
Organisée par le Royal Ocean Racing Club en association avec l’Antigua Yacht Club, l’épreuve conserve sa recette : un parcours sans escale autour de 11 îles des Petites Antilles, où les alizés dictent le tempo et où la moindre transition peut faire basculer le classement.
Un parcours aussi stratégique que spectaculaire
Le tracé serpente autour d’Antigua, Barbuda, Nevis, Saba, Saint-Barthélemy, Saint-Martin, La Désirade, Guadeloupe et plusieurs autres îles volcaniques abruptes. Les zones d’accélération au large de Barbuda, Saba ou La Désirade permettent aux bateaux d’atteindre des vitesses impressionnantes, tandis que l’ombre de vent sous la Guadeloupe reste l’un des pièges tactiques majeurs. La course ne se résume jamais à une simple cavalcade sous spi dans les alizés. Les équipages doivent enchaîner manœuvres, changements de voiles et recalages stratégiques, parfois en pleine nuit, dans un relief qui perturbe le flux d’air. La précision et l’endurance comptent autant que la vitesse pure.
Multicoques : duel annoncé en MOD70
La flotte multicoque regroupe 11 unités, avec en tête d’affiche un affrontement très attendu entre les deux MOD70 américains. Argo, skippé par Jason Carroll, arrive en favori. Le trimaran détient la référence sur ce parcours et a récemment remporté les honneurs en temps réel sur la RORC Transatlantic Race. À bord, un équipage d’expérience avec notamment Brian Thompson, Chad Corning et Sam Goodchild.
Face à lui, Final Final – Zoulou, engagé par Jon Desmond et mené par Erik Maris, entend bien réduire l’écart. Lors de la dernière transatlantique RORC, Zoulou n’avait concédé que 2 heures 30 après 3 000 milles. Avec Ned Collier Wakefield, Thomas Le Breton et le navigateur Miles Seddon, le trimaran dispose d’un collectif capable de soutenir des moyennes supérieures à 30 nœuds. Jon Desmond, habitué du RORC Caribbean 600 en monocoque, découvre cette année la discipline en multicoque. Après une saison 2025 intense en PAC52, resté à Malte, il a saisi l’opportunité de louer Zoulou pour vivre l’expérience MOD70 : « Les étapes qui nous prenaient 8 heures peuvent se courir en 2. Il faut anticiper deux manœuvres à l’avance. L’ombre de vent sous la Guadeloupe reste un défi, mais avec cette vitesse, les options sont plus nombreuses. »
La flotte MOCRA apporte également de la profondeur avec le MG5 Wellness Training de Marc Guillemot, vice-champion de classe en 2025, le trimaran Sophia de Marcus Sirota, ancien Paradox et détenteur du record MOCRA, ou encore le Gunboat 68 Little Wing de Richard McKinney, avec à bord le recordman de vitesse Paul Larsen. Trois Ocean Fifty – Calamity, Tiana et Wa-Kan – complètent un plateau particulièrement relevé.

Maxi monocoques : Leopard 3 contre Black Jack 100
En IRC Super Zero, le duel des 100 pieds cristallise l’attention. Leopard 3, le Farr 100 de Joost Schuijff skippé par Chris Sherlock, dispute sa neuvième participation. Détentrice du premier record monocoque en 2009, Leopard a signé en 2024 un triplé impressionnant : honneurs en temps réel monocoque et victoire au général sous IRC. Sherlock rappelle que l’expérience est déterminante : « Leopard donne le meilleur d’elle-même sur des parcours de reaching soutenu. Dans des alizés établis, on peut vraiment exploiter le potentiel du bateau. Ici, la connaissance du terrain compte autant que la vitesse. »
En face, Black Jack 100, RP100 de Remon Vos menée par Tristan Le Brun, arrive avec un palmarès offshore 2025 solide, dont la Rolex Fastnet Race et la Rolex Middle Sea Race. Plus légère et plus étroite, elle se montre redoutable dans le petit temps et aux allures portantes. Mais le maxi n’a encore jamais couru le RORC Caribbean 600.
Le Mills 72 Balthasar de Louis Balcaen, récent vainqueur IRC de la Middle Sea Race 2025, ajoute de la densité au plateau, tout comme plusieurs ex-Volvo Ocean Race 65 – Il Mostro, Cockatoo, Jajo et Sisi – qui apportent une solide expérience des grandes traversées.
IRC Zero et IRC One : finesse et exécution
En IRC Zero, trois Carkeek s’affrontent : Rán (Niklas Zennström), vainqueur de classe en 2025, Daguet 5 (Frédéric Puzin) et Ino Noir (James Neville). En 2025, Daguet 5, lancé seulement quatre mois plus tôt, avait terminé à moins de 8 minutes de Rán après 600 milles de course, confirmant l’extrême densité de la classe. Mach 50 Palanad 4, récent vainqueur au général de la RORC Transatlantic Race, vise également les avant-postes. Selon Frédéric Puzin, « autour des îles, tout se joue dans les transitions. L’adaptabilité et la clarté tactique feront la différence. » En IRC One, 13 bateaux composent une flotte éclectique mêlant ambition professionnelle et esprit Corinthien. Hagazussa III (Shipman 63), Maxitude avec Alexi Loison, Afazik Impulse ou encore le Swan 58 WaveWalker avec Dee Caffari incarnent cette diversité.
L’histoire la plus singulière viendra de Speedy Maltese, premier Mini 6.50 à tenter l’aventure. Radicalement transformé en scow moderne, le prototype sera mené en double par Timothée Villain-Amirat et Antonin Chapot. Face à des unités deux fois plus grandes, le pari est audacieux. « Avec du vent fort et beaucoup de reaching, on peut peut-être écrire une histoire à la David contre Goliath », confie le skipper, qui a grandi dans les Caraïbes.
IRC Two et Class40 : densité maximale
IRC Two, avec 14 bateaux, constitue la plus grande classe. Les écarts de rating sont infimes : Xp 44 Heart of Gold et J/121 Whistler sont à égalité, talonnés par le GS46 Belladonna avec seulement 32 secondes par heure d’écart. Mojito, Bella J ou encore le Farr 36 High Tension, présent depuis la première édition en 2009, complètent une flotte extrêmement homogène. La présence de Blueprint, le First 36.7 de Luke Spink, apporte une dimension humaine forte. Moins d’un an après un accident l’ayant laissé paralysé, le skipper américain est revenu à la compétition, remportant en 2024 le championnat US de voile handisport. « En mer, les barrières s’effacent. La performance repose sur la décision, le travail d’équipe et le sens marin », explique-t-il.
Cinq Class40 seront également de la partie. Épreuve officielle du calendrier de la classe, la course constitue une étape clé vers la Route du Rhum 2026. Le record établi en 2018 par Catherine Pourre en 2 jours, 13 heures et 15 secondes reste une référence. Matéo Le Calvic (FPFP), Robin Follin (Solano) et Mike Hennessy (Scowling Dragon) affichent clairement leurs ambitions.
L’examen caribéen par excellence
Pour Antigua & Barbuda, le RORC Caribbean 600 est devenu un rendez-vous majeur. « Nous sommes fiers d’accueillir la communauté internationale de la voile et de mettre en valeur la beauté de nos eaux », souligne le ministre du Tourisme Charles ‘Max’ Fernandez. Au-delà des chiffres et des records, l’épreuve reste un test complet : 600 milles sans répit, 11 îles, des transitions incessantes et des alizés implacables. Titans des 100 pieds, multicoques volants, Class40 affûtés ou pionniers en Mini 6.50 partageront le même parcours et la même mer. Le 23 février 2026, au large d’Antigua, une nouvelle page de la grande course au large caribéenne s’écrira, portée par la vitesse, la stratégie et l’inusable souffle des alizés.
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