Réparer ou remplacer : le grand dilemme d’une gestion rigoureuse de son bateau

Equipements
Par Mark Bernie

Posséder un bateau, c'est accepter une réalité physique implacable : il faut entretenir, réparer ou remplacer des pièces régulièrement ! A bord, l’agression du milieu salin ne pardonne pas et il n’est pas possible de laisser une pièce se détériorer au risque d’une avarie. Mais une question demeure : on change ou on répare ?

Posséder un bateau, c'est accepter une réalité physique implacable : il faut entretenir, réparer ou remplacer des pièces régulièrement ! A bord, l’agression du milieu salin ne pardonne pas et il n’est pas possible de laisser une pièce se détériorer au risque d’une avarie. Mais une question demeure : on change ou on répare ?

Pour chaque propriétaire, le rituel est le même à chaque début de saison : une pièce donne des signes de faiblesse, un écran s’assombrit ou un moteur d'annexe refuse de s'élancer. Vient alors la question : faut-il s’acharner à réparer pour économiser quelques centaines d'euros ou trancher dans le vif et remplacer par du neuf ? Ce choix, qui semble purement comptable au premier abord, est en réalité une équation complexe mêlant fiabilité, valeur de revente et compatibilité technologique. Dans un contexte où le coût de la main-d’œuvre spécialisée n'a cessé de croître, l'arbitrage financier demande désormais une véritable stratégie pour éviter que votre passion ne se transforme en un puits sans fond.

L’électronique et le pilote automatique : le piège de l’obsolescence

Dans le domaine de l'électronique de bord, la question du remplacement se pose avec une acuité particulière. Réparer un calculateur de pilote automatique vieux de dix ans est souvent une fausse bonne idée. Les composants électroniques souffrent de l'humidité résiduelle et, même si un technicien parvient à changer un condensateur défaillant, le reste de la carte mère demeure vulnérable. Après enquête, nous pouvons estimer que le coût d'une recherche de panne dépasse souvent le tiers du prix d'un appareil neuf. Dès que l'on touche aux organes de sécurité comme le pilote ou le radar, la règle est simple : si l'appareil a plus de sept ans et que la réparation dépasse 30 % du prix du neuf, il vaut souvent mieux remplacer la pièce que de tenter une réparation de fortune qui ne durera pas…

Un autre facteur crucial est la connectivité. Installer un écran de dernière génération sur un réseau NMEA 2000 vieillissant peut créer des conflits de logiciels frustrants. Remplacer permet non seulement de repartir avec une garantie de deux ans, mais aussi d'accéder à des fonctionnalités de consommation d'énergie bien moindres, un argument de poids !

Mécanique et guindeau : la règle des 50 %

Pour les éléments mécaniques lourds comme le guindeau ou le moteur hors-bord de l'annexe, l'arbitrage est plus nuancé. Un guindeau dont le moteur électrique est grillé mais dont le corps en aluminium et les engrenages sont sains mérite une réparation. Le remplacement du moteur seul coûte environ 400 euros, contre plus de 1 500 euros pour une unité complète de qualité. Ici, la logique de valeur penche vers la remise en état. Cependant, pour les petits moteurs hors-bord de 2,5 ou 5 chevaux, la situation s'inverse. Avec l'arrivée massive de moteurs électriques fiables et légers, s'acharner sur un vieux carburateur encrassé par l'éthanol devient un luxe coûteux…

Marc, un plaisancier qui navigue six mois par an, explique avoir renoncé à réparer son annexe semi-rigide dont les boudins commençaient à fuir aux jonctions. Le devis pour un recollage complet par un professionnel représentait 60 % du prix d'une annexe neuve. En choisissant le remplacement, il a non seulement gagné en sérénité, mais il a aussi amélioré la valeur de son bateau lors d'une expertise récente. Un bateau dont les équipements "périphériques" (annexe, hors-bord, survie) sont récents inspire une confiance immédiate à un acheteur potentiel, limitant ainsi les marges de négociation.

Sellerie et confort : l’esthétique au service du patrimoine

La sellerie et les vaigrages sont souvent les parents pauvres de l'entretien, jusqu'au jour où l'aspect visuel dégrade l'expérience à bord. Réparer une couture sur un taud de soleil est une évidence, mais refaire les mousses d'un carré est une décision plus lourde. Le coût des tissus techniques a explosé, et la main-d'œuvre pour un travail de sellerie sur mesure est importante. Pourtant, c'est l'un des rares domaines où le "neuf" ne se justifie pas toujours par un remplacement complet de la structure, mais par une rénovation de surface.

L’erreur classique consiste à attendre que le skaï tombe en lambeaux. En intervenant tôt, un sellier peut renforcer les structures existantes pour une fraction du prix d'une sellerie complète de chantier. À l'inverse, pour l'électroménager de bord comme le groupe froid du réfrigérateur, le remplacement par une unité moderne plus isolée et moins gourmande est presque toujours rentable en moins de trois saisons grâce à l'économie d'énergie réalisée.

Arbitrer pour ne pas perdre d'argent : la vision à long terme

La bonne stratégie consiste à regarder l'horizon à cinq ans. Si vous prévoyez de garder votre bateau, chaque remplacement est un investissement dans votre confort et votre sécurité. Si vous envisagez une vente prochaine, la réparation "cosmétique" peut suffire, mais attention : les acheteurs d’aujourd’hui sont de plus en plus informés et n'hésitent pas à demander les factures d'entretien des systèmes critiques. Un dossier de factures montrant des remplacements préventifs vaut toutes les garanties du monde.

En fin de compte, l'arbitrage entre réparer et remplacer doit suivre une logique de cycle de vie. Un bateau est un ensemble de systèmes interdépendants. Remplacer une pièce obsolète par une technologie de pointe peut parfois nécessiter de revoir toute la chaîne (comme l'alternateur pour le lithium), augmentant la facture initiale mais réduisant drastiquement les coûts de fonctionnement futur. Comme toujours en mer, l'économie la plus coûteuse est celle qui se transforme en avarie au mauvais moment…

L'équipe
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
Jean-Christophe Guillaumin
Jean-Christophe Guillaumin
Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
Charlotte Lacroix
Charlotte Lacroix
Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
Max Billac
Max Billac
Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
Denis Chabassière
Denis Chabassière
Denis Chabassière
Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
Michel Ulrich
Michel Ulrich
Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son TARGA 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
METEO CONSULT
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METEO CONSULT est un bureau d'études météorologiques opérationnel, qui assiste ses clients depuis plus de 30 ans. Les services de METEO CONSULT reposent sur une équipe scientifique de haut niveau et des moyens techniques de pointe. Son expertise en météo marine est reconnue et ses prévisionnistes accompagnent les plaisanciers, les capitaines de port et les organisateurs de courses au large depuis ses origines : Route du Rhum, Transat en double, Solitaire du Figaro…
Cyrille Duchesne
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Cyrille Duchesne
Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
Irwin Sonigo
Irwin Sonigo
Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.