Poisson-chat, le mal aimé des côtes tropicales qui intrigue les pêcheurs

Culture nautique
Par Le Figaro Nautisme

Souvent rejeté, parfois redouté, le poisson-chat fait pourtant partie intégrante des écosystèmes côtiers tropicaux et subtropicaux. Derrière son allure peu flatteuse et sa réputation de gêneur se cache un poisson robuste, étonnamment adaptable, et bien plus intéressant qu’il n’y paraît, aussi bien sur le plan écologique que culturel.

Souvent rejeté, parfois redouté, le poisson-chat fait pourtant partie intégrante des écosystèmes côtiers tropicaux et subtropicaux. Derrière son allure peu flatteuse et sa réputation de gêneur se cache un poisson robuste, étonnamment adaptable, et bien plus intéressant qu’il n’y paraît, aussi bien sur le plan écologique que culturel.
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Un poisson immédiatement reconnaissable

Le poisson-chat ne laisse personne indifférent. Corps trapu, tête large et aplatie, peau épaisse dépourvue d’écailles, il tranche avec l’image classique du poisson côtier. Ses longues barbillons, disposées autour de la bouche, sont son principal outil de navigation. Riches en capteurs sensoriels, elles lui permettent de détecter vibrations, odeurs et mouvements dans des eaux souvent chargées en sédiments. Dans les estuaires ou les mangroves, où la visibilité est parfois quasi nulle, ce système sensoriel fait toute la différence. Ses nageoires pectorales et dorsales sont armées d’épines rigides, reliées à des glandes venimeuses. Ce dispositif défensif, redouté des pêcheurs, explique en grande partie son comportement posé. Le poisson chat de mer n’a pas besoin de fuir rapidement. Il dissuade.

Un habitant fidèle des zones côtières

Présent dans les régions tropicales et subtropicales de l’Atlantique, de l’océan Indien et du Pacifique, le poisson chat de mer affectionne les milieux côtiers peu profonds. Fonds sableux, vasières, lagunes, estuaires, zones portuaires, il s’installe là où la nourriture est disponible et régulière. Sa grande tolérance aux variations de salinité lui permet de remonter les fleuves sur plusieurs kilomètres, un comportement rare chez les poissons marins. Cette capacité d’adaptation explique sa résilience face aux bouleversements environnementaux. Là où d’autres espèces déclinent rapidement, le poisson chat de mer parvient souvent à se maintenir, voire à prospérer, profitant des modifications du milieu et de l’activité humaine.

Un régime opportuniste mais structurant

Le poisson-chat se nourrit de presque tout ce que le fond lui offre. Crustacés, coquillages, vers, petits poissons, déchets organiques, il explore méthodiquement les substrats à la recherche de nourriture. Ce régime opportuniste lui vaut parfois une mauvaise réputation, mais il joue un rôle fondamental dans le recyclage de la matière organique. En consommant restes animaux et organismes affaiblis, il participe à la régulation naturelle des fonds côtiers. Cette fonction de nettoyeur discret contribue à limiter l’accumulation de déchets biologiques dans des zones déjà soumises à une forte pression humaine.

 

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Une relation compliquée avec la pêche

Chez les pêcheurs amateurs comme professionnels, le poisson chat de mer n’est pas toujours le bienvenu. Il mord facilement à l’hameçon, s’emmêle dans les lignes et complique les sessions de pêche ciblant des espèces plus prisées. Les piqûres accidentelles liées à ses épines venimeuses renforcent cette image négative. Si elles sont rarement graves, elles provoquent une douleur intense et durable, laissant un souvenir marquant. Pourtant, dans certaines pêcheries artisanales, le poisson chat de mer représente une ressource régulière et fiable. Sa résistance, sa disponibilité et sa taille correcte en font un poisson exploité localement, parfois faute d’alternative plus abondante.

Une chair plus appréciée qu’on ne le croit

Contrairement à sa réputation dans certaines zones côtières, le poisson chat de mer est largement consommé dans de nombreuses régions du monde. En Afrique de l’Ouest, en Amérique centrale ou en Asie du Sud Est, il entre dans la composition de plats traditionnels. Sa chair blanche, dense et peu grasse supporte bien les cuissons longues, le fumage ou les préparations en sauce. Son absence de succès dans certaines cultures maritimes tient davantage à des habitudes alimentaires et à son apparence qu’à ses qualités gustatives. Bien préparé, il offre une texture ferme et un goût doux, apprécié par ceux qui le cuisinent régulièrement.

Un indicateur discret de la santé des littoraux

Parce qu’il vit au plus près des fonds et fréquente volontiers les zones modifiées par l’homme, le poisson-chat est aussi un révélateur de l’état des milieux côtiers. Une forte présence peut indiquer une abondance de matière organique, parfois liée aux rejets urbains ou portuaires. À l’inverse, sa disparition locale peut signaler une dégradation plus profonde des habitats, notamment des fonds vaseux et des mangroves. Les scientifiques s’intéressent de plus en plus à ces espèces dites ordinaires, capables de raconter l’évolution des littoraux bien mieux que certaines espèces emblématiques plus sensibles.

Un poisson à reconsidérer

Ni spectaculaire ni élégant, le poisson-chat reste souvent cantonné au rang de poisson indésirable. Pourtant, il incarne une facette essentielle des écosystèmes côtiers tropicaux. Résistant, adaptable, utile, il traverse les changements environnementaux avec une efficacité remarquable. En dépassant les préjugés liés à son apparence ou à ses épines, il apparaît comme un acteur clé du fonctionnement des zones littorales, discret mais loin d’être insignifiant.

L'équipe
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
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Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
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Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
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Jean-Christophe Guillaumin
Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
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Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
Denis Chabassière
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son TARGA 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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METEO CONSULT est un bureau d'études météorologiques opérationnel, qui assiste ses clients depuis plus de 30 ans. Les services de METEO CONSULT reposent sur une équipe scientifique de haut niveau et des moyens techniques de pointe. Son expertise en météo marine est reconnue et ses prévisionnistes accompagnent les plaisanciers, les capitaines de port et les organisateurs de courses au large depuis ses origines : Route du Rhum, Transat en double, Solitaire du Figaro…
Cyrille Duchesne
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Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
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Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.