
2026, l’année où l’aventure maritime change de dimension
Certaines années se contentent de prolonger des tendances. D’autres marquent une rupture. 2026 appartient clairement à la seconde catégorie. Les grandes expéditions annoncées ne se limitent pas à battre des records ou à repousser quelques frontières symboliques. Elles dessinent un mouvement de fond : retour des itinéraires extrêmes, engagement solitaire assumé, mais aussi montée en puissance de projets scientifiques pensés pour durer des années, parfois des décennies.
Le point commun de ces initiatives est leur ancrage dans des zones longtemps considérées comme marginales ou hostiles. Océan Austral, Arctique, hautes latitudes sud : ces régions deviennent centrales, à la fois pour les navigateurs et pour les scientifiques. Pour les plaisanciers qui suivent ces aventures, l’enjeu dépasse largement le récit d’exploit. Il s’agit aussi de mieux comprendre les mécanismes qui gouvernent la météo, l’état de la mer et, à terme, les conditions de navigation à toutes les latitudes.
Le grand retour des tours du monde “sans concession”
Parmi les projets les plus emblématiques de 2026 figure le départ d’une nouvelle édition de la Golden Globe Race. Prévue à l’automne, cette course remet en avant un tour du monde en solitaire sans assistance moderne, dans un esprit volontairement proche des grandes épopées de la fin des années 1960. Navigation traditionnelle, moyens limités, isolement total : l’épreuve repose autant sur l’endurance mentale que sur la maîtrise du bateau.
Dans un registre radicalement différent mais tout aussi exigeant, certains projets individuels s’orientent vers des tours du monde menés sur des machines très rapides, conçues pour affronter des mers du Sud de plus en plus actives. Ces tentatives, souvent portées par des navigateurs expérimentés issus de la course au large, assument un choix clair : aller chercher les systèmes dépressionnaires plutôt que les contourner, accepter une navigation plus dure mais plus directe. Elles rappellent une évidence parfois oubliée : quelle que soit la technologie embarquée, le facteur humain reste déterminant lorsque la mer impose son rythme. A suivre impérativement en ce début d’année, la tentative de Guirec Soudée qui, sur un trimaran Ultime, tente de battre le record du tour du monde « à l’envers », contre vents et courants. Un exploit jamais réalisé sur un multicoque…
L’Océan Austral, nouveau centre de gravité des expéditions
En 2026, l’Océan Austral n’est plus seulement une zone de passage redoutée. Il devient un véritable objet d’étude et d’engagement. Plusieurs projets scientifiques majeurs y concentrent leurs efforts, avec une ambition commune : observer sur le long terme un océan clé dans la régulation climatique mondiale.
Le programme Polar Pod, porté par Jean Louis Étienne, illustre parfaitement cette évolution. Pensée comme une plateforme dérivante habitée, capable de faire le tour de l’Antarctique portée par les vents d’ouest, cette structure vise à collecter des données continues sur l’atmosphère, l’océan et la biodiversité. En parallèle, d’autres expéditions embarquées sur des voiliers ou des navires hybrides associent scientifiques et marins pour documenter l’état de ces mers encore peu observées.
Pour la communauté nautique, l’intérêt est loin d’être abstrait. Une meilleure connaissance de l’Océan Austral permet d’affiner les modèles météo, de comprendre l’évolution des états de mer extrêmes et d’anticiper certaines tendances qui influencent ensuite l’ensemble de l’hémisphère Sud.
L’Arctique entre dans l’ère de l’observation permanente
Si le Sud attire de plus en plus de navigateurs engagés, le Nord n’est pas en reste. L’année 2026 marque une étape clé pour l’Arctique avec la montée en puissance de projets conçus pour s’inscrire dans la durée. La Fondation Tara prévoit ainsi le déploiement de sa station polaire dérivante, un dispositif appelé à rester pris dans la glace pendant plusieurs années, avec une succession d’équipages scientifiques.
Cette approche tranche avec les missions ponctuelles du passé. L’objectif n’est plus seulement d’observer un instant donné, mais de suivre l’évolution de la banquise, des échanges air mer et des écosystèmes sur une longue période. Pour les navigateurs, même ceux qui ne projettent jamais de routes arctiques, ces données sont précieuses. Elles nourrissent la compréhension globale des circulations atmosphériques et océaniques qui influencent directement l’Atlantique Nord et les régimes de tempêtes.
Les navires de recherche repartent explorer l’invisible
À côté des projets les plus médiatisés, 2026 est aussi une année dense pour la recherche océanographique classique. Plusieurs grands navires repartent en campagne pour explorer des zones encore mal connues, notamment dans l’Atlantique Sud et les grands fonds. Le Schmidt Ocean Institute programme de nouvelles missions axées sur la cartographie des reliefs sous-marins, l’étude des écosystèmes profonds et l’observation de phénomènes géologiques actifs.
Ces expéditions, moins spectaculaires au premier regard, jouent pourtant un rôle essentiel. Cartographier les fonds, comprendre la dynamique des courants et documenter la biodiversité permet d’améliorer la sécurité maritime, la prévision de certains phénomènes océaniques et la connaissance globale du milieu marin. Autant d’éléments qui, à terme, bénéficient aussi aux navigateurs de plaisance.
Ce que ces expéditions disent aux navigateurs d’aujourd’hui
L’accumulation de projets en 2026 ne relève pas du hasard. Elle traduit une prise de conscience collective : l’océan est à la fois un espace d’aventure, un terrain d’observation scientifique et un indicateur majeur des changements en cours. Tours du monde engagés, plateformes dérivantes, campagnes de recherche : tous participent à un même mouvement, celui d’une navigation plus consciente, mieux informée et plus attentive à son environnement.
Pour nous marins, plaisanciers ou simples lecteurs du Figaro Nautisme, ces expéditions sont bien plus qu’un spectacle lointain. Elles nourrissent une culture maritime moderne, où l’expérience du large se conjugue avec la compréhension des phénomènes naturels. En 2026, l’exploration maritime ne se contente plus de repousser les frontières géographiques. Elle éclaire aussi, très concrètement, la manière de naviguer aujourd’hui et demain.
Avant de partir en mer, pensez à consulter les prévisions météo sur METEO CONSULT Marine.
vous recommande