Antoine Rioton : « Avec l’AMEL 50.2, nous faisons entrer notre 50 pieds dans une nouvelle génération »
Antoine Rioton : "L’AMEL 50 a été mis à l’eau en 2017, puis présenté à Cannes au mois de septembre de la même année. Nous arrivons donc bientôt à 10 ans d’existence pour ce modèle. Pour nous, il était temps de présenter quelque chose de nouveau.
Un nouveau bateau représente toujours un investissement très important, surtout pour un chantier de notre taille. Certains concurrents renouvellent leurs modèles plus régulièrement, mais ils en ont aussi les moyens. Chez AMEL, nous avons une approche différente, qui correspond à l’ADN de la marque. Nous aimons faire durer un produit, le peaufiner, l’améliorer, l’affiner au fil des années. Nous ne cherchons pas à changer de modèle tous les 3 ans. Quand un bateau fonctionne, notre logique consiste plutôt à le faire progresser."
Antoine Rioton : "C’est d’abord une question de chronologie. L’AMEL 60 est arrivé 2 ans après l’AMEL 50. Il était donc assez logique de commencer par l’évolution du 50. Si l’un de nos 2 modèles avait rencontré un problème particulier, nous aurions évidemment pu revoir cet ordre, mais les 2 bateaux se commercialisent bien.
L’AMEL 50 est aussi le modèle que nous produisons en plus grande quantité. Aujourd’hui, notre capacité de production est d’environ 20 unités par an, avec 15 AMEL 50 et 5 AMEL 60. On peut donc dire que le 50 est notre produit phare. Avec l’AMEL 50.2, nous ne voulions pas bouleverser le modèle, mais le faire évoluer de manière utile, avec des améliorations concrètes sur l’ergonomie, les volumes de froid, la capacité de carburant, l’autonomie et la vie à bord."
Antoine Rioton : "La réflexion n’a pas vraiment porté sur ce que nous allions abandonner, mais plutôt sur ce que nous pouvions apporter de plus. L’AMEL 50 repose déjà sur une base très solide. Il fallait donc travailler sur les points capables d’améliorer réellement l’usage du bateau.
Nous avons notamment beaucoup travaillé sur la circulation dans le cockpit. Une table dans un cockpit central, c’est toujours un élément contraignant, presque un casse-tête. Nous avons donc cherché à rendre les déplacements plus fluides. Les winches ont également été repositionnés afin d’être encore plus accessibles. C’est un point important, car la facilité de manœuvre reste l’un des grands marqueurs d’AMEL.
Nous avons aussi retravaillé le vitrage et les montants pour améliorer la visibilité. Sur le pont, des mains courantes ont été ajoutées sur le roof arrière afin de faciliter les déplacements. Ce sont parfois des évolutions discrètes, mais elles changent beaucoup de choses à l’usage, surtout sur un voilier destiné à naviguer longtemps."
Antoine Rioton : "Le bateau reste pleinement dans l’esprit AMEL. C’est un voilier de grande croisière, pensé pour naviguer loin, avec un équipage qui recherche du confort, de la sécurité et une vraie facilité d’utilisation. Mais il fallait aussi l’inscrire dans son époque.
L’AMEL 50.2 mesure 16,70 m de longueur hors tout, avec une longueur de coque de 15,79 m et un bau de 4,99 m. Le tirant d’eau est de 2,20 m et le déplacement lège atteint 21,92 t. Nous restons donc sur une unité conçue pour la stabilité, l’endurance et la sérénité en navigation. L’objectif n’était pas de créer un bateau radicalement différent, mais un bateau cohérent avec son programme. L’AMEL 50.2 est pensé pour vivre à bord, partir longtemps, traverser et enchaîner les navigations sans compliquer inutilement la vie de l’équipage."
Antoine Rioton : "Le cockpit central fait partie des marqueurs forts de la marque. Il est associé à la sécurité, à la protection et à la facilité de manœuvre. Quel que soit le prochain modèle AMEL, vous pouvez être sûr que le cockpit central sera toujours présent.
Sur l’AMEL 50.2, nous avons voulu conserver cette philosophie tout en améliorant l’ergonomie. Le cockpit reste un véritable poste de commande protégé, depuis lequel on peut gérer le bateau. Nous avons donc travaillé sur la circulation, l’accessibilité aux manœuvres et la visibilité. Pour nous, c’est essentiel, car nos bateaux sont souvent menés par des équipages réduits. Il faut que tout reste clair, accessible et rassurant.
Cette facilité d’utilisation est une attente très forte de nos propriétaires. Ils ne recherchent pas seulement un bateau performant ou élégant. Ils veulent un voilier capable de les emmener loin, avec un niveau de confort et de sécurité qui leur permette de naviguer en confiance."
Antoine Rioton : "C’est un sujet que nous avons évidemment intégré. L’autonomie énergétique est devenue une attente importante des propriétaires. Sur l’AMEL 50.2, nous conservons les panneaux solaires sur le hardtop, mais nous proposons désormais, en option, d’en installer également sur le roof avant. Avec les panneaux installés sur les bossoirs, on arrive déjà à environ 900 W. Si l’on ajoute les panneaux sur le roof et le hardtop, on peut obtenir environ 1 200 W supplémentaires selon la configuration. C’est très conséquent pour un bateau de cette taille, et cela correspond à l’usage actuel des propriétaires, qui ont besoin d’énergie pour les équipements de bord, le froid, l’électronique et le confort quotidien.
Nous proposions déjà les batteries lithium, qui apportent beaucoup de flexibilité, et cela reste une continuité importante. Nous avons aussi porté une attention particulière à certains matériaux utilisés à bord, notamment les cuirs synthétiques et différents revêtements. Ce sont des sujets qui comptent de plus en plus, à la fois pour le confort, l’entretien et la durabilité."
Antoine Rioton : "Oui, bien sûr. Les propriétaires attendent aujourd’hui un bateau confortable, agréable à vivre, mais aussi facile à entretenir. Un voilier de grande croisière n’est pas seulement un bateau que l’on utilise pendant quelques jours. Il peut devenir une véritable maison flottante pendant plusieurs semaines, plusieurs mois, parfois plusieurs années. Nous avons donc travaillé sur les aménagements, les volumes, les finitions et les matériaux. Dans la cuisine, par exemple, les volumes de froid sont plus importants, les plans de travail sont généreux et les rangements ont été pensés pour un usage réel en navigation comme au mouillage. Ce sont des éléments très concrets, mais ils deviennent essentiels dans la vie quotidienne à bord.
La cabine arrière a également été retravaillée, avec plus de volume, davantage d’intimité et une meilleure ouverture visuelle vers l’extérieur. L’isolation phonique fait aussi partie des points importants, car le confort à bord ne se limite pas à l’espace ou à l’esthétique. Sur un bateau de voyage, chaque détail finit par compter."
Antoine Rioton : "Nous sommes vraiment dans la continuité de l’AMEL 50, avec une clientèle assez diverse. Nous avons toujours des propriétaires de 60 ou 65 ans qui partent naviguer pendant un certain temps, mais nous avons aussi des profils beaucoup plus jeunes.
Certains clients ont un programme familial sur quelques années. Ils partent naviguer, vivent cette expérience, puis passent ensuite à autre chose. Après la mer, ils peuvent se tourner vers d’autres projets. Les plus jeunes propriétaires que nous avons eus avaient 36, 38, 40 ou 42 ans. Le panel est donc beaucoup plus large qu’il ne l’était avant l’arrivée de l’AMEL 50.
Avec l’AMEL 50.2, je pense que nous restons complètement dans cette lignée. Le bateau peut parler aux fidèles de la marque, mais aussi à des propriétaires qui découvrent AMEL et recherchent un voilier confortable, sécurisant et cohérent pour un programme de grande croisière."
Antoine Rioton : "Oui, tout à fait. Nous avons déjà des bateaux réservés. Il y a de l’intérêt, beaucoup de questions, mais le plus important, ce sont ces réservations que nous allons évidemment essayer de transformer en commandes fermes.
C’est encourageant, parce que le bateau vient seulement d’être annoncé. Cela montre qu’il existe une vraie attente autour de ce modèle. Pour un chantier comme AMEL, c’est un signal important."
Antoine Rioton : "L’AMEL 60 sera remplacé un jour, bien sûr. Est-ce que ce sera un 60.2 ? Je ne sais pas encore. Ce sont des questions que nous nous posons.
Ce qui est certain, c’est que nous devons continuer à évoluer tout en conservant les marqueurs de la marque. Il y a des éléments qui appartiennent à l’ADN AMEL : la sécurité, la facilité de manœuvre, le cockpit central. Ensuite, concernant la dimension exacte du prochain bateau, 58, 60 ou 62 pieds, nous y réfléchissons. Aujourd’hui, il n’y a pas encore de décision ni d’orientation précise. L’important est de rester fidèle à ce que les propriétaires viennent chercher chez nous, tout en répondant aux nouvelles attentes. Les bateaux changent, les usages évoluent, les propriétaires aussi. Mais la philosophie AMEL doit rester lisible."
Avec l’AMEL 50.2, le chantier rochelais choisit de prolonger l’histoire de l’un de ses modèles les plus importants, tout en l’adaptant aux attentes actuelles de la grande croisière. Plus d’autonomie, une ergonomie revue, une circulation facilitée, un confort intérieur renforcé : les évolutions annoncées ne cherchent pas l’effet spectaculaire, mais l’amélioration concrète du bateau au quotidien.
Cette méthode dit beaucoup de la singularité d’AMEL. Le chantier avance avec mesure, en privilégiant la cohérence d’usage à la rupture de style. À quelques mois de sa première mondiale à Cannes, l’AMEL 50.2 s’annonce donc comme un modèle stratégique : assez fidèle pour rassurer les amoureux de la marque, assez modernisé pour séduire une nouvelle génération de navigateurs attirés par le voyage, l’autonomie et la facilité de manœuvre.