Le coût réel de la transition : deux trajectoires fiscales sous la loupe

Economie
Par Mark Bernie

En ce mois de février 2026, la nouvelle Taxe Annuelle sur les Engins Maritimes (TAEM) n'est plus une lointaine menace administrative, mais une réalité comptable qui s'affiche sur les relevés bancaires des plaisanciers. Pour beaucoup, la pilule est amère, car elle marque la fin d'une époque où l'ancienneté du navire permettait d'alléger considérablement la note. Aujourd'hui, le calcul s'est complexifié, intégrant des critères environnementaux qui redéfinissent la hiérarchie des coûts de possession. Pour illustrer ce séisme fiscal, nous avons passé au crible deux unités emblématiques de nos côtes : le "day-cruiser" survitaminé et le voilier de croisière familiale, deux mondes que tout oppose, sauf désormais leur avis d'imposition.

En ce mois de février 2026, la nouvelle Taxe Annuelle sur les Engins Maritimes (TAEM) n'est plus une lointaine menace administrative, mais une réalité comptable qui s'affiche sur les relevés bancaires des plaisanciers. Pour beaucoup, la pilule est amère, car elle marque la fin d'une époque où l'ancienneté du navire permettait d'alléger considérablement la note. Aujourd'hui, le calcul s'est complexifié, intégrant des critères environnementaux qui redéfinissent la hiérarchie des coûts de possession. Pour illustrer ce séisme fiscal, nous avons passé au crible deux unités emblématiques de nos côtes : le "day-cruiser" survitaminé et le voilier de croisière familiale, deux mondes que tout oppose, sauf désormais leur avis d'imposition.

La vedette de 8 mètres et 250 chevaux : le prix de la puissance

Prenons le cas d'une unité de 8 mètres équipée d'un moteur hors-bord de 250 chevaux, un ensemble très prisé pour les sorties à la journée ou les sports nautiques. Sous l'ancien régime, ce propriétaire s'acquittait d'un droit de francisation basé sur la puissance fiscale du moteur, avec des abattements liés à l'âge. En 2026, la donne change radicalement. La TAEM applique désormais une taxe sur la coque d'environ 40 euros par mètre linéaire, soit 320 euros, à laquelle s'ajoute une taxe sur la puissance réelle. Avec 250 chevaux, le malus écologique entre en scène de manière spectaculaire.

Stéphane, concessionnaire dans le Var, observe les premiers retours de ses clients avec une certaine appréhension. Il explique qu'un moteur de cette puissance, s'il n'est pas de dernière génération « ultra-low emission », subit une surtaxe carbone qui peut faire grimper la note annuelle à près de 1 450 euros. Pour un bateau acheté d'occasion il y a cinq ans, la facture a tout simplement doublé. Stéphane souligne que pour ces propriétaires, le budget "navigation" est amputé d'autant de sorties en mer ou d'heures d'entretien. Avant chaque sortie, ses clients scrutent plus que jamais les prévisions de METEO CONSULT Marine pour s'assurer que les conditions permettront une navigation optimisée, afin de ne pas gaspiller un carburant déjà cher, en plus d'une taxe qui ne cesse de croître.

Le voilier de 10 mètres et 20 chevaux : la fin du privilège de l'ancienneté

Si l'on change de rive pour observer un voilier de croisière de 10 mètres, la situation semble moins explosive au premier abord, mais elle révèle une injustice ressentie par les navigateurs au long cours. Équipé d'un moteur inboard de 20 chevaux, ce voilier était autrefois quasiment exonéré grâce à l'abattement pour vétusté de 80% appliqué aux bateaux de plus de 25 ans. Un propriétaire payait alors une somme symbolique, souvent inférieure à 100 euros. Avec la réforme de 2026, cet avantage historique a disparu au profit d'une taxe fixe sur la longueur, modulée par un coefficient de "recyclage".

Pour ce voilier de 10 mètres, la taxe de base sur la coque s'élève désormais à 450 euros. Le petit moteur diesel, bien que peu utilisé, est désormais taxé sur une base forfaitaire sans réduction liée à l'âge. Au total, la facture s'établit aux alentours de 550 euros par an. Pour Pierre, retraité qui vit six mois de l'année sur son monocoque des années 90, l'augmentation est brutale. Il confie que cette somme représente deux mois de frais de port en escale ou le renouvellement d'une voile d'avant tous les cinq ans. Le sentiment dominant est celui d'être taxé pour un impact environnemental jugé marginal par rapport aux grandes unités à moteur, créant un sentiment d'amertume chez ceux qui pratiquent une plaisance sobre et itinérante.

Un marché de l'occasion en pleine mutation

Cette simulation chiffrée met en lumière un phénomène nouveau : la valeur de revente des bateaux intègre désormais leur "poids fiscal". Un acheteur potentiel pour la vedette de 8 mètres exigera une décote importante s'il sait qu'il devra débourser plus de 1 400 euros chaque année à l'État, soit près de 15 000 euros sur dix ans. Pour le voilier, c'est la fin du "bateau budgétaire" qui permettait à des jeunes navigateurs de se lancer avec des frais fixes minimes. Les experts du secteur s'accordent à dire que cette réforme va accélérer le renouvellement de la flotte, mais au prix d'une fragilisation des propriétaires les moins fortunés.

La dimension pédagogique de cette réforme semble s'effacer derrière sa voracité fiscale. Si l'objectif affiché était de financer la déconstruction des navires hors d'usage, le montant collecté dépasse largement les besoins de la filière. Les professionnels du nautisme, tout comme les plaisanciers experts, craignent que cette ponction financière ne finisse par décourager la pratique même de la navigation, transformant peu à peu nos ports en parkings pour une élite capable d'absorber ces nouveaux coûts, loin de l'esprit de liberté et d'accessibilité qui a longtemps caractérisé la plaisance française.

L'équipe
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
Jean-Christophe Guillaumin
Jean-Christophe Guillaumin
Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
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Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
Denis Chabassière
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son TARGA 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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METEO CONSULT est un bureau d'études météorologiques opérationnel, qui assiste ses clients depuis plus de 30 ans. Les services de METEO CONSULT reposent sur une équipe scientifique de haut niveau et des moyens techniques de pointe. Son expertise en météo marine est reconnue et ses prévisionnistes accompagnent les plaisanciers, les capitaines de port et les organisateurs de courses au large depuis ses origines : Route du Rhum, Transat en double, Solitaire du Figaro…
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Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
Irwin Sonigo
Irwin Sonigo
Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.