Antifouling : la fin de l’ère toxique pour nos carènes ?

Equipements
Par Mark Bernie

Chaque année, c’est le même rituel pour des milliers de plaisanciers : le carénage. Sous le masque de protection et la combinaison jetable, nous grattons et peignons nos coques avec des substances conçues pour tuer la vie marine. Mais face à une réglementation européenne de plus en plus stricte et une prise de conscience environnementale croissante, les biocides perdent du terrain. Adhésifs, silicones, ultrasons : les alternatives "propres" fleurissent sur le marché. Mais sont-elles vraiment à la hauteur des enjeux de la croisière hauturière ou du simple week-end au mouillage ? Enquête sur ces nouvelles technologies qui promettent de réconcilier performance et écologie.

Chaque année, c’est le même rituel pour des milliers de plaisanciers : le carénage. Sous le masque de protection et la combinaison jetable, nous grattons et peignons nos coques avec des substances conçues pour tuer la vie marine. Mais face à une réglementation européenne de plus en plus stricte et une prise de conscience environnementale croissante, les biocides perdent du terrain. Adhésifs, silicones, ultrasons : les alternatives "propres" fleurissent sur le marché. Mais sont-elles vraiment à la hauteur des enjeux de la croisière hauturière ou du simple week-end au mouillage ? Enquête sur ces nouvelles technologies qui promettent de réconcilier performance et écologie.

La révolution silencieuse sous la ligne de flottaison

Le constat est sans appel : les peintures antifouling classiques libèrent chaque année des tonnes de cuivre et de substances chimiques dans les sédiments marins. Pour le plaisancier moderne, le dilemme est de taille. Comment protéger sa coque du "fouling" — ce mélange de bactéries, d'algues et de coquillages qui freine le bateau et augmente sa consommation — sans pour autant empoisonner son propre terrain de jeu ? La réponse ne se trouve plus dans la toxicité du produit, mais dans sa capacité physique à empêcher l'adhérence. On ne cherche plus à empoisonner les organismes, on cherche à ce qu'ils ne puissent plus, ou ne veulent plus, s'accrocher !

La peinture silicone : la glisse absolue comme bouclier

Parmi les solutions qui ont déjà fait leurs preuves chez les professionnels et les coureurs au large, la peinture silicone arrive en tête de liste. Contrairement à une matrice érodable classique, le silicone crée une surface extrêmement lisse, comparable à une poêle anti-adhésive. Dès que le bateau dépasse une certaine vitesse, généralement autour de 8 nœuds, les organismes sont décrochés par la simple force de l'eau. L’un de nos lecteurs, skipper d'un voilier de 14 mètres basé à La Rochelle, a franchi le pas il y a trois ans. « Au début, j'étais sceptique. Mais après une traversée de l'Atlantique, ma coque est restée aussi propre qu'au premier jour. Un simple coup d'éponge suffit au mouillage pour enlever le léger voile gras qui s'installe ». Si la technologie est au point, elle exige une application rigoureuse en trois couches et s'avère fragile lors des manutentions ou des chocs avec des corps flottants.

L’adhésif marin : une seconde peau pour la coque

Une autre alternative gagne du terrain : le "wrapping" de carène ou film adhésif. Ici, pas de peinture, mais un film polymère sans biocide appliqué directement sur le gelcoat. Cette solution présente l'avantage d'être "propre" dès la pose, supprimant les émanations de solvants et les poussières de ponçage. La durabilité annoncée dépasse souvent les cinq ans, ce qui rentabilise un investissement initial plus élevé. Thomas, plaisancier qui navigue en famille entre les îles d'Hyères et la Corse, souligne l'aspect pratique : « C'est rassurant de savoir que l'on ne laisse rien derrière soi. Pour les zones à forte croissance biologique, comme en Méditerranée quand l'eau se réchauffe, l'efficacité est bluffante, à condition de naviguer régulièrement pour que l'effet autonettoyant opère ». Il faut néanmoins veiller à ce que la pose soit réalisée par des professionnels certifiés pour éviter tout décollement prématuré.

Les ultrasons : la technologie au service du silence

Pour ceux qui souhaitent conserver une coque dure sans aucun revêtement spécifique, les systèmes à ultrasons offrent une approche radicalement différente. Des transducteurs collés à l'intérieur de la coque émettent des vibrations à haute fréquence qui empêchent la formation du biofilm, première étape de la colonisation par les algues. C'est une solution particulièrement prisée sur les bateaux à moteur et les catamarans. Attention, les retours que nous avons reçu au magazine sont assez clairs :  Les ultrasons fonctionnent très bien en complément d'une protection physique (qu’il faudra choisir avec soin), mais ils consomment de l'énergie sur le parc de batteries de servitude. Il faut donc avoir une installation solaire bien dimensionnée…

Le carénage mécanique : l’avenir des stations de lavage

L'alternative ultime pourrait bien être de ne plus rien mettre du tout sur sa coque. Dans certains ports scandinaves ou américains, les stations de lavage pour bateaux se multiplient. Le principe est identique à celui d'une station de lavage auto : des brosses rotatives nettoient la coque à flot en quelques minutes. Cette méthode impose de passer le bateau au "lavage" une fois par mois, mais elle supprime totalement le besoin de carénage annuel au sec. C'est une logistique différente qui demande une adaptation des infrastructures portuaires, mais qui séduit déjà les loueurs de bateaux soucieux de leur empreinte carbone.

Choisir sa solution en fonction de son programme

Il n’existe pas de solution miracle universelle, mais une solution adaptée à chaque usage. Un voilier de grand voyage qui reste deux mois immobile dans un lagon chaud n'aura pas les mêmes besoins qu'un bateau à moteur sortant tous les week-ends. L'ensoleillement et la température de l'eau, des données que vous pouvez suivre avec précision sur METEO CONSULT Marine, influent directement sur la vitesse de prolifération du fouling. Plus l'eau est chaude, plus la pression biologique est forte, et plus l'alternative choisie doit être performante. En passant au sans-biocide, le plaisancier change aussi son rapport à son bateau : il devient plus observateur et acteur de l'entretien de sa carène, pour le plus grand bien des océans.

L'équipe
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
Jean-Christophe Guillaumin
Jean-Christophe Guillaumin
Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
Charlotte Lacroix
Charlotte Lacroix
Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
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Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
Denis Chabassière
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
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Michel Ulrich
Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son TARGA 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
METEO CONSULT
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METEO CONSULT
METEO CONSULT est un bureau d'études météorologiques opérationnel, qui assiste ses clients depuis plus de 30 ans. Les services de METEO CONSULT reposent sur une équipe scientifique de haut niveau et des moyens techniques de pointe. Son expertise en météo marine est reconnue et ses prévisionnistes accompagnent les plaisanciers, les capitaines de port et les organisateurs de courses au large depuis ses origines : Route du Rhum, Transat en double, Solitaire du Figaro…
Cyrille Duchesne
Cyrille Duchesne
Cyrille Duchesne
Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
Irwin Sonigo
Irwin Sonigo
Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.