Essai Prestige F6.7 : le grand flybridge qui confirme la montée en gamme

© ROMERO JEAN-FRANCOIS

Nouveau navire amiral de la gamme F-Line, la Prestige F6.7 associe de très grands volumes à un dessin étonnamment équilibré. Nous avons essayé cette première unité de 20,45 mètres alors que le vent montait autour de 20 nœuds et que la mer se creusait. De quoi dépasser la simple visite de salon et commencer à juger le comportement de ce yacht français aux lignes italiennes.

À quai, la F6.7 ne cherche pas à dissimuler ses dimensions. Avec 5,17 mètres de largeur, plus de 32 tonnes de déplacement lège et un flybridge qui domine le plan d’eau, elle affiche immédiatement son statut de flagship. Pourtant, ses proportions, ses vitrages étirés et le travail des superstructures évitent toute lourdeur. Le nouveau modèle complète la troisième génération de la gamme F-Line et marque une nouvelle étape dans la montée en gamme de Prestige.

 

© Irwin Sonigo

 

Vingt nœuds de vent pour commencer à juger

C’est à Beaulieu-sur-Mer que nous avons pris en main le numéro un de la série, accompagnés par un skipper de Dark Pelican Riviera qui connaissait parfaitement la zone. Cette unité, configurée pour les salons américains, ne disposait pas de passerelle hydraulique intégrée, les bateaux destinés aux États-Unis étant généralement amarrés le long d’un ponton, et son installation électrique répondait au standard 115 volts/60 hertz. Ces particularités ne doivent donc pas être généralisées aux versions européennes.

Cette mer formée nous a permis d’évaluer la F6.7 sous plusieurs angles : face au clapot, trois-quarts avant, par le travers, puis par mer arrière. Une séquence suffisamment variée pour observer la réaction de la carène et l’influence des importantes superstructures.

La finesse de l’entrée d’eau aide l’étrave à pénétrer le clapot, tandis que les volumes qui s’épanouissent au-dessus de la flottaison préservent l’espace intérieur. À plus de 20 nœuds face à une mer de 1 à 1,20 mètre et à 20 nœuds de vent, les embruns finissent logiquement par atteindre le flybridge. En adaptant légèrement la vitesse, le bateau passe cependant la mer avec sérénité.

À très faible vitesse, la hauteur du bateau se traduit logiquement par un léger roulis lorsque la mer arrive par le travers. Ce roulis reste toutefois contenu. Malgré son volume et la surface exposée au vent, la F6.7 nous a également semblé relativement peu sensible aux rafales dans les conditions rencontrées. L’unité essayée était en outre équipée d’un stabilisateur gyroscopique Seakeeper 14, un élément à prendre en compte dans l’appréciation de son comportement.

Notre unité bénéficiait de la motorisation la plus puissante proposée, avec deux Volvo Penta D13 IPS 1350 de 1 000 chevaux chacun. Deux IPS 1200 de 900 chevaux sont également disponibles. Ces mesures ont été effectuées avec dix personnes à bord, environ 70 % de carburant et 30 % d’eau dans les réservoirs. À 2 000 tr/min, le F6.7 navigue à un peu plus de 23 nœuds pour une consommation légèrement supérieure à 200 l/h. À pleine puissance, il dépasse les 30 nœuds, mais la consommation franchit alors les 350 l/h. Pods IPS, joysticks et propulseur d’étrave proportionnel facilitent par ailleurs les manœuvres portuaires. Le F6.7 intègre également SEANAPPS, qui permet au propriétaire de suivre à distance les principaux systèmes du bord depuis une application, un complément pertinent pour la surveillance du yacht lorsqu’il reste au port.

 

© Irwin Sonigo

 

Une signature italienne, une construction française

La F6.7 a été imaginé par le designer italien Camillo Garroni, tandis que l’architecture navale a été confiée à J&J Design et le développement à Prestige Engineering. La collaboration entre Garroni Design et Prestige remonte au premier Prestige 41, lancé en 1989. Près de quatre décennies plus tard, cette fidélité se lit encore dans la silhouette du bateau comme dans ses aménagements.

L’influence italienne apparaît dans la sobriété des lignes, les associations de matières et l’intégration des éclairages. À bord, le bois clair, les tissus naturels, le cuir, le rotin et les surfaces laquées composent un univers luxueux mais très épuré. Cette ambiance n’est naturellement pas figée : le chantier propose plusieurs coloris et harmonies de matières afin de personnaliser l’intérieur. La qualité perçue progresse nettement : assemblages, sellerie et soin des détails confirment que Prestige veut désormais rivaliser aussi sur la finition et l’ambiance.

 

© Irwin Sonigo

 

Un plan de pont particulièrement réussi

La poupe est l’un des espaces les plus convaincants de la F6.7. La grande plateforme hydraulique facilite la baignade, la mise à l’eau d’une annexe ou l’utilisation des jouets nautiques. L’échelle de bain, directement intégrée à la plateforme avec de larges marches en bois, est nettement plus agréable à utiliser qu’une échelle classique. Au-dessus, le vaste bain de soleil rapproche réellement les passagers de l’eau, tandis que quelques marches suffisent pour rejoindre le cockpit protégé.

Cette organisation sur deux niveaux associe une véritable terrasse arrière à un cockpit destiné aux repas, avec une circulation naturelle et des rangements intégrés.

À l’autre extrémité du bateau, la plage avant se montre elle aussi modulable. Sa grande banquette peut être complétée par un bain de soleil ou aménagée en dînette, tandis qu’un dispositif d’ombrage permet de profiter de cet espace lorsque le soleil devient plus présent. Un second lieu de vie extérieur, plus intime au mouillage comme au port.

Le travail mené sur les volumes avant profite directement aux aménagements : il libère de l’espace dans la cabine avant, notamment dans la suite propriétaire, tout en améliorant la largeur et l’agrément de la plage avant.

 

© Irwin Sonigo

 

Un flybridge de 26 m² pensé comme un rooftop

Avec 26 m² annoncés, le flybridge est pensé comme un véritable rooftop sur la mer, capable de devenir salon, salle à manger ou zone de détente. Plusieurs implantations arrière sont proposées, avec banquettes ou bains de soleil. Plus au centre, une grande table et une cuisine extérieure permettent de profiter de cet espace sans multiplier les déplacements vers le pont principal.

Sur cette version américaine, le hard-top était entièrement fixe. Dans des zones de navigation particulièrement ensoleillées, la priorité est donnée à l’ombre sur le flybridge, tandis que les vastes plages avant et arrière offrent déjà de généreux espaces découverts. Des protections solaires supplémentaires sur mâts en carbone complétaient l’installation.

Il n’est en revanche pas possible de fermer complètement ce rooftop avec des toiles transparentes. Sur la F6.7, une telle enceinte augmenterait la prise au vent et dégraderait la stabilité du bateau ; le bureau chargé de l’homologation n’a donc pas validé cette configuration. Prestige peut proposer ce type de fermeture sur certains de ses catamarans, dont la plateforme est naturellement plus stable. La limite est surtout sensible sur le marché américain, où de nombreux propriétaires aiment continuer à utiliser leur bateau au port pendant l’hiver et apprécient de pouvoir transformer le flybridge en salon entièrement protégé.

Une cuisine au centre de la vie intérieure

Le pont principal impressionne par la lumière et la vue offerte par les grandes surfaces vitrées. Sur l’unité essayée, l’espace central s’organisait autour d’un îlot de cuisine, au contact du salon, de la salle à manger et du cockpit. Le chantier propose également, dès la commande, un autre aménagement du pont principal avec une banquette à bâbord et une table repliable. Il ne s’agit pas d’un élément mobile, mais de deux configurations distinctes choisies lors de la définition du yacht.

L’unité essayée associait une menuiserie Sand Oak à une sellerie intérieure Alaska Limestone. Les tons clairs, les éclairages indirects et les lignes très simples renforcent l’impression d’espace. Le luxe est présent, mais sans surcharge décorative. Un soin particulier a été apporté aux grilles de diffusion de la climatisation, intégrées aux boiseries au point de devenir presque imperceptibles. Ce traitement, sur lequel le chantier a insisté à plusieurs reprises, participe directement à la qualité perçue. C’est probablement ici que la montée en gamme de Prestige se remarque le plus.

 

© Irwin Sonigo

 

Un pont inférieur modulable, jusqu’à quatre cabines

La F6.7 est proposée en trois cabines de série, avec une quatrième cabine en option. L’unité essayée disposait de quatre cabines : une suite propriétaire généreuse dotée d’un sofa et de nombreux rangements, une cabine VIP et deux cabines invités. Les vitrages de coque, l’éclairage travaillé et la circulation aisée renforcent la sensation d’espace, tandis que les cabines réservées aux invités conservent le même soin de finition.

À l’arrière, la cabine marin comprend deux couchettes superposées et un espace sanitaire. Un accès étanche communique directement avec la salle des machines, ce qui facilite les contrôles et les interventions sans traverser les espaces réservés aux propriétaires.

 

© Irwin Sonigo

 

Notre verdict

La Prestige F6.7 combine de grands volumes, une circulation simple et une silhouette équilibrée. Son flybridge, sa plateforme arrière et son intérieur lumineux en font un yacht pensé pour vivre longtemps à bord. Mais le principal enseignement est la progression du chantier en qualité, en sophistication et en cohérence. Le dessin de Camillo Garroni apporte une élégance italienne immédiatement perceptible, tandis que la fabrication française conserve une approche rationnelle.

La mer formée a également montré que ce grand flybridge ne se limite pas à ses aménagements. La F6.7 est un très beau bateau, luxueux sans ostentation, modulable et représentatif de la nouvelle ambition de Prestige.

 

© Irwin Sonigo

 

On a aimé

- Le dessin élégant et les proportions équilibrées malgré le volume ;

- La qualité des finitions et l’ambiance intérieure très épurée ;

- Le flybridge de 26 m², modulable et conçu comme un véritable rooftop ;

- La grande plateforme hydraulique et la proximité avec la mer ;

- La luminosité, les volumes et la circulation à l’intérieur ;

- L’intégration presque invisible des grilles de climatisation dans les boiseries ;

- SEANAPPS pour le suivi à distance des systèmes du bord.

On a moins aimé

- Quelques détails d’accastillage sur cette toute première unité : l’absence de chaumard correctement placé pour les pointes arrière et l’absence de prise pour se tenir au niveau de la casquette lors de l’accès à la plage avant, un point déjà identifié par le chantier ;

- Le retour de cloison à bâbord, au niveau de la porte latérale, qui rompt légèrement la perspective depuis l’entrée arrière ; un élément plus discret, éventuellement traité en miroir, préserverait mieux la continuité visuelle ;

- L’impossibilité de fermer entièrement le flybridge avec des toiles transparentes, une limite qui pourra compter pour certains propriétaires souhaitant utiliser ce salon en hiver.

 

© Irwin Sonigo

 

Fiche technique

Longueur hors tout : 20,45 m

Largeur : 5,17 m

Tirant d’eau : 1,69 m

Déplacement lège : 32 497 kg

Capacité carburant : 3 400 l

Capacité d’eau douce : 710 l

Chauffe-eau : 80 l

Couchages : 6/8 personnes, plus deux équipiers en option

Catégories de conception : B12 / C14 / D14

Motorisations : 2 x Volvo Penta D13 IPS 1200 de 900 ch ou 2 x D13 IPS 1350 de 1 000 ch

Motorisation de l’unité essayée : 2 x Volvo Penta D13 IPS 1350 de 1 000 ch

Concept et design : Garroni Design

Architecture navale : J&J Design

Décoration intérieure : Prestige Engineering

Prix public indicatif de base : 2 350 000 € HT

Prix indicatif de l’unité essayé : 3 198 650 € HT

 

© Irwin Sonigo

 

La Prestige F6.7 est à découvrir lors du Yachting Festival de Cannes jusqu'au 13 septembre, au Vieux Port quai Pantiero stand PAN102.

L'équipe
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
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Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
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Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
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Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel ULRICH a navigué en plaisance le long de la côte atlantique, et embarqué au long cours sur des navires de la marine marchande, accumulant une large expérience de nombreuses expéditions maritimes. Il est un bénévole engagé à la SNSM (canotier, ancien vice-président de la station de l’Herbaudière) depuis plus de dix ans. Capitaine 200 UMS, il est maintenant auteur et conférencier dans le domaine de l’histoire maritime, lauréat (mention 2024) de l’Académie de Marine, auditeur de l’Académie de Marine, membre associé de la Fédération Maritime (Maison de la Mer à Nantes).
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Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
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Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.