Teck sous pression, liège en embuscade, la révolution silencieuse des ponts de bateaux

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Par Virginie Lepoutre

Symbole d’élégance et de tradition nautique, le teck a longtemps été le matériau roi des ponts et planchers de bateaux. Mais entre pressions réglementaires, enjeux climatiques et exigences de traçabilité, son usage est devenu de plus en plus problématique. Dans ce contexte, le liège s’impose peu à peu comme une alternative crédible, durable et techniquement aboutie. Longtemps perçu comme marginal, il s’invite désormais sur les ponts de voiliers et de yachts avec des arguments solides, à la fois écologiques et marins.

Symbole d’élégance et de tradition nautique, le teck a longtemps été le matériau roi des ponts et planchers de bateaux. Mais entre pressions réglementaires, enjeux climatiques et exigences de traçabilité, son usage est devenu de plus en plus problématique. Dans ce contexte, le liège s’impose peu à peu comme une alternative crédible, durable et techniquement aboutie. Longtemps perçu comme marginal, il s’invite désormais sur les ponts de voiliers et de yachts avec des arguments solides, à la fois écologiques et marins.

Le teck, d’icône nautique à matériau sous surveillance

Pendant des décennies, le teck s’est imposé comme une évidence dans l’univers nautique. Résistant à l’humidité, naturellement antidérapant, agréable sous le pied et durable dans le temps, il répondait parfaitement aux contraintes de la vie en mer. Mais cette image rassurante s’est fissurée au fil des années, à mesure que les réalités environnementales et géopolitiques sont venues rattraper l’industrie.

L’essentiel du teck utilisé dans la plaisance provient historiquement d’Asie du Sud Est, et plus particulièrement du Myanmar. Or, depuis le durcissement des sanctions internationales visant le régime birman, l’exploitation et l’exportation de ce bois posent de sérieux problèmes de légalité et de traçabilité. Pour les chantiers, les équipementiers et même les propriétaires, l’achat de teck est devenu un terrain glissant, exposé à des risques juridiques et réputationnels.

Dans les faits, le teck n’est pas interdit en tant qu’essence. Mais dans la réalité du marché européen, le teck birman, qui faisait référence en matière de qualité, est devenu extrêmement difficile à utiliser sans s’exposer à des complications administratives, voire à des sanctions. À cela s’ajoute une pression croissante sur les forêts tropicales, dont l’exploitation intensive soulève des enjeux de déforestation, de biodiversité et d’émissions de carbone incompatibles avec les engagements environnementaux affichés par la filière nautique.

Le liège, une ressource renouvelable qui change la donne

Face à ce constat, le liège ne s’est pas imposé par effet de mode, mais par pragmatisme. Contrairement aux bois exotiques, le liège ne nécessite pas l’abattage de l’arbre. Il est issu de l’écorce du chêne liège, prélevée selon un cycle régulier qui permet à l’arbre de continuer à croître et à capter du carbone. Cette singularité en fait l’un des rares matériaux naturels réellement renouvelables à l’échelle industrielle.

Les forêts de chênes lièges, principalement situées autour du bassin méditerranéen, jouent un rôle écologique majeur. Leur gestion contribue à la séquestration du carbone, à la lutte contre l’érosion des sols et au maintien de la biodiversité. Dans un secteur nautique de plus en plus scruté sur son impact environnemental, cet ancrage territorial et cette traçabilité claire constituent un avantage décisif.

Longtemps cantonné à l’isolation ou à des usages techniques discrets, le liège a profondément évolué grâce au développement de composites spécifiquement conçus pour le milieu marin. Ces matériaux associent granulats de liège et liants polymères afin d’obtenir des surfaces capables de résister aux contraintes mécaniques, aux UV, au sel et aux variations de température.

À bord, des performances qui parlent aux navigateurs

Si le liège progresse dans la plaisance, ce n’est pas uniquement pour des raisons environnementales. Sur un bateau, un pont est avant tout un espace de vie, et les navigateurs sont particulièrement sensibles au confort et à la durabilité des matériaux.

Le premier avantage souvent cité concerne le confort thermique. Là où un pont en teck peut devenir difficilement praticable sous un soleil estival, le liège présente une inertie thermique plus favorable. Sa structure cellulaire limite la montée en température et réduit la sensation de brûlure sous les pieds nus, un point loin d’être anecdotique pour les familles ou les longues navigations sous le soleil ou lors des mouillages méditerranéens ou sous les tropiques.

Le liège se distingue également par ses propriétés acoustiques. Naturellement amortissant, il atténue les vibrations et les bruits d’impact, contribuant à un environnement plus feutré à bord. Sans transformer radicalement l’ambiance sonore d’un bateau, cet effet est perceptible, notamment sur les unités de croisière où le confort global devient un critère central.

Sur le plan de l’adhérence, les surfaces en liège sont formulées pour offrir un grip efficace, y compris mouillées, sans devenir abrasives. Contrairement à certains revêtements synthétiques, elles conservent une souplesse appréciable et vieillissent de manière plus homogène. Autre atout souvent mis en avant par les chantiers, la masse. À épaisseur équivalente, un pont en liège peut se révéler sensiblement plus léger qu’un pont en teck, un point non négligeable sur des voiliers sensibles au poids.

Collage, procédés innovants et limites techniques

Le choix d’un matériau ne se résume pas à sa matière première. Dans le nautisme, la qualité de la mise en œuvre conditionne largement la durabilité. Aujourd’hui, les systèmes de ponts en liège reposent majoritairement sur des adhésifs marins éprouvés, capables d’absorber les contraintes liées aux mouvements de la coque et aux cycles thermiques.

Les colles de type polyuréthane, époxy ou polymères hybrides restent la norme, à condition d’une préparation rigoureuse des supports. Dans la majorité des cas, les défauts observés sur les ponts collés, qu’ils soient en teck ou en liège, sont liés à une mauvaise application plutôt qu’à un problème intrinsèque de matériau.

Certaines recherches explorent des procédés plus innovants, comme l’assemblage par ultrasons sur des composites intégrant du liège. Si ces techniques ouvrent des perspectives intéressantes en laboratoire ou dans des applications industrielles spécifiques, elles ne constituent pas encore une solution opérationnelle pour la pose de ponts sur les bateaux de plaisance.

Quant aux peintures et revêtements dits “silicone”, leur usage reste limité sur les surfaces de pont structurelles. Leur faible adhérence complique les réparations et les reprises dans le temps. Elles répondent davantage à des problématiques d’antidérapant que de remplacement complet d’un pont traditionnel.

Une écologie crédible, mais sans angélisme

Le liège n’est pas un matériau magique. Les composites utilisés intègrent des liants polymères, dont l’impact environnemental doit être pris en compte. La durabilité réelle du produit, sa réparabilité et sa longévité sont donc des critères essentiels pour juger de sa pertinence écologique.

Sur ce point, le liège marque des points. Un pont capable de durer 15 ou 20 ans, avec des possibilités de réparation localisées, s’inscrit dans une logique plus vertueuse qu’un matériau remplacé fréquemment. En fin de vie, le recyclage reste un défi, comme pour la majorité des assemblages collés en milieu marin. Le bénéfice environnemental du liège se situe avant tout en amont, dans la gestion durable de la ressource et dans la réduction de la pression exercée sur les forêts tropicales.

Le signe d’une plaisance en mutation

Le succès progressif du liège raconte quelque chose de plus large sur l’évolution de la plaisance. Le teck incarnait une tradition, une esthétique et une forme de prestige. Le liège, lui, incarne une transition, celle d’un nautisme qui ne peut plus ignorer les questions de traçabilité, d’impact environnemental et de responsabilité industrielle.

Pour les navigateurs, le choix dépasse désormais la simple apparence. Il touche au confort réel à bord, à l’entretien, à la durabilité, mais aussi à la cohérence entre le plaisir de naviguer et le respect du milieu marin. Longtemps relégué au rang d’alternative marginale, le liège s’impose aujourd’hui comme une solution mature, crédible et alignée avec les attentes d’une plaisance en pleine remise en question.

L'équipe
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
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Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
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Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
Jean-Christophe Guillaumin
Jean-Christophe Guillaumin
Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
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Charlotte Lacroix
Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
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Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
Denis Chabassière
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son TARGA 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
METEO CONSULT
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METEO CONSULT est un bureau d'études météorologiques opérationnel, qui assiste ses clients depuis plus de 30 ans. Les services de METEO CONSULT reposent sur une équipe scientifique de haut niveau et des moyens techniques de pointe. Son expertise en météo marine est reconnue et ses prévisionnistes accompagnent les plaisanciers, les capitaines de port et les organisateurs de courses au large depuis ses origines : Route du Rhum, Transat en double, Solitaire du Figaro…
Cyrille Duchesne
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Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
Irwin Sonigo
Irwin Sonigo
Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.