
Un concept abstrait enfin mesurable
Longtemps, l’équité – ce principe qui vise à partager de manière juste les bénéfices et les impacts des activités humaines – a été un concept difficile à saisir dans le domaine maritime. Comment savoir si un projet d’énergie offshore ou une aire marine protégée profite réellement aux communautés locales, aux pêcheurs artisanaux ou aux peuples autochtones ? Jusqu’ici, aucune méthode standardisée ne permettait de répondre à cette question de façon transparente et comparable à grande échelle. L’Ocean Equity Index change la donne. Il repose sur douze critères soigneusement définis, regroupés autour de trois grands domaines : reconnaissance des droits, participation effective aux décisions et répartition équitable des bénéfices. Chaque critère est noté de 0 à 3, ce qui permet d’obtenir un score total exprimé en pourcentage, facile à comparer d’un projet à l’autre.

Un outil pensé pour tous
Ce qui distingue l’OEI, c’est sa facilité d’utilisation et son accessibilité. Chercheurs confirmés ou acteurs de terrain sans formation technique peuvent y avoir recours. Disponible en ligne et sous forme d’un simple tableur, l’indice est conçu pour être utilisé aussi bien par une ONG qu’un gouvernement, une collectivité locale ou encore une entreprise impliquée dans des projets maritimes. Dans une ère où l’économie des océans se développe à grande vitesse, pêche industrielle, transport maritime, énergies offshore, ses bénéfices économiques restent très concentrés entre les mains d’un petit nombre d’acteurs. Pendant ce temps, les populations côtières et groupes marginalisés supportent souvent la part la plus lourde des impacts négatifs, qu’il s’agisse de pollution, de perte de moyens de subsistance ou d’exclusion des processus décisionnels. L’OEI vise à inverser cette tendance en donnant à chaque acteur les moyens d’évaluer et de plaider pour une gouvernance plus juste.

Des scores pour comparer et agir
L’application pratique de l’indice a déjà livré des enseignements surprenants. Dans les cas analysés par les chercheurs, allant de schémas de gouvernance traditionnels en Polynésie française à des cadres politiques nationaux, les scores ont montré une grande variabilité dans l’intégration de l’équité. Certaines initiatives ont obtenu des résultats élevés sur l’inclusion des parties prenantes, tandis que d’autres ont affiché des lacunes significatives en matière de transparence ou d’accès à l’information. Au-delà d’un simple diagnostic, l’outil propose aussi des pistes d’amélioration pour chaque critère, permettant aux utilisateurs d’identifier des actions concrètes à mettre en œuvre pour combler les écarts d’équité.
Un appel à l’adoption mondiale
Les scientifiques à l’origine de l’Ocean Equity Index lancent un appel solennel aux gouvernements, organisations internationales et acteurs économiques : saisir cet outil dès aujourd’hui pour mieux suivre et améliorer leurs engagements en matière d’équité océanique. Dans un monde où les enjeux climatiques et économiques accroissent la pression sur les océans, une gouvernance juste n’est plus une option mais une nécessité.
vous recommande