Mini Globe Race : la flotte MGR touche au but après une traversée épique de l’Atlantique Sud

Course au large
Par Le Figaro Nautisme

De Sainte Hélène à Recife, les 11 skippers de la McIntyre Mini Globe Race viennent de boucler l’avant-dernière étape d’un tour du monde hors normes. Encore 2 500 milles avant Antigua et l’entrée définitive dans l’histoire.

De Sainte Hélène à Recife, les 11 skippers de la McIntyre Mini Globe Race viennent de boucler l’avant-dernière étape d’un tour du monde hors normes. Encore 2 500 milles avant Antigua et l’entrée définitive dans l’histoire.
© Jasmine Harrison / MGR2025

 

 

Ils ne sont plus qu’à une étape du mythe. Après 3 500 milles avalés depuis Le Cap, la flotte de la Mini Globe Race a rallié Recife, sur la côte brésilienne, au terme d’une traversée de l’Atlantique Sud tout sauf tranquille. Ce qui devait ressembler à une descente sous les alizés s’est transformé en un concentré de mer croisée, de chaleur étouffante, de duels tactiques et de longues heures face à soi-même.
Et au bout de cette route, un nom revient encore : Renaud Stitelmann.

 

Renaud Stitelmann, le métronome suisse

Premier à couper la ligne à Recife le 30 janvier à 09h29 UTC, Renaud Stitelmann, skipper de Capucinette (#28 / CH), boucle cette étape en 25 jours, 21 heures, 29 minutes et 23 secondes. Une moyenne de 5,63 nœuds et 135 milles parcourus chaque jour. Depuis le départ d’Antigua, il affiche 21 600 milles au compteur en 164 jours, à 5,49 nœuds de moyenne. Des chiffres impressionnants pour un mini-voilier de 5,8 m construit… dans son jardin. Son plus proche rival, Dan Turner (Immortal Game #05 / AUS), n’a jamais réellement lâché prise. Arrivé quelques heures plus tard à Recife, il pointe à 3 jours et 2 heures au classement général. Plus loin, la bataille reste vive entre Keri Harris, Pilar Pasanau et les autres prétendants. La question flotte désormais dans les esprits : Renaud peut-il conserver son avance sur les 2 500 milles restants ? Les voiles ont souffert. Le pot au noir reste imprévisible. Les débris charriés par l’Amazone constituent une menace invisible. Rien n’est joué.

 

Une course en deux tempos

En quittant Sainte-Hélène, la flotte s’est scindée en deux dynamiques distinctes. À l’avant, la tension stratégique était permanente. Renaud et Dan ont navigué bord à bord, rarement séparés de plus de 20 à 30 milles. Renaud optimisait la répartition des poids et sa veille, Dan se concentrait avant tout sur la préservation du bateau et du skipper. Deux philosophies, un même objectif.
Derrière eux, Pilar Pasanau (Peter Punk #98 / ES) et Jakub Ziemkiewicz (Bibi #185 / IE) ont livré un duel méthodique. Jakub, confronté à un logement de dérive fissuré, a privilégié l’intégrité de son bateau, fidèle à une approche conservatrice inspirée par Bernard Moitessier. Pilar, plus offensive, a grignoté mille après mille. Plus en arrière encore, le match entre Keri Harris (Origami #47 / UK) et Eric Marsh (Sunbear #79 / AUS) a animé les vacations radio. Les deux skippers ont échangé les positions à plusieurs reprises, sous des températures dépassant 33 °C dans les cabines. Navigation au vent arrière, chaleur accablante, mer croisée : la fatigue s’accumule, mais l’esprit de compétition demeure intact. À l’arrière, Josh Kali (Skookum #157 / US) a choisi une route plus nordique, acceptant quelques milles supplémentaires pour gagner en confort grâce à un courant favorable. Il affiche la moyenne la plus modeste de l’étape, 4,47 nœuds, mais savoure ses derniers jours d’isolement océanique avec philosophie.

© Christine Turner

28 000 milles autour du monde… sur 19 pieds

La McIntyre Mini Globe Race est une première mondiale. 28 000 milles en solitaire autour du globe sur des voiliers de 19 pieds en contreplaqué, construits artisanalement selon les règles de la classe ALMA Globe 580. Onze marins, aux profils radicalement différents, ont osé défier les sceptiques. Don McIntyre, l’architecte de cette aventure, voit s’achever la trilogie entamée avec le Golden Globe et l’Ocean Globe. Pour lui comme pour les participants, cette course dépasse le cadre sportif. C’est l’aboutissement de 5 ans de préparation, parfois vécus comme un rêve, parfois comme un pari insensé. À Recife, l’émotion est palpable. Certains parlent déjà du blues d’après-aventure alors que l’épreuve n’est pas terminée. Les bières fraîches partagées sur le ponton contrastent avec les semaines de solitude. Le Carnaval brésilien offre une parenthèse colorée avant le dernier grand saut vers les Caraïbes.

 

L’ombre de TREKKA et l’héritage de John Guzzwell

Cette course fait écho à une autre époque. Il y a 70 ans, John Guzzwell accomplissait un tour du monde sur son voilier de 20 pieds, Trekka. Aujourd’hui, l’un des bateaux engagés porte ce nom en hommage à cette aventure pionnière.
John Guzzwell incarne cette idée simple et puissante : l’exploration n’est pas une question de taille ou de budget, mais de détermination. La Mini Globe Race s’inscrit dans cette lignée.

 

Dernier acte : cap sur Antigua

Le 19 février à midi, heure locale, la flotte repartira de Recife pour la dernière étape vers la National Sailing Academy d’Antigua. 2 500 milles vers le nord, avec en ligne de mire les calmes équatoriaux, les courants contraires et des vents de face potentiellement piégeux.
Ce sera l’examen final pour des bateaux déjà éprouvés et pour des marins qui commencent à mesurer l’ampleur de ce qu’ils ont accompli. L’océan a testé le matériel, les stratégies et les nerfs. Il reste une dernière confrontation avant que cette première course autour du monde d’Antigua n’entre définitivement dans l’histoire.
À Recife, la fête bat son plein. Mais dans les esprits, la ligne d’arrivée est déjà tracée. Encore 2 500 milles. Encore quelques semaines. Et une page majeure de la course au large amateur s’écrira, loin des budgets démesurés, au plus près de l’essence même de l’aventure maritime.

 

L'équipe
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
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Jean-Christophe Guillaumin
Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
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Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
Denis Chabassière
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son TARGA 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
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Irwin Sonigo
Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.