bois, chanvre, liège et fibres végétales formaient la base de l’équipement des bateaux. Parmi ces matériaux, l’osier occupait une place particulière. Souple, léger et renouvelable, il s’est imposé pendant des siècles comme une solution évidente pour répondre aux contraintes de la navigation, de la pêche et du travail en mer. Discret mais omniprésent, il faisait partie intégrante du quotidien maritime, du rivage jusqu’au large.

Bien avant l’apparition des matériaux industriels qui dominent aujourd’hui le nautisme, le monde maritime s’est construit autour de ressources naturelles disponibles localement. Bois, chanvre, liège et fibres végétales formaient la base de l’équipement des bateaux. Parmi ces matériaux, l’osier occupait une place particulière. Souple, léger et renouvelable, il s’est imposé pendant des siècles comme une solution évidente pour répondre aux contraintes de la navigation, de la pêche et du travail en mer. Discret mais omniprésent, il faisait partie intégrante du quotidien maritime, du rivage jusqu’au large.
© AdobeStock

La vannerie maritime, un savoir-faire essentiel

Avant le plastique et l’inox, la vannerie était indissociable de la vie à bord. L’osier permettait de fabriquer toute une gamme d’objets indispensables : paniers de pêche, nasses, casiers légers, mannes pour le transport du poisson ou du matériel. Ces contenants répondaient à plusieurs exigences fondamentales du monde marin. Ils devaient être légers pour être manipulés facilement, résistants pour supporter les charges et les chocs, et suffisamment souples pour ne pas se briser sous l’effet des mouvements du bateau.
L’un des grands avantages de l’osier résidait dans sa réparabilité. Un panier endommagé pouvait être repris, renforcé ou entièrement refait sans outillage complexe, souvent directement à bord ou à terre, par les marins eux-mêmes. Ce savoir-faire faisait partie intégrante de la culture maritime et se transmettait de génération en génération. Dans les ports et les villages de pêcheurs, la vannerie était une activité courante, au même titre que le matelotage ou l’entretien des filets.
À bord, l’osier servait également à l’aménagement intérieur. Corbeilles de rangement, paniers suspendus ou contenants glissés sous les bancs permettaient d’organiser l’espace sans ajouter de poids excessif. Bien entretenu, séché régulièrement et protégé des immersions prolongées, l’osier supportait relativement bien l’humidité et le sel, ce qui en faisait un matériau parfaitement adapté aux bateaux de travail.

© AdobeStock

Flotteurs, protections et usages techniques

L’osier ne se limitait pas à des fonctions de stockage. Tressé de manière dense, parfois associé à du liège ou à des fibres végétales plus rigides, il entrait dans la fabrication de flotteurs pour les filets de pêche. Ces flotteurs maintenaient les lignes à la bonne profondeur tout en absorbant les chocs liés à la houle, aux manœuvres et aux manipulations répétées. Leur légèreté permettait également de réduire la fatigue des pêcheurs lors de la mise à l’eau et de la remontée des engins.
On retrouvait aussi l’osier dans des usages de protection. Des structures tressées étaient utilisées comme pare-chocs artisanaux, placées entre la coque et le quai ou entre deux bateaux. Grâce à leur souplesse naturelle, elles absorbaient les impacts sans endommager le bordé. Ces dispositifs peuvent être considérés comme les ancêtres directs des pare-battages modernes. Là encore, la logique était simple : utiliser un matériau facilement disponible, efficace et remplaçable, plutôt que des pièces lourdes ou rigides.
Ces usages montrent à quel point l’osier répondait aux contraintes techniques du monde maritime. Il offrait un compromis rare entre résistance, flexibilité et légèreté, des qualités toujours recherchées aujourd’hui dans la conception des équipements nautiques.

© AdobeStock

Coracles et embarcations en osier

Dans certaines cultures maritimes et fluviales, l’osier allait encore plus loin en devenant la base même de l’embarcation. C’est notamment le cas des coracles, utilisés depuis l’Antiquité dans des régions comme le Pays de Galles et l’Irlande. Ces bateaux étaient construits autour d’une armature en osier soigneusement tressée, puis recouverts de peaux animales ou enduits de goudron pour assurer l’étanchéité.
Les coracles se distinguaient par leur extrême légèreté. Un pêcheur pouvait les porter seul jusqu’à l’eau, ce qui les rendait parfaitement adaptés aux rivières, aux estuaires et aux zones côtières abritées. Leur forme arrondie et leur faible tirant d’eau permettaient une grande maniabilité, idéale pour la pêche côtière ou fluviale. Bien que rudimentaires en apparence, ces embarcations témoignent d’une compréhension fine des matériaux et de l’environnement, bien avant l’ère de l’ingénierie moderne.

© AdobeStock

Un matériau en phase avec les enjeux contemporains

Si l’osier a peu à peu disparu des bateaux avec l’industrialisation du nautisme, son histoire résonne fortement avec les préoccupations actuelles. À l’heure où la question des matériaux durables et de la réduction du plastique se pose avec acuité, ce matériau végétal rappelle qu’une autre approche a longtemps existé. L’osier est renouvelable, biodégradable et peu énergivore à produire, des qualités qui font aujourd’hui écho aux recherches menées dans le domaine de l’écoconception nautique.
Certains artisans et designers s’inspirent à nouveau de ces usages anciens, que ce soit pour des équipements de bord, des éléments décoratifs ou des solutions hybrides associant matériaux traditionnels et techniques modernes. Sans prétendre remplacer les matériaux contemporains, l’osier retrouve ainsi une place symbolique, rappelant que le monde maritime s’est longtemps appuyé sur des solutions sobres, ingénieuses et profondément liées à la nature.

De la vannerie de bord aux embarcations entières, l’osier a accompagné pendant des siècles les marins et les pêcheurs dans leur quotidien. Son usage raconte une autre histoire du nautisme, faite d’adaptation, de bon sens et de respect des ressources disponibles, bien avant que la modernité ne transforme durablement les pratiques maritimes.

L'équipe
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
Jean-Christophe Guillaumin
Jean-Christophe Guillaumin
Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
Charlotte Lacroix
Charlotte Lacroix
Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
Max Billac
Max Billac
Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
Denis Chabassière
Denis Chabassière
Denis Chabassière
Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
Michel Ulrich
Michel Ulrich
Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son TARGA 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
METEO CONSULT
METEO CONSULT
METEO CONSULT
METEO CONSULT est un bureau d'études météorologiques opérationnel, qui assiste ses clients depuis plus de 30 ans. Les services de METEO CONSULT reposent sur une équipe scientifique de haut niveau et des moyens techniques de pointe. Son expertise en météo marine est reconnue et ses prévisionnistes accompagnent les plaisanciers, les capitaines de port et les organisateurs de courses au large depuis ses origines : Route du Rhum, Transat en double, Solitaire du Figaro…
Cyrille Duchesne
Cyrille Duchesne
Cyrille Duchesne
Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
Irwin Sonigo
Irwin Sonigo
Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.