Croisière : comment préparer la pharmacie de bord vraiment utile ?

Culture nautique
Par Virginie Lepoutre

En mer, la pharmacie de bord ne se juge ni à son volume ni à son prix, mais à sa capacité à aider un équipage à décider, traiter voire tenir jusqu’à une prise en charge médicale. Zone de navigation, durée, composition de l’équipage, cadre légal, formation minimale… Construire un kit médical vraiment utile relève d’une méthode plus que d’une liste imposée !

En mer, la pharmacie de bord ne se juge ni à son volume ni à son prix, mais à sa capacité à aider un équipage à décider, traiter voire tenir jusqu’à une prise en charge médicale. Zone de navigation, durée, composition de l’équipage, cadre légal, formation minimale… Construire un kit médical vraiment utile relève d’une méthode plus que d’une liste imposée !

Croisière : embarquer un kit médical vraiment utile

Sur un bateau de croisière, la pharmacie du bord est souvent pensée comme un objet rassurant. Un sac bien rempli, rangé dans un coffre, censé couvrir tous les scénarios. Dans la réalité, ce raisonnement montre vite ses limites. En mer, un problème médical ne se résout pas par l’accumulation de boîtes, mais par la capacité de l’équipage à observer, décider, traiter et surveiller une situation jusqu’à l’arrivée éventuelle d’une aide extérieure.

La pharmacie utile n’est donc pas une collection de médicaments, mais un système. Un système pensé pour fonctionner dans un environnement contraint, avec des délais parfois longs avant un accès aux soins, et une assistance médicale souvent assurée à distance. Cette logique, bien connue du monde maritime professionnel, s’impose de plus en plus en plaisance, notamment avec le développement de la télémédecine maritime.

L’enjeu n’est pas de tout prévoir, mais de savoir gérer ce qui arrive réellement en croisière.

Le bon point de départ : le temps, pas la blessure

La première erreur dans la conception de sa pharmacie du bord consiste à imaginer uniquement l’accident spectaculaire. Or, l’expérience montre que les situations médicales rencontrées en mer sont le plus souvent banales dans leur origine, mais complexes dans leur gestion. Plaies qui s’infectent, douleurs persistantes, malaises, déshydratation, troubles digestifs, réactions allergiques ou problèmes dentaires sont bien plus fréquents qu’un traumatisme grave.

Ce qui transforme un incident anodin en situation critique, c’est le délai. Un problème médical n’a pas la même gravité selon que l’on se trouve à quelques milles d’un port ou à plusieurs jours de toute assistance. Construire sa pharmacie commence donc par une question simple : combien de temps l’équipage devra-t-il tenir seul en cas de souci ?

Cette réflexion rejoint d’ailleurs la logique de la réglementation française, qui raisonne en distance à un abri pour définir le contenu minimal des trousses de secours. Cette base réglementaire constitue un socle, mais elle ne suffit pas à couvrir la diversité des pratiques de croisière. 

Zone, durée, équipage : les vrais critères de construction

La zone de navigation ne se résume pas à une latitude ou à un bassin. Elle détermine l’accès aux soins, la qualité des escales, le climat et les risques sanitaires. Naviguer en Méditerranée en été, en zone tropicale ou dans des régions peu équipées n’implique pas les mêmes priorités. Les problèmes infectieux, les troubles digestifs ou les plaies mal cicatrisées prennent une importance particulière dès que l’accès à un médecin devient irrégulier.

La durée de la croisière change également la donne. Plus le temps passé à bord est long, plus la pharmacie doit intégrer la notion d’usure. Les dates de péremption, les emballages endommagés par l’humidité ou la chaleur, et la consommation progressive des produits essentiels deviennent des facteurs de risque à part entière. Une pharmacie efficace est une pharmacie suivie, vérifiée et réorganisée dans le temps.

Enfin, la composition de l’équipage est sans doute le critère le plus déterminant. Un couple, une famille avec enfants, un équipage multigénérationnel ou la présence de pathologies connues imposent des choix différents. Les traitements personnels doivent être identifiés, stockés correctement et disponibles en quantité suffisante. Une allergie, un asthme ou une maladie chronique mal anticipée peut rapidement devenir un problème de sécurité à bord.

Le cadre légal : un point souvent négligé

Embarquer des médicaments en croisière internationale n’est pas anodin. Certaines substances sont strictement encadrées selon les pays, et voyager avec des médicaments sans ordonnance ou sans justificatif peut exposer à des contrôles compliqués, voire à des sanctions.

La règle est simple : tout médicament prescrit doit pouvoir être justifié. Ordonnances originales, noms génériques, posologies et, si nécessaire, documents spécifiques doivent accompagner la pharmacie. Ce dossier médical du bord, souvent négligé, est pourtant précieux en cas de consultation à distance ou de passage de frontière.

À l’inverse, l’idée d’embarquer des médicaments puissants « au cas où » est rarement pertinente. Une pharmacie utile privilégie des solutions adaptées à un usage clair, maîtrisé et compréhensible par l’équipage.

Transformer une trousse en outil de décision

Une pharmacie efficace repose sur quelques principes simples. Elle doit être organisée de manière intuitive, afin de permettre une réaction rapide sans tout vider sur la table à cartes. Elle doit aussi permettre la mesure et l’observation. La capacité à transmettre des informations objectives à un médecin à distance est aujourd’hui un élément central de la sécurité en mer.

La traçabilité fait partie intégrante du dispositif. Savoir ce qui a été administré, quand et à qui, permet un suivi cohérent et évite les erreurs. Cette rigueur, inspirée des pratiques professionnelles, est parfaitement transposable à la plaisance sans la rendre contraignante.

Enfin, la pharmacie ne doit pas être un objet mystérieux réservé à une seule personne. Les gestes de base, le rangement et les procédures simples gagnent à être connus de plusieurs membres d’équipage. En situation dégradée, la redondance des compétences est un facteur clé de sécurité.

La formation : le vrai multiplicateur d’efficacité

Aucun kit médical ne compense un manque de formation. Le niveau requis n’est pas celui d’un professionnel de santé, mais celui d’un équipage capable de reconnaître une situation, d’agir sans précipitation et de communiquer efficacement avec une assistance médicale.

Une formation solide aux premiers secours constitue un minimum. Pour des navigations plus engagées, s’inspirer des standards offshores permet de mieux structurer la réponse médicale à bord. La capacité à observer, traiter, surveiller et documenter une situation est bien plus précieuse qu’un sac surdimensionné.

L’objectif est clair : faire en sorte que la pharmacie du bord augmente la capacité de décision de l’équipage, plutôt que de créer un faux sentiment de sécurité.

La bonne pharmacie ?

Une pharmacie de bord vraiment utile ne cherche pas à impressionner. Elle est cohérente avec la zone de navigation, adaptée à la durée de la croisière, personnalisée à l’équipage et intégrée dans une logique de décision et d’assistance médicale à distance.

En mer, vous n’embarquez pas une liste de médicaments, mais vous construisez une capacité. Celle de tenir, de soigner, de décider et, si nécessaire, de renoncer à temps... C’est cette approche méthodique, plus que le contenu d’un sac – qui doit pourtant comporter tout ce dont vous pouvez avoir besoin - , qui fera la différence.

Avant de partir en mer, pensez à consulter les prévisions météo sur METEO CONSULT Marine.

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Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
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Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
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Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
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Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son TARGA 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
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Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.