Les grandes expéditions polaires : de Shackleton à Jean-Louis Étienne, l’appel du Grand Nord

Culture nautique
Par Le Figaro Nautisme

Il y a, dans les mondes polaires, quelque chose qui échappe aux siècles. Une lumière rasante, un silence total, une brutalité sans décor. Depuis plus de 100 ans, explorateurs, scientifiques et marins s’y succèdent avec la même idée fixe : aller plus loin, comprendre davantage, tenir là où presque tout se dérobe. De la dérive calculée de Nansen aux marches de Shackleton dans le chaos antarctique, des campagnes savantes de Charcot aux défis contemporains de Jean-Louis Étienne, les grandes expéditions polaires racontent une même histoire, celle d’un appel irrésistible vers les hautes latitudes.

Il y a, dans les mondes polaires, quelque chose qui échappe aux siècles. Une lumière rasante, un silence total, une brutalité sans décor. Depuis plus de 100 ans, explorateurs, scientifiques et marins s’y succèdent avec la même idée fixe : aller plus loin, comprendre davantage, tenir là où presque tout se dérobe. De la dérive calculée de Nansen aux marches de Shackleton dans le chaos antarctique, des campagnes savantes de Charcot aux défis contemporains de Jean-Louis Étienne, les grandes expéditions polaires racontent une même histoire, celle d’un appel irrésistible vers les hautes latitudes.
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Aux origines du mythe polaire, quand la carte se dissout dans le blanc

À la fin du 19e siècle, les pôles ne sont pas encore ces territoires scrutés par les satellites. Ce sont des marges floues, des espaces mal connus, immenses, presque abstraits. Le Grand Nord fascine les Européens depuis longtemps, d’abord pour des raisons très concrètes : trouver un passage maritime, comprendre les glaces, mesurer les courants, compléter les cartes. Mais très vite, la curiosité scientifique se mêle à autre chose, plus puissant et plus irrationnel : le désir d’épreuve. Aller vers les pôles, c’est se confronter à un monde qui ne se laisse pas approcher sans payer le prix du froid, de la faim, de la dérive, de l’attente et parfois de la disparition. C’est dans ce contexte que Fridtjof Nansen bouleverse les codes. En 1893, il part à bord du Fram, navire spécialement conçu pour résister à la pression des glaces, avec une idée qui paraît folle : accepter d’être prisonnier de la banquise pour se laisser dériver avec elle à travers l’océan Arctique. L’expédition ne mène pas Nansen au pôle Nord, mais elle prouve que l’exploration polaire n’est pas seulement une affaire de bravoure. Elle devient aussi une affaire de stratégie, de science, d’observation patiente. Le Fram ressortira des glaces en 1896 après avoir validé une intuition majeure sur la dérive polaire et marqué l’histoire comme l’un des navires les plus importants de toute l’épopée arctique.

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Nansen, Amundsen, Charcot : 3 façons d’ouvrir les mondes polaires

Après Nansen, Roald Amundsen pousse encore plus loin la logique de préparation et d’efficacité. Entre 1903 et 1905, à bord du petit Gjøa, il réalise le premier passage complet du Nord-Ouest, ce rêve vieux de plusieurs siècles qui consistait à relier Atlantique et Pacifique par l’archipel arctique canadien. L’exploit est immense, non seulement parce qu’il clôt une quête géographique majeure, mais parce qu’il montre qu’en Arctique, la réussite tient souvent moins au panache qu’à l’adaptation méthodique au terrain, au climat et au rythme imposé par la glace.
Amundsen entre pourtant définitivement dans la légende quelques années plus tard, lorsqu’il choisit de viser le pôle Sud. En 1911, son équipe devient la première à atteindre le point le plus austral de la planète. Face à l’expédition britannique de Robert Falcon Scott, Amundsen impose une autre école de l’exploration : celle de la discipline absolue, du matériel éprouvé, des chiens de traîneau, de la sobriété logistique et d’une connaissance très fine des conditions polaires. Son succès n’a rien d’un coup de chance. Il est le produit d’une préparation rigoureuse, presque clinique, qui tranche avec l’image romantique souvent accolée aux aventures polaires. 
Dans cette galerie de géants, Jean Baptiste Charcot occupe une place à part. Médecin, marin, scientifique, il incarne une tradition française moins tournée vers la course au drapeau que vers l’exploration savante. Sa première expédition antarctique, à bord du Français entre 1903 et 1905, puis sa seconde avec le Pourquoi-Pas ? entre 1908 et 1910, contribuent à mieux connaître la péninsule Antarctique, ses rivages, ses conditions de navigation, ses observations météorologiques et océanographiques. Chez Charcot, le pôle n’est pas seulement un décor d’exploit. C’est un territoire à étudier, à décrire, à comprendre avec précision. Cette dimension scientifique, déjà très forte chez lui, annonce en partie l’évolution future de l’exploration polaire.

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Shackleton, le héros de l’échec sublime

S’il ne fallait retenir qu’un seul récit capable de résumer la violence et la grandeur de l’Antarctique, ce serait sans doute celui d’Ernest Shackleton. Il appartient pleinement à ce que les historiens appellent l’âge héroïque de l’exploration polaire. Avant même l’épisode de l’Endurance, il s’est déjà illustré avec l’expédition Nimrod de 1907 à 1909, au cours de laquelle il s’approche du pôle Sud à moins de 100 milles géographiques, établissant alors le record du “plus au sud”. Mais c’est son échec suivant qui le transforme en mythe. 
En 1914, Shackleton veut réaliser la première traversée intégrale de l’Antarctique. L’ambition est démesurée. Son navire, l’Endurance, pénètre en mer de Weddell, mais se retrouve rapidement pris dans les glaces. Pendant des mois, le bateau dérive, coincé dans un étau blanc. Puis la banquise se referme. La coque ploie, craque, cède. En novembre 1915, le navire sombre. L’expédition change brutalement de nature. Il n’est plus question de découverte, encore moins de conquête. Il s’agit simplement de survivre. La suite est l’un des plus grands récits de survie jamais écrits. Shackleton maintient la cohésion de ses 27 hommes, organise des campements sur la glace, gagne l’île de l’Éléphant après une navigation périlleuse en canots, puis part avec 5 compagnons à bord du James Caird pour rejoindre la Géorgie du Sud. La traversée, dans l’océan Austral, sur une embarcation minuscule, relève de l’inconcevable. Une fois la côte atteinte, Shackleton et 2 hommes doivent encore franchir à pied l’intérieur montagneux de l’île pour gagner la station baleinière de Stromness. Le miracle, c’est que tous les membres de l’expédition finiront par être sauvés. Plus qu’un explorateur victorieux, Shackleton devient alors l’incarnation du chef capable de tenir dans le désastre. Si son nom reste aujourd’hui encore si présent, c’est aussi parce que son aventure possède une densité presque littéraire. Chez Shackleton, il y a l’échec, mais un échec transfiguré par la ténacité, le sang-froid et la fidélité à ses hommes. La redécouverte de l’épave de l’Endurance en 2022, plus de 100 ans après son naufrage, n’a fait que raviver ce lien intact entre histoire polaire et imaginaire contemporain.

 

De Paul-Émile Victor à Jean-Louis Étienne, l’aventure change de sens

Au fil du 20e siècle, l’exploration polaire change profondément de visage. Les grandes zones blanches de la carte disparaissent peu à peu. Les missions deviennent plus techniques, plus scientifiques, plus collectives. En France, Paul-Émile Victor incarne ce passage. À partir des années 1940 et 1950, avec les Expéditions polaires françaises, il installe durablement l’idée que les régions polaires sont aussi des laboratoires du monde, des terrains d’observation essentiels pour la glaciologie, la météorologie et la compréhension des milieux extrêmes. Même si son nom appartient à une autre génération que celle de Shackleton ou Charcot, il joue un rôle charnière dans cette continuité française de l’aventure polaire. 
Jean-Louis Étienne s’inscrit pleinement dans cet héritage, mais avec une tonalité très contemporaine. En 1986, il devient le premier homme à atteindre le pôle Nord en solitaire, à ski, en tirant son traîneau sur une banquise instable, après 63 jours d’effort. L’exploit est immense, physique, mental, logistique. Pourtant, ce qui frappe déjà chez lui, c’est que la performance n’est jamais coupée de son sens. Le pôle n’est plus seulement un sommet d’aventure. Il devient un lieu d’observation, presque un témoin avancé des dérèglements de la planète.  Cette bascule apparaît encore plus nettement avec Transantarctica, menée entre 1989 et 1990 avec une équipe internationale. Plus de 6 000 km à travers l’Antarctique, avec le pôle Sud sur la route, dans une expédition qui a autant de portée symbolique que sportive. À la fin du 20e siècle, les pôles ne sont plus des terres à conquérir. Ce sont des espaces à protéger. Jean-Louis Étienne prolonge ensuite cette logique avec ses projets autour de l’océan Austral et du climat, notamment Polar POD, plateforme océanographique imaginée pour dériver autour de l’Antarctique afin de mieux comprendre l’un des grands régulateurs du système climatique mondial.

 

Ce que racontent vraiment ces expéditions

On croit souvent que l’histoire polaire n’est qu’une succession d’exploits isolés. En réalité, elle dessine une évolution très nette. Avec Nansen, l’exploration devient scientifique et inventive. Avec Amundsen, elle se fait méthodique et redoutablement efficace. Avec Charcot, elle prend une dimension savante et maritime d’une grande élégance. Avec Shackleton, elle révèle jusqu’où peut aller l’endurance humaine dans l’adversité. Avec Jean-Louis Étienne, elle entre pleinement dans l’âge de la conscience climatique. 
Mais au fond, quelque chose demeure inchangé. Le même vertige devant l’espace nu. La même attirance pour ces latitudes où tout devient plus lent, plus rude, plus net. Les grandes expéditions polaires ne parlent pas seulement de distance ou de records. Elles parlent de notre besoin d’aller voir au bout du monde ce que nous sommes capables d’endurer, de comprendre et, peut-être aujourd’hui plus qu’hier, de préserver.

 

 

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Nathalie Moreau
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Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
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Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
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Sophie Savant-Ros
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
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Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
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Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son TARGA 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
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Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.