Pourquoi certaines cultures maritimes vivent encore vraiment de la mer

Culture nautique
Par Le Figaro Nautisme

À l’heure où la mer est souvent réduite à un espace de loisirs ou à une ressource surexploitée, certaines cultures maritimes continuent pourtant d’en vivre au quotidien. Pêche vivrière, navigation traditionnelle, transmission de savoirs ancestraux : aux quatre coins du globe, des communautés côtières maintiennent un lien direct, vital et profondément culturel avec l’océan. Un rapport à la mer qui éclaire autant l’histoire des peuples que les enjeux contemporains de durabilité.

À l’heure où la mer est souvent réduite à un espace de loisirs ou à une ressource surexploitée, certaines cultures maritimes continuent pourtant d’en vivre au quotidien. Pêche vivrière, navigation traditionnelle, transmission de savoirs ancestraux : aux quatre coins du globe, des communautés côtières maintiennent un lien direct, vital et profondément culturel avec l’océan. Un rapport à la mer qui éclaire autant l’histoire des peuples que les enjeux contemporains de durabilité.
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La mer comme condition de vie, pas comme décor

Dans de nombreuses régions du monde, la mer n’est pas un choix mais une nécessité. Elle structure l’alimentation, l’économie locale, l’organisation sociale et même la manière de penser le temps. Contrairement aux sociétés industrialisées, où l’océan est souvent perçu comme un espace de loisirs, ces cultures maritimes vivent encore au rythme des marées, des saisons et des migrations de poissons. « Ici, on ne décide pas de pêcher, on répond à la mer », explique un ancien pêcheur de la côte ouest malgache. Cette dépendance directe implique une connaissance fine des vents, des courants, des fonds marins et des comportements des espèces. Une expertise empirique, transmise oralement, qui constitue un véritable patrimoine immatériel.

 

Les Vezo de Madagascar, pêcheurs par essence

Sur les côtes du sud-ouest de Madagascar, les Vezo incarnent l’un des exemples les plus emblématiques de peuple vivant encore directement de la mer. Leur identité même repose sur la pêche artisanale, pratiquée à bord de pirogues légères à voile, sans moteur, adaptées à un environnement fragile. Chez les Vezo, être pêcheur n’est pas un métier mais un état : on le devient par la pratique quotidienne, non par la naissance. Les enfants apprennent très tôt à lire la couleur de l’eau, à reconnaître les récifs, à anticiper le vent. La mer façonne l’éducation autant que la survie. Mais cette relation étroite rend aussi ces communautés extrêmement vulnérables. La pression de la pêche industrielle, la raréfaction des ressources et l’érosion des littoraux modifient profondément leur équilibre. Pour y faire face, certaines familles développent des activités complémentaires liées à la mer, comme la culture d’algues ou la collecte raisonnée de coquillages, sans rompre avec leur identité maritime.

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Naviguer pour commercer, transmettre et relier les mondes

En Asie du Sud-Est, la mer a longtemps été une autoroute culturelle et commerciale. Les peuples marins d’Indonésie, notamment les Bugis, ont bâti leur réputation sur la navigation au long cours. Bien avant les routes modernes, ils sillonnaient l’archipel et les mers avoisinantes à bord de grands voiliers en bois, transportant épices, riz, poisson séché et savoir-faire. « Un bateau, ce n’est pas seulement du bois », raconte un charpentier naval indonésien. « C’est une mémoire flottante. » La construction navale traditionnelle reste aujourd’hui un pilier culturel, même si les usages évoluent. Certains bateaux servent encore à la pêche ou au transport côtier, d’autres trouvent une seconde vie dans le tourisme maritime, prolongeant ainsi un héritage ancien. Sur les côtes de l’océan Indien africain, la tradition des dhows joue un rôle similaire. Ces voiliers, construits sans plans écrits, témoignent d’une connaissance intime de la mer et du vent. Leur présence rappelle que la navigation a longtemps été un vecteur d’échanges culturels bien plus qu’une simple activité économique.


Pêcher pour nourrir, transformer et partager

En Mauritanie, les Imraguens vivent depuis des siècles de la pêche artisanale, notamment du mulet jaune. Leur relation à la mer dépasse largement l’acte de pêcher : elle englobe la transformation du poisson, sa conservation et sa commercialisation locale. Chaque étape mobilise la communauté, des pêcheurs aux femmes chargées du séchage et de la préparation. « Quand le poisson arrive, tout le village vit », confie une habitante de la côte du Banc d’Arguin. La mer devient alors un espace de coopération, de transmission et de solidarité. Ce modèle, longtemps stable, est aujourd’hui fragilisé par la concurrence des flottes industrielles et la diminution des stocks halieutiques.

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L’Europe maritime, entre héritage et renaissance

En Europe, la relation directe à la mer s’est en partie distendue, mais certaines régions tentent de renouer avec leurs racines maritimes. En Bretagne, en Galice ou en Écosse, la pêche artisanale, les chantiers navals traditionnels et les cultures portuaires restent vivaces, souvent soutenus par une forte identité locale. Dans certains ports, les pratiques se réinventent : valorisation des espèces locales, circuits courts, transmission des savoirs marins aux jeunes générations. « La mer ne se domine pas, elle se respecte », résume un patron pêcheur breton, conscient que la survie de son métier passe par une exploitation mesurée.

 

Un rapport à la mer qui résiste à la mondialisation

Ce qui relie toutes ces cultures maritimes, malgré leurs différences géographiques, c’est un rapport direct, quotidien et respectueux à l’océan. La mer y est perçue comme une entité vivante, parfois généreuse, parfois imprévisible, mais jamais abstraite. À l’heure où la mondialisation tend à uniformiser les modes de vie, ces communautés rappellent que vivre vraiment de la mer reste possible. À condition d’accepter ses contraintes, de transmettre les savoirs et de considérer l’océan non comme une ressource illimitée, mais comme un partenaire de vie. Dans ce lien ancien entre l’homme et la mer se dessinent peut-être des pistes précieuses pour penser l’avenir des sociétés littorales, entre préservation culturelle et adaptation aux bouleversements climatiques.
 

 

L'équipe
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
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Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
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Jean-Christophe Guillaumin
Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
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Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
Denis Chabassière
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son TARGA 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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METEO CONSULT est un bureau d'études météorologiques opérationnel, qui assiste ses clients depuis plus de 30 ans. Les services de METEO CONSULT reposent sur une équipe scientifique de haut niveau et des moyens techniques de pointe. Son expertise en météo marine est reconnue et ses prévisionnistes accompagnent les plaisanciers, les capitaines de port et les organisateurs de courses au large depuis ses origines : Route du Rhum, Transat en double, Solitaire du Figaro…
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Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
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Irwin Sonigo
Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.