Téléphones, drones, trottinettes… le nouveau point faible de la sécurité à bord ?

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Par Le Figaro Nautisme

Téléphones, ordinateurs, drones, powerbanks, vélos ou trottinettes électriques : nos bateaux transportent aujourd’hui une concentration d’énergie insoupçonnée. Les batteries lithium-ion font partie du quotidien des navigateurs, mais lorsqu’un incident survient, le feu n’a plus rien de banal. Analyse d’un phénomène qui se développe, et des réflexes indispensables pour éviter qu’un confort moderne ne devienne un danger en mer.

Téléphones, ordinateurs, drones, powerbanks, vélos ou trottinettes électriques : nos bateaux transportent aujourd’hui une concentration d’énergie insoupçonnée. Les batteries lithium-ion font partie du quotidien des navigateurs, mais lorsqu’un incident survient, le feu n’a plus rien de banal. Analyse d’un phénomène qui se développe, et des réflexes indispensables pour éviter qu’un confort moderne ne devienne un danger en mer.

Le confort moderne a changé la nature du risque à bord

La plaisance a profondément évolué en 15 ans. Un voilier familial embarque désormais plusieurs smartphones, des ordinateurs, tablettes, routeurs, caméras, drones, batteries externes, outils sans fil et parfois un vélo ou une trottinette électrique pour l’escale. Chaque appareil contient une batterie lithium-ion, compacte, légère et très performante.

Individuellement, ces batteries ne posent pas de problème particulier. Collectivement, dans un espace confiné, elles modifient l’équation du risque incendie.

Les services de sécurité maritime le rappellent régulièrement : le danger spécifique des batteries lithium-ion ne réside pas seulement dans la flamme, mais dans le phénomène d’emballement thermique. En cas de défaut interne, de court-circuit, de choc ou de surcharge, la batterie peut monter brutalement en température, libérer des gaz inflammables et entretenir sa propre combustion. Le feu devient alors plus intense, plus rapide et plus difficile à contenir qu’un départ classique.

À terre, on peut évacuer facilement un appareil défectueux. En mer, dans une cabine, au milieu de matériaux combustibles, la situation change radicalement.

Toutes les batteries ne se valent pas

Il faut distinguer deux grandes catégories.

D’un côté, les petites batteries portables : téléphones, ordinateurs, lampes, appareils photo, drones, powerbanks. Elles sont omniprésentes et souvent rechargées la nuit, parfois avec des chargeurs génériques ou des multiprises peu adaptées à l’environnement marin.

De l’autre, les batteries de forte capacité que l’on embarque comme équipement complémentaire : vélos électriques, trottinettes, engins nautiques motorisés ou grosses stations d’énergie portables. Là, l’énergie stockée change d’échelle, et les conséquences potentielles aussi.

Les études de sécurité menées ces dernières années montrent une augmentation des incendies domestiques liés aux engins de mobilité électrique, souvent en raison de batteries de qualité variable, de chargeurs non conformes ou de modifications non homologuées. Transposée à bord d’un bateau, cette réalité devient plus préoccupante encore.

Le risque n’est donc pas “la batterie lithium” en soi, mais la combinaison de puissance, de qualité du matériel et de conditions de recharge.

Ce que les assureurs et les experts examinent réellement

Lorsqu’un incendie survient à bord, l’expertise ne s’arrête jamais à la simple présence d’une batterie lithium-ion.

Les experts cherchent une chaîne de causes. Ils analysent la conformité des équipements, l’état des chargeurs, l’installation électrique du bord, la qualité des connexions, la présence éventuelle d’adaptateurs multiples ou de bricolages.

Sur les navires professionnels, plusieurs alertes récentes ont mis en lumière des départs de feu dus à des connexions mal serties ou à des points de contact insuffisamment protégés. La leçon est claire : la majorité des sinistres trouvent leur origine dans une faiblesse d’installation ou d’usage, pas dans la technologie elle-même.

Les assureurs s’intéressent également aux pratiques. Recharge nocturne sans surveillance, batteries laissées sur des surfaces textiles, stockage dans des coffres non ventilés, mélange de chargeurs de provenance incertaine : autant d’éléments qui pèsent dans l’analyse.

Il ne s’agit pas de stigmatiser l’usage du lithium, désormais incontournable à bord, mais de vérifier que le risque a été anticipé et encadré.

Le moment critique : la recharge

Dans la grande majorité des cas, le problème ne survient pas en navigation, mais pendant la recharge.

La phase de charge concentre chaleur, courant électrique et électronique de gestion. Si un défaut existe, c’est souvent à ce moment qu’il se manifeste. À bord, la recharge s’effectue parfois via un convertisseur, une multiprise ou une installation 220 V qui n’a pas été pensée pour alimenter simultanément une dizaine d’appareils.

L’accumulation est insidieuse. On branche le téléphone, puis l’ordinateur, puis le drone, puis la batterie externe. Chaque appareil est anodin, mais l’ensemble peut créer un point de chauffe ou une surcharge locale.

Les organismes de prévention incendie insistent sur un principe simple : une batterie endommagée, mal utilisée ou mal chargée augmente considérablement le risque. Le confinement d’un bateau rend ensuite la gestion de l’incident plus complexe en raison des fumées toxiques et de la rapidité de propagation.

Anticiper sans dramatiser

Faut-il renoncer aux batteries portables à bord ? Évidemment non.

La bonne approche consiste à intégrer leur présence dans la stratégie de sécurité du bateau, au même titre que le gaz ou le carburant.

La recharge doit devenir une opération maîtrisée : choisir un endroit dégagé, ventilé, non inflammable, éviter les surfaces textiles, limiter les multiprises, utiliser des chargeurs d’origine ou certifiés, surveiller les phases de charge importantes.

Il est également prudent d’écarter immédiatement toute batterie présentant un gonflement, une odeur inhabituelle ou une surchauffe anormale. Les batteries vieillissent, surtout lorsqu’elles subissent chaleur, humidité et cycles intensifs.

Pour les engins à forte capacité énergétique, la vigilance doit être accrue. Recharge hors des espaces de vie, matériel conforme, absence de modification artisanale : ce sont des points que les professionnels de la sécurité considèrent désormais comme essentiels.

Un risque réel, mais maîtrisable

La question n’est donc pas de savoir si les batteries embarquées sont dangereuses par nature. Elles le sont potentiellement, comme le gaz, le carburant ou l’électricité. La différence tient à leur densité énergétique et à la rapidité d’évolution d’un incendie en cas de défaillance.

Dans les faits, la majorité des plaisanciers naviguent sans incident. Les sinistres restent rares au regard du nombre d’appareils embarqués. Mais les cas documentés montrent que lorsque le feu part d’une batterie lithium-ion, il peut surprendre par sa violence.

La plaisance a toujours été une discipline d’anticipation. Nous vérifions nos voiles, nos moteurs, nos vannes et nos extincteurs. Les batteries portables font désormais partie intégrante de l’inventaire de bord. Les intégrer dans la réflexion de sécurité n’est pas une contrainte supplémentaire, mais une évolution logique.

Le confort moderne n’est pas incompatible avec la prudence maritime. Il impose simplement de nouvelles habitudes. À bord, la sécurité ne dépend pas seulement de la météo ou de la mer, mais aussi de ces petits objets discrets qui concentrent, dans quelques centimètres carrés, une énergie considérable.

L'équipe
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
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Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
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Jean-Christophe Guillaumin
Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
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Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
Denis Chabassière
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son TARGA 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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METEO CONSULT est un bureau d'études météorologiques opérationnel, qui assiste ses clients depuis plus de 30 ans. Les services de METEO CONSULT reposent sur une équipe scientifique de haut niveau et des moyens techniques de pointe. Son expertise en météo marine est reconnue et ses prévisionnistes accompagnent les plaisanciers, les capitaines de port et les organisateurs de courses au large depuis ses origines : Route du Rhum, Transat en double, Solitaire du Figaro…
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Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
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Irwin Sonigo
Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.