Sécurité en mer : les 5 équipements vraiment indispensables
À une quarantaine de milles de l’île d’Yeu, un navire commence à prendre rapidement l’eau. L’envahissement du compartiment moteur devient incontrôlable, l’électricité commence à défaillir et l’équipage comprend qu’il va falloir abandonner. Deux radeaux sont mis à l’eau. Un appel de détresse a été transmis par VHF. Lorsque le bateau sombre, sa balise 406 MHz se déclenche et transmet sa position. Dans les radeaux, les naufragés disposent également d’une VHF portable. Deux hélicoptères sont engagés, un navire est dérouté et, moins de deux heures après la première alerte, les quatre hommes sont récupérés. Cet accident, analysé par le Bureau d’enquêtes sur les événements de mer, concernait un navire professionnel. Mais son déroulement pourrait presque servir de démonstration grandeur nature de ce que doit être une chaîne de survie efficace : donner l’alerte, transmettre sa position, disposer d’un moyen d’abandon réellement utilisable, continuer à communiquer et rester repérable jusqu’à l’arrivée des secours.
C’est là que se trouve l’un des angles morts de la sécurité en plaisance. Le problème n’est pas toujours l’absence de matériel obligatoire. C’est parfois un équipement rangé trop loin, une balise jamais enregistrée, une batterie déchargée, un gilet que l’on possède mais que l’on ne porte pas, un radeau inaccessible lorsque le bateau est couché sur le flanc ou une VHF portable oubliée au fond d’une cabine. En 2025, près des deux tiers des personnes secourues en mer par la SNSM, hors activité migratoire, relevaient de la plaisance. Plus d’une intervention sur cinq s’est déroulée de nuit. Dans ces conditions, le bon équipement n’est pas celui que l’on peut montrer lors d’un contrôle. C’est celui qui fonctionne encore au moment précis où le bateau, lui, ne fonctionne plus.
Il existe un moment particulièrement critique dans un accident maritime : celui où personne à terre ne sait encore que vous êtes en difficulté. Près de la côte, une VHF ou un téléphone peuvent parfois suffire. Au large, l’équation change. La radiobalise de localisation des sinistres, ou EPIRB, est conçue précisément pour cette situation. Elle émet sur la fréquence internationale de détresse de 406 MHz vers le système satellitaire Cospas-Sarsat, qui transmet l’alerte aux organismes responsables du sauvetage. Son grand avantage tient à sa couverture mondiale et à son indépendance vis-à-vis des réseaux téléphoniques. Les modèles modernes disposent d’un positionnement par satellite beaucoup plus précis que les anciennes générations. Les nouvelles balises peuvent également intégrer un signal AIS destiné à faciliter la localisation finale par les navires se trouvant à proximité.
En France, une EPIRB est obligatoire en navigation hauturière, au-delà de 60 milles d’un abri. Mais raisonner seulement en termes de réglementation revient à passer à côté de l’essentiel. Pour un bateau effectuant régulièrement des traversées, naviguant de nuit ou dans des zones peu fréquentées, elle peut devenir pertinente bien avant cette limite. Au moment du choix, mieux vaut privilégier les fonctions plutôt que la marque : fréquence 406 MHz, positionnement GNSS, autonomie suffisante, mode de déclenchement adapté au programme et, pour les générations les plus récentes, signal AIS. Sur un bateau de grande croisière, un modèle à largage automatique peut également faire la différence si l’équipage n’est plus en mesure d’aller récupérer la balise.
Reste un point essentiel : l’enregistrement. Une balise correctement déclarée permet aux secours d’identifier le bateau, ses caractéristiques et les personnes à contacter à terre. Une EPIRB est donc bien plus utile lorsqu’elle peut dire non seulement « quelqu’un est en détresse », mais également « voici le bateau concerné, voici sa position et voici qui contacter ».
On peut naviguer plusieurs décennies sans ouvrir un radeau de survie. C’est précisément ce qui explique qu’il soit parfois perçu comme encombrant, coûteux et contraignant à entretenir. Jusqu’au jour où un incendie ou une voie d’eau rend le bateau… inhabitable. À cet instant, le radeau cesse d’être un équipement : il devient votre bateau. En France, il fait partie de l’armement imposé pour les navigations les plus éloignées d’un abri. Mais son véritable enjeu n’est pas seulement réglementaire. Il tient à son accessibilité. Un radeau parfaitement sanglé au fond d’un coffre rempli de pare-battages peut paraître bien rangé au port. Avec trente degrés de gîte, de la fumée dans le cockpit et de l’eau au-dessus des planchers, il peut devenir impossible à récupérer. Avant une traversée, un exercice simple consiste à imaginer le bateau privé d’électricité et fortement incliné. Une seule personne peut-elle atteindre le radeau ? Peut-elle le déplacer ? Le bout de déclenchement est-il identifiable immédiatement ? L’équipage sait-il réellement comment procéder ? Il faut aussi résister à une autre tentation : quitter trop tôt son bateau. Tant qu’il flotte et reste habitable, celui-ci demeure généralement plus visible, plus protecteur et plus facile à repérer qu’un radeau. L’abandon doit rester une solution ultime. Le bon radeau n’est donc pas nécessairement le plus sophistiqué. C’est celui dont la capacité correspond à l’équipage, qui convient à la zone de navigation et que l’on peut réellement mettre à l’eau lorsque la situation se dégrade.
Le paradoxe est connu de tous les sauveteurs : les bateaux disposent de gilets, mais leurs équipages ne les portent pas… souvent ! Selon la SNSM, huit noyades sur dix auraient pu être évitées si les victimes avaient porté un gilet de sauvetage. Un gilet rangé dans une cabine respecte peut-être une obligation réglementaire. Sur une personne tombée à l’eau, son efficacité est évidemment nulle.
Un accident survenu au large de Théoule-sur-Mer l’a rappelé de manière spectaculaire. Un homme tombé à l’eau est resté près de deux heures en mer avant d’être retrouvé de nuit. Son gilet lui a permis de rester à flot sans s’épuiser et ses bandes réfléchissantes ont finalement permis aux sauveteurs de le repérer. Le gilet gonflable automatique présente, pour la plaisance, un avantage déterminant : léger et peu encombrant, il peut être porté toute la journée sans gêner les manœuvres. Son déclenchement automatique devient crucial si la chute est consécutive à un malaise ou à un choc ayant entraîné une perte de connaissance. Encore faut-il l’entretenir : cartouche, système de percussion, état de la vessie, coutures, lampe et sous-cutale doivent être contrôlés régulièrement. Pour les navigations engagées, la visibilité du naufragé doit également être pensée : lampe individuelle, bandes réfléchissantes et, selon le programme, balise personnelle peuvent transformer les chances de récupération de nuit.
Un départ de feu dans le tableau électrique, des batteries noyées, un démâtage emportant l’antenne ou un abandon précipité peuvent transformer une VHF fixe parfaitement fonctionnelle en objet inutilisable. Voilà pourquoi une VHF portable étanche mérite une place à part dans l’équipement de sécurité. Elle n’est pas seulement une radio de secours. Elle peut suivre l’équipage dans le cockpit, l’annexe ou le radeau. Elle permet de parler au CROSS, mais aussi aux navires ou aux moyens de sauvetage approchant de la zone. Contrairement au téléphone, un appel sur le canal 16 peut être entendu simultanément par plusieurs navires à proximité. L’accident évoqué plus haut en est une excellente illustration : lorsque le bateau a sombré, l’équipage a conservé une VHF portable dans le radeau et a pu communiquer avec un navire dérouté vers sa position. La VHF fixe appartenait au bateau ; la portable, elle, était restée avec les hommes.
Pour bien la choisir, il faut privilégier une véritable étanchéité, une bonne autonomie, une flottabilité positive, des commandes faciles à manipuler avec des mains mouillées ou des gants et un accès immédiat au canal 16. Un autre détail compte : ne pas ranger la VHF de secours juste à côté de la radio principale. Un incendie ou une voie d’eau pourrait neutraliser simultanément les deux appareils.
Une plaie profonde à la main, une chute dans la descente, une brûlure, une fracture ou une hémorragie n’ont pas la même conséquence à terre et à quarante milles des côtes. En mer, la prise en charge commence avec les personnes présentes à bord. La réglementation française impose une trousse de secours pour les navigations les plus éloignées. Elle comprend notamment compresses stériles, pansements étanches, bandes, gants, antiseptiques, coussin hémostatique et couverture de survie. C’est une base et certainement pas une pharmacie universelle. La composition doit toujours être adaptée au programme de navigation, au nombre de personnes embarquées, à leur âge et à leurs éventuelles pathologies. Une famille naviguant avec de jeunes enfants n’aura pas exactement les mêmes besoins qu’un équipage de deux adultes partant effectuer une traversée de plusieurs semaines. Mais l’équipement le plus important de la pharmacie ne se trouve pas dans la boîte : c’est la compétence. Une formation aux premiers secours, complétée idéalement par une initiation aux situations médicales maritimes avant une grande croisière, augmente considérablement l’efficacité du matériel embarqué. En France, les navigateurs peuvent également solliciter le Centre de consultation médicale maritime de Toulouse, qui fournit une assistance médicale à distance. Encore faut-il conserver un moyen de communication disponible.
La première raison est assez simple : ils ne font pas rêver. Une nouvelle voile, un pilote automatique ou un dessalinisateur apportent une amélioration immédiatement visible. Un radeau ou une balise représentent au contraire une dépense consacrée à un événement dont on espère qu’il ne se produira jamais. La seconde raison vient d’un sentiment trompeur de proximité. « Je navigue seulement près des côtes » paraît rassurant. Pourtant, un homme à la mer à deux milles du rivage peut se trouver dans une situation beaucoup plus critique qu’un bateau immobilisé à cent milles avec un équipage sain, une balise et des moyens de communication.
Enfin, nous confondons trop souvent possession et préparation. Acheter une balise ne suffit pas : il faut l’enregistrer. Posséder un gilet ne suffit pas : il faut le porter. Embarquer un radeau ne suffit pas : il faut pouvoir le sortir. Avoir une VHF ne suffit pas : il faut connaître la procédure de détresse. Une pharmacie parfaitement équipée ne sert pas à grand-chose si personne ne sait arrêter une hémorragie.
On serait tenté d’imaginer une carte de la sécurité avec l’Atlantique Nord en rouge et la navigation côtière en vert. La réalité est plus complexe. Chaque équipement répond à une géographie différente du danger. La balise devient essentielle lorsque les communications classiques perdent en efficacité. Le radeau prend toute son importance lorsque l’abandon du navire ne peut plus être suivi d’un sauvetage immédiat. La VHF portable est particulièrement précieuse dans les zones fréquentées, où un bateau voisin peut devenir le premier secours. Le gilet, lui, n’a pratiquement aucune zone blanche : ponton, annexe, navigation côtière, sortie de pêche ou transatlantique.
Les meilleurs équipements de sécurité ont finalement tous la même fonction : acheter du temps. Quelques minutes de flottabilité supplémentaires grâce au gilet. Une position transmise instantanément par une balise. Plusieurs heures d’abri dans un radeau. Une communication maintenue après la perte du bateau. Une hémorragie contrôlée en attendant une évacuation. En mer, ce temps-là peut être la différence entre un accident que l’on racontera quelques jours plus tard autour d’un verre et un drame que personne n’avait imaginé en larguant les amarres…
Avant de partir en mer, pensez à vous équiper du Bloc Marine : vous trouverez à bord les documents obligatoires et notamment la liste du matériel obligatoire selon votre navigation.