Impression 3D à bord : la fin des pièces introuvables en croisière ?

Equipements
Par Le Figaro Nautisme

Refaire une pièce cassée au mouillage, prolonger la vie d’un bateau ancien ou éviter des semaines d’attente pour une livraison impossible : l’impression 3D s’invite de plus en plus dans l’univers nautique. Longtemps perçue comme un gadget, elle devient un outil crédible pour certains plaisanciers et professionnels. Mais peut-on vraiment fabriquer ses propres pièces de rechange sans compromettre la sécurité ? Et faut-il embarquer une imprimante à bord ou simplement savoir concevoir et imprimer à l’escale ?

Refaire une pièce cassée au mouillage, prolonger la vie d’un bateau ancien ou éviter des semaines d’attente pour une livraison impossible : l’impression 3D s’invite de plus en plus dans l’univers nautique. Longtemps perçue comme un gadget, elle devient un outil crédible pour certains plaisanciers et professionnels. Mais peut-on vraiment fabriquer ses propres pièces de rechange sans compromettre la sécurité ? Et faut-il embarquer une imprimante à bord ou simplement savoir concevoir et imprimer à l’escale ?

Impression 3D : comment fabriquer ses propres pièces de rechange à bord ?

Une pièce plastique fissurée, un support cassé, un petit élément devenu introuvable chez le fabricant… En navigation, ce sont rarement les grosses avaries qui immobilisent un bateau, mais une succession de détails qui finissent par bloquer un système. Pour les propriétaires de bateaux anciens, la situation est encore plus délicate : certaines références ont disparu des catalogues depuis longtemps, et la seule réponse quand une pièce vient à casser consiste à la faire refabriquer, sur mesure, avec des délais et des coûts dissuasifs.

C’est dans ce contexte très concret que l’impression 3D a progressivement trouvé sa place à bord des bateaux. Non pas pour réinventer la construction navale, mais pour répondre à un besoin simple : remettre en service rapidement un équipement sans dépendre d’une chaîne logistique complexe (et parfois lointaine).

De la curiosité technologique à l’outil de bord

Pendant longtemps, l’impression 3D en nautisme s’est cantonnée à quelques démonstrations spectaculaires ou à des prototypes. Aujourd’hui, elle est utilisée pour ce qu’elle sait faire de mieux : produire des pièces fonctionnelles, adaptées à un besoin précis, parfois en urgence. Supports de capteurs, boîtiers électriques, entretoises, caches, poulies secondaires, pièces de guidage ou adaptateurs divers font partie des usages les plus fréquents.

Des lecteurs du Figaro Nautisme engagés dans des voyages au long cours nous ont ainsi raconté comment l’impression 3D leur a permis d’éviter des immobilisations prolongées. En mer des Caraïbes ou dans le Pacifique, refaire localement une pièce cassée peut représenter plusieurs semaines de navigation gagnées. Le même constat est partagé par des professionnels du nautisme installés loin des grands chantiers : lorsqu’une pièce standard n’est plus disponible, la capacité à la reproduire à l’identique ou à l’améliorer devient un véritable atout pour maintenir un bateau en état.

Ce que l’on peut imprimer sans risque… et ce qu’il vaut mieux éviter

Toute la question repose sur la nature de la pièce. L’impression 3D est parfaitement adaptée aux éléments non critiques, ceux qui ne supportent pas de charges importantes et dont la rupture n’entraîne pas de danger immédiat. Dans cette catégorie, les retours d’expérience sont nombreux et largement positifs.

En revanche, dès qu’une pièce est soumise à de fortes contraintes mécaniques, à des efforts cycliques importants ou qu’elle participe à un organe de sécurité, la prudence s’impose. Gréement, direction, fixation structurelle, pièces moteur ou éléments de sécurité ne relèvent pas d’une fabrication improvisée. Même à terre, ces pièces nécessitent des matériaux spécifiques, des procédés contrôlés et des validations strictes. À bord d’un bateau de plaisance, l’impression 3D doit donc rester un outil de maintenance raisonnée, pas un substitut à l’ingénierie navale.

Le choix des matériaux, clé de la durabilité

Dans l’environnement marin, une pièce ne doit pas seulement être solide à la sortie de l’imprimante. Elle doit résister aux UV, à la chaleur, à l’humidité, au sel et aux vibrations. C’est souvent sur ce point que se joue la réussite ou l’échec d’une pièce imprimée.

Les matériaux couramment utilisés en impression 3D domestique ne se valent pas tous. Certains plastiques faciles à imprimer vieillissent mal au soleil ou se déforment à la chaleur. À l’inverse, d’autres matériaux offrent une bien meilleure tenue dans le temps, à condition de maîtriser les réglages et la conception. L’orientation des couches, l’épaisseur des parois, la présence de renforts ou d’inserts métalliques ont souvent autant d’importance que la matière elle-même.

Autrement dit, l’impression 3D ne supprime pas le besoin de réflexion technique. Elle déplace simplement la compétence : au lieu de choisir une pièce sur un catalogue, il faut comprendre comment elle travaille et dans quelles conditions elle va être utilisée. Et cela demande un vrai savoir-faire ! 

Imprimante à bord ou impression à terre : une décision stratégique

L’idée d’embarquer une imprimante 3D séduit de plus en plus de navigateurs. Elle promet une forme d’autonomie nouvelle, avec la possibilité de fabriquer une pièce à tout moment. Dans la pratique, cette solution a du sens pour des projets bien identifiés : navigation au long cours, éloignement prolongé des centres techniques, équipage à l’aise avec la modélisation et capacité énergétique suffisante.

Mais embarquer une imprimante implique aussi des contraintes : espace, stabilité, entretien, pièces de rechange pour la machine elle-même et gestion des consommables. Sans compter que l’outil n’a d’intérêt que si l’on sait concevoir ou modifier un modèle numérique.

Pour beaucoup de plaisanciers, une autre approche s’avère plus réaliste : savoir mesurer une pièce, la modéliser sur ordinateur et la faire imprimer à terre. Les ateliers d’impression 3D sont aujourd’hui présents dans de nombreuses régions du monde, parfois là où l’on ne trouve aucun shipchandler digne de ce nom. Cette solution combine souplesse, qualité d’impression et accès à des matériaux plus techniques que ceux habituellement utilisés à bord.

Quand l’industrie maritime montre la voie

Si la plaisance s’empare progressivement de l’impression 3D, l’industrie maritime a déjà largement exploré le sujet. Dans les secteurs militaire et offshore, la fabrication additive est étudiée comme un moyen de réduire la dépendance logistique et d’améliorer la disponibilité des équipements. Mais ces projets rappellent aussi une réalité fondamentale : dès que les pièces deviennent critiques, la fabrication doit être strictement encadrée, contrôlée et certifiée.

Cette distinction est essentielle pour les plaisanciers. Elle permet de comprendre que l’impression 3D est un formidable outil de dépannage et d’adaptation, mais qu’elle ne dispense jamais d’un raisonnement technique rigoureux. 

Une nouvelle autonomie, à condition de rester lucide

Oui, il est aujourd’hui possible de fabriquer certaines pièces de rechange pour son bateau, et cette possibilité change concrètement la vie de nombreux navigateurs. Pour prolonger la durée de vie d’un équipement d’un bateau ancien ou éviter une immobilisation inutile lors d’un grand voyage, l’impression 3D est devenue une alliée précieuse.

Mais cette autonomie a des limites claires. Elle repose sur la compréhension des contraintes, le choix des bons matériaux et la capacité à distinguer ce qui relève du dépannage intelligent de ce qui touche à la sécurité. Utilisée avec méthode et bon sens, l’impression 3D ne transforme pas le plaisancier en chantier naval. Elle lui offre en revanche une liberté nouvelle face aux petites pannes qui, autrefois, pouvaient gâcher une saison entière de navigation.

L'équipe
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
Jean-Christophe Guillaumin
Jean-Christophe Guillaumin
Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
Charlotte Lacroix
Charlotte Lacroix
Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
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Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
Denis Chabassière
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son TARGA 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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METEO CONSULT est un bureau d'études météorologiques opérationnel, qui assiste ses clients depuis plus de 30 ans. Les services de METEO CONSULT reposent sur une équipe scientifique de haut niveau et des moyens techniques de pointe. Son expertise en météo marine est reconnue et ses prévisionnistes accompagnent les plaisanciers, les capitaines de port et les organisateurs de courses au large depuis ses origines : Route du Rhum, Transat en double, Solitaire du Figaro…
Cyrille Duchesne
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Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
Irwin Sonigo
Irwin Sonigo
Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.