Hausse ou baisse de prix ? Le grand tri des bateaux sur le marché de l’occasion

Economie
Par Le Figaro Nautisme

Le marché de l’occasion n’obéit plus forcément à une logique linéaire. Deux bateaux comparables en taille et en âge peuvent afficher des écarts de prix spectaculaires. Derrière ces trajectoires opposées, une réalité s’impose : l’acheteur ne paie plus un mythe ou une réputation, mais un ensemble de critères très concrets mêlant conformité, usage réel, coûts futurs et capacité de revente. Une mutation profonde qui redéfinit la notion même de bateau “iconique”.

Le marché de l’occasion n’obéit plus forcément à une logique linéaire. Deux bateaux comparables en taille et en âge peuvent afficher des écarts de prix spectaculaires. Derrière ces trajectoires opposées, une réalité s’impose : l’acheteur ne paie plus un mythe ou une réputation, mais un ensemble de critères très concrets mêlant conformité, usage réel, coûts futurs et capacité de revente. Une mutation profonde qui redéfinit la notion même de bateau “iconique”.

Le marché de l’occasion en 2026 : quand la valeur change de boussole

Il fut un temps où la cote d’un bateau d’occasion suivait une règle simple et rassurante : plus l’unité vieillissait, plus son prix baissait de manière prévisible. En 2026, ce modèle a volé en éclats. Le marché ressemble désormais à une carte faite de contrastes marqués, où certains bateaux s’effondrent tandis que d’autres voient leur valeur progresser, parfois à contre-courant de leur âge ou de leur fiche technique.

Ce bouleversement n’est ni anecdotique ni conjoncturel. Il s’inscrit dans une transformation plus large du rapport des plaisanciers à leur bateau. Le prix affiché ne suffit plus. Les acheteurs raisonnent désormais en coût global, intégrant la remise à niveau, la fiabilité à moyen terme, l’assurabilité et la capacité à revendre sans pertes majeures. Cette approche, plus rationnelle, rebat les cartes du marché de l’occasion.

Le contexte économique joue un rôle d’arrière-plan. Les conditions de financement restent plus exigeantes qu’avant la crise sanitaire, et l’acte d’achat s’accompagne d’un niveau d’analyse inédit. Le marché ne s’est pas effondré, mais il s’est durci. Les volumes restent globalement stables, tandis que la valeur se concentre sur les unités les plus cohérentes.

Pourquoi certaines références décrochent brutalement

La baisse de valeur de certains modèles pourtant réputés repose sur un mécanisme bien identifié. Il s’agit rarement d’un défaut unique, mais d’un effet cumulatif qui transforme un bateau séduisant sur le papier en projet lourd sur le plan financier.

La structure reste le premier juge de paix. Ponts en sandwich fatigués, zones d’humidité chroniques, reprises de varangues ou d’assemblages de quille mal documentées pèsent lourdement sur la négociation. Même lorsque les solutions techniques existent, l’acheteur intègre désormais le coût, le temps d’immobilisation et l’incertitude liée aux travaux. Cette seule variable suffit parfois à faire chuter une cote de manière spectaculaire.

La motorisation est devenue un autre point de bascule. Un moteur ancien, peu documenté ou resté dans sa configuration d’origine est perçu comme un risque immédiat. En 2026, le plaisancier compare volontiers le coût d’un refit moteur à celui d’un bateau plus cher mais prêt à naviguer. Le calcul est rarement favorable à l’unité fatiguée.

À cela s’ajoute l’évolution des usages. De nombreux bateaux conçus dans les années 1980 ou 1990 répondaient à une pratique sportive et engagée de la croisière. Cockpits exposés, plans de pont exigeants, emménagements sombres ou peu ventilés étaient acceptés, voire recherchés. Aujourd’hui, la demande se tourne vers des unités plus tolérantes, adaptées à des équipages réduits, à la vie à bord prolongée et à l’autonomie. Les bateaux qui ne correspondent plus à ces attentes subissent une décote mécanique.

La conformité réglementaire et la lisibilité administrative jouent également un rôle croissant. Sans être hors la loi, certains bateaux anciens nécessitent des mises à niveau successives qui pèsent psychologiquement sur l’acheteur. La perspective de devoir investir rapidement pour rester dans les clous éloigne une partie du marché.

Enfin, la question de la fin de vie n’est plus taboue. La structuration de la filière de déconstruction a modifié le regard porté sur les unités très âgées ou très dégradées. Un bateau perçu comme difficilement revendable ou coûteux à démanteler perd mécaniquement de sa valeur.

Pourquoi, à l’inverse, certaines unités prennent de la valeur

Dans ce contexte, les bateaux dont la cote progresse partagent des caractéristiques communes, souvent moins spectaculaires mais beaucoup plus rassurantes. Il ne s’agit pas nécessairement de modèles récents ou luxueux, mais d’unités lisibles, cohérentes et prêtes à l’usage.

La transparence est devenue un véritable actif. Un dossier d’entretien complet, des factures claires, une expertise récente et un historique sans zones d’ombre sécurisent l’acheteur. Dans un marché où la négociation porte sur le risque, l’absence de surprise se paie cher, au sens propre.

Ces bateaux correspondent aussi mieux aux pratiques actuelles. Ils offrent une circulation simple à bord, une maintenance accessible, une autonomie énergétique déjà pensée et une ergonomie adaptée à la navigation à 2. Sans être spectaculaires, ils répondent précisément à ce que recherchent aujourd’hui de nombreux plaisanciers.

L’assurabilité est un autre filtre déterminant. Les unités capables de répondre sans difficulté aux exigences des assureurs attirent plus d’acheteurs, ce qui soutient mécaniquement leur prix. À l’inverse, le moindre doute sur l’état général ou la conformité peut bloquer une vente.

La rareté, enfin, ne se définit plus par la notoriété du modèle, mais par la qualité de l’exemplaire. Un bateau sain, entretenu, correctement préparé et immédiatement navigable est devenu plus rare que certains modèles pourtant produits en faible série. C’est cette rareté là que le marché valorise.

Le faux piège des “bonnes affaires”

La baisse de prix n’est plus nécessairement synonyme d’opportunité. Un tarif attractif peut masquer un transfert de coûts important vers l’acheteur. Main d’œuvre spécialisée plus chère, délais de chantier allongés, exigences accrues en matière de fiabilité transforment rapidement une bonne affaire apparente en projet risqué.

La lecture pertinente consiste à raisonner en marin, pas en spéculateur. La cote n’est qu’un indicateur, valable uniquement si le bateau correspond aux standards actuels. Or ces standards ont évolué. Un bateau doit aujourd’hui être navigable facilement, maintenable sans lourds investissements, documenté et revendable dans de bonnes conditions.

Un bateau ancien peut parfaitement rester désirable s’il a été refité intelligemment, sans excès de personnalisation et avec une logique de fiabilité. À l’inverse, une unité plus récente mais mal suivie peut voir sa valeur s’éroder rapidement.

Une année charnière plutôt qu’une crise

Le marché de l’occasion en 2026 ne traverse pas une crise uniforme. Il connaît une phase de tri, parfois brutale, mais globalement rationnelle. Les volumes résistent, tandis que la valeur se concentre sur les bateaux les plus cohérents avec les attentes contemporaines.

Les modèles dits iconiques ne disparaissent pas. Ils changent de statut. L’icône d’aujourd’hui n’est plus seulement une silhouette ou une réputation. C’est un bateau capable de passer l’épreuve du réel : expertisable, assurable, maintenable et en adéquation avec les usages modernes.

Dans ce nouveau paysage, la décote ou la flambée d’une cote ne relève pas du hasard. Elle traduit un arbitrage clair entre plaisir de naviguer, maîtrise des coûts et capacité à se projeter dans le temps. En 2026, la valeur d’un bateau d’occasion ne se raconte plus. Elle se démontre.

L'équipe
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
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Jean-Christophe Guillaumin
Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
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Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
Denis Chabassière
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son TARGA 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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METEO CONSULT est un bureau d'études météorologiques opérationnel, qui assiste ses clients depuis plus de 30 ans. Les services de METEO CONSULT reposent sur une équipe scientifique de haut niveau et des moyens techniques de pointe. Son expertise en météo marine est reconnue et ses prévisionnistes accompagnent les plaisanciers, les capitaines de port et les organisateurs de courses au large depuis ses origines : Route du Rhum, Transat en double, Solitaire du Figaro…
Cyrille Duchesne
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Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
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Irwin Sonigo
Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.