
Elles ont bouclé le parcours ce lundi 26 janvier au large de Brest à 12h00 pile en 57 jours 21 heures et 20 minutes. L’équipage a su tenir bon malgré une avarie dans l’Atlantique, des conditions virulentes dans les mers du sud et le passage d’une forte tempête ces derniers jours. Elles sont attendues quai Malbert, à Brest à partir de 18 heures pour partager ce moment à part avec leurs proches, leur équipe et le public attendu nombreux.
LEUR TOUR DU MONDE EN 10 DATES :
17 novembre : début du stand-by
29 novembre : départ depuis Brest
8 décembre : passage de l’équateur
12 décembre : avarie de hook
16 décembre : passage du cap de Bonne-Espérance
24 décembre : franchissement du cap Leeuwin
2 janvier : passage du point Nemo
6 janvier : passage du cap Horn
21 janvier : grand-voile déchirée, mis à l’abri à la lattitude des Açores
26 janvier : arrivée à Brest
À JAMAIS LES PREMIÈRES
Les navigatrices de The Famous Project CIC ambitionnaient de marquer l’histoire du sport en devenant le premier équipage féminin à boucler ce tour du monde sans escale. Et elles l’ont fait ! Alors que la Britannique Tracy Edwards et ses 10 coéquipières avaient échoué il y a 27 ans, Alexia et ses girls ont triomphé de toutes les difficultés. Malgré les avaries et les tempêtes, elles ont su tenir bon jusqu’au bout, illustration de leur résilience et de leur incroyable détermination.
L’Atlantique pour mise en jambe
« Le mot d’ordre : ne pas casser ! » Alexia annonçait dès le franchissement de la ligne de départ de son tour du monde sa volonté de naviguer prudemment, rationnellement, et de donner à son très international équipage (7 nationalités), la possibilité de prendre son rythme et de rôder, en course cette fois, les mille et un gestes répétés à l’entraînement. Dans un fort coup de vent de nord ouest, sur une mer bien creusée, difficile de placer le curseur au bon endroit sans risquer, dès le départ, la casse si redoutée et responsable, dans la longue histoire du Trophée Jules Verne, de tant d’abandons. Abandon, un mot proscrit à bord du Maxi Trimaran IDEC SPORT qui s’extirpait sans encombre des premières difficultés de son périple. Empannages à répétition dans l’alizé portugais et transition réussie avec les régimes de nord est cette année particulièrement irréguliers et parsemés de bulles d’éventées, permettaient aux navigatrices d’entrer avec sérénité et sérieux dans leur cadence de vie, scandée par les régimes de quart destinés à devenir leur quotidien pour les 8 semaines à venir. Le 7 décembre, Alexia et ses équipières franchissaient l’équateur, après 8 jours et 3 heures d’une navigation maitrisée, malgré un pot au noir particulièrement mesquin, qui s’était évertué à enfler sur le passage du Maxi Trimaran.
On allonge la foulée
Les tropiques, la proximité du Brésil, les alizés de sud-est, ajoutés à un moral des plus conquérant, voyaient l’équipage féminin de the Famous Project CIC s’enhardir, gagner en confiance au fil des milles pour accumuler les belles journées à plus de 500 milles parcourus, au plus près du coeur de l’anticyclone de Sainte Hélène. Une trajectoire efficace vers le cap de Bonne Espérance qu’elles franchissaient en leur 17ème jour de course, au terme de près de 8 000 milles parcourus à plus de 19 noeuds de moyenne. Seule ombre au tableau, le hook de grand-voile bloqué. Il s'agit d'un ensemble de pièces dont une partie est fixée sur le rail de grand-voile et l'autre sur la têtière. Cet ensemble assure la jonction entre le mât et la voile. Une pièce "custom" en titane fixée sur la têtière qui restait obstinément bloqué, contraignant l'équipage de The Famous Project CIC, à chaque prise ou libération d'un ris, à la démonter, et donc à affaler toute la voile pour accéder à cette pièce. Un premier écueil qu’à force d’obstination, l’équipage allait parvenir à maîtriser.
Au rythme de l’Indien
En glissant le 16 décembre sous le cap des Aiguilles, ce point le plus austral du continent africain, les navigatrices de The Famous Project CIC entraient de plain-pied dans un des monuments d’un tour du monde à la voile, l’Océan Indien. Et en ouverture de ce copieux plat de résistance, c’est le courant des Aiguilles qui leur était servi chaud-bouillant, afin, peut-être, de leur donner un avant-goût de ce si redouté « Grand Sud ». Le courant des Aiguilles tout droit descendu des rivages de Madagascar accélère sous l’Afrique pour atteindre par endroit les 3 nœuds. Face au vent d’ouest, il levait sur la route du Maxi trimaran une mer fortement désordonnée, qui secouait sévèrement l’équipage. Alexia, Dee, Annemieke, Rebecca, Deborah, Molly, Támara et Stacey trouvaient intelligemment les bons équilibres, entre tenir la barre et pilote automatique, choix des voiles d’avant combinées à leur grand-voile au maniement toujours restreint par ce blocage de hook, et rythme de vie à bord. Elles s’extrayaient à bonne vitesse de cette inamicale zone et plongeaient avec chaque mille un peu plus au Sud, sur une route efficace en direction des Kerguelen. Elles entraient aussi en phase avec ces rouleaux compresseurs de l’océan Indien, où cavalent avec une belle régularité de virulentes dépressions centrées, et depuis quelques années déjà (cf le Dernier Vendée Globe), très au Nord, et qui leur imposaient une route elle aussi très nord, les navigatrices cherchant le meilleur angle et la meilleure force du vent en la partie septentrionale des dépressions. Le maxi trimaran s’ébrouait, allongeait la foulée et les filles de The Famous Project CIC pouvaient lorgner vers le prochain grand marqueur de leur tour du monde, le cap Leeuwin à la pointe occidentale de l’Australie, qu’elles espéraient apercevoir le soir de Noël, un joli cadeau pour tout l’équipage et particulièrement pour l’Australienne du bord, Stacey Jackson.
Un filet de pêche pour Noël !
C’est à l’heure, décalage horaire oblige, où les Australiens ouvraient leurs cadeaux de Noël que les navigatrices du projet 100% féminin de The Famous Project CIC franchissaient la longitude du Cap Leeuwin à la pointe sud ouest du continent Australien. L'équipage cochait ainsi le deuxième des trois grands marqueurs de son tour du monde, après Bonne Espérance le 16 décembre, et avant le Horn, au terme de 25 jours de navigation depuis leur départ d’Ouessant.
Un franchissement hautement symbolique, surtout pour les néophytes du bord, reçu et apprécié comme un véritable cadeau au terme d’une belle et rapide semaine dans l’Océan Indien. Le Maxi trimaran IDEC SPORT y démontrait toute l’étendue de ses étonnantes qualités marines, dans la mer formée et dans le puissant vent de nord ouest qui permettait à Alexia et ses équipières de tutoyer les 700 milles parcourus par 24 heures, à plus de 27 noeuds de moyenne.
Une cavalcade brièvement interrompue ce matin-là par un énorme filet de pêche et ses flotteurs accrochés dans le foil tribord du grand multicoque. « On est passé de 30 nœuds à 5 nœuds! » décrivait Alexia. « On a mis le bateau en marche arrière et on a pu retirer ce gros filet, mais le foil est demeuré bloqué un moment en position basse." Insoupçonnée à ce moment de l'incident, la délimitation du foil allait quelques jours plus tard contraindre l'équipage à définitivement se priver de cet important appendice.
Un Pacifique très physique
Les navigatrices de The Famous Project CIC laissaient le 2 janvier en leur bâbord le point Nemo, ce "pôle maritime d’inaccessibilité", la position géographique, située en plein milieu de l'Océan Pacifique, qui indique le point le plus éloigné de toute terre. Elles dépassaient aussi le lieu précis aux relents de drame où, il y a 27 ans, le premier équipage 100% féminin, celui de la Britannique Tracy Edwards, voyait ses rêves de tour du monde historique s’effondrer en même temps que le mât de leur catamaran Royal&Sun Alliance. Les filles de The Famous Project CIC devenaient à ce moment précis de leur périple, les seules navigatrices à être parvenues si loin dans un Trophée Jules Verne.

Le Horn comme une récompense
Le mardi 6 janvier dernier, à 15 heures 14 (Française), le Maxi Trimaran IDEC SPORT de The Famous Project CIC, franchissait le cap Horn. Un moment d’histoire à figer dans la longue et belle histoire des courses océaniques puisque jamais, jusqu’alors, un équipage entièrement féminin n’avait paré, en course, sans escale et en multicoque, ce fameux rocher chilien. Les navigatrices auront mis un peu moins de 11 jours pour rallier le cap Horn depuis Leeuwin, distant alors de 3 800 milles. Une traversée rapide, marquée par 48 heures de très gros temps, avec une mer infernale et des vagues de plus de 8 mètres, et ce vent soufflant en rafales à plus de 50 nœuds. L’équipage, alors parfaitement rôdé aux manœuvres et à la conduite du Maxi Trimaran y faisait preuve de solidité, de cohésion et de sang-froid, toujours confronté à ce hook de grand-voile récalcitrant qui le contraignait à mettre en fuite pour effectuer une prise ou un renvoi de ris. Une trans Pacifique placée sous le signe de la constance, le Maxi Trimaran alignant avec une belle régularité des journées à plus de 550 milles, sur une route certes très nord, mais efficace et rationnelle, en bordure des virulentes dépressions du grand sud. Soumises à la fatigue, au froid, à la neige, mais toujours aussi appliquées aux réglages, à l’anticipation et au pilotage affiné du Maxi Trimaran, les 8 navigatrices de The Famous Project CIC y affirmaient cette solidarité et cette bienveillance permanente, signatures de leur tour du monde. En leur 38ème jour de navigation et avec près de 16 000 milles parcourus (25 700 km), les filles de The Famous Project CIC pouvaient entamer le dernier morceau de bravoure de leur périple, la remontée de l’immense Atlantique.
La tête à l'endroit...
Les 8 navigatrices de The Famous Project CIC naviguaient depuis le 15 janvier la tête à l’endroit. Elles franchissaient de nouveau l’équateur en leur 48ème jour de mer. Elles pouvaient légitimement se féliciter d’une navigation rapide et efficace en Atlantique Sud. Passées sous le cap Horn en milieu d’après-midi le 6 janvier dernier, elles n’auront mis que 9 jours, 5 heures et 38 minutes pour rallier l’équateur, soit l’une des toutes meilleures performances de tous les temps sur ce trajet. Fidèle à sa réputation, la Zone de Convergence Intertropicale, le sinistre pot au noir, faisait preuve de malice pour ralentir, voire retenir les filles de The Famous Project CIC. Les amas orageux se multipliaient sur la route du Maxi Trimaran IDEC SPORT, au fur et à mesure qu’il tentait de gagner dans le nord. Avec l'entrée dans les alizés, venait le moment toujours redouté de réduire la toile en conséquence, et le hook réfractaire de la grand-voile faisait de nouveau des siennes, contraignant Alexia et ses équipières à une nouvelle opération démontage-remontage des plus pénible, mais aussi pénalisante pour la vitesse. Et comme les ennuis volent toujours en escadrille, c’est en effectuant cette délicate prise de ris que les filles constataient une déchirure sur la chute de la GV. Un atelier voilerie se mettait en place, tandis que de nombreux bancs de sargasses venaient freiner la progression du bateau.
Un final sous haute tension
« Si c’était facile, tout le monde le ferait ! » La boutade lancée par la Britannique Dee Caffari, en réponse à la première déchirure de la grand-voile du Maxi Trimaran IDEC SPORT, prenait, à un bon millier de milles de l'arrivée, tout son terrible sens. La grand-voile une première fois déchirée au niveau du deuxième ris, explosait littéralement après 55 jours de mer. Privé de foil tribord, la maxi trimaran perdait l'usage de ses pilotes automatiques. Et pourtant, face à l’accumulation de ces défections, les 8 femmes du bord serraient les dents et s'entêtaient à vouloir à tout prix boucler la boucle, achever ce titanesque pari qu’aucun équipage féminin n’a jamais réalisé, un tour du monde sans escale en Maxi Multicoque. Le rêve d’Alexia la Française, de Dee et Deborah les Britanniques, d’Annemieke la Néerlandaise, de Rebecca la Suisso-Néo-Zélandaise, de Molly l’Italo-Américaine, de Tamara l’Espagnole et de Stacey l’Australienne, à portée d’étraves, se voyait alors menacé par une énorme tempête hivernale ironiquement prénommée... Ingrid. Sous mât seul et, au moindre mollissement du vent, avec l’aide du J3, obstinées en diable, Alexia et les 7 équipières de The Famous Project CIC ne vivaient plus qu'au rythme de leurs quarts de trois heures sur le pont.
Pensez à consulter les prévisions sur METEO CONSULT Marine.
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