Route du Rhum 2026 : Ultim, IMOCA, Ocean Fifty, Class40, Vintage… quelles différences entre les bateaux engagés ?
Le 1er novembre 2026, lorsque la flotte de la Route du Rhum - Destination Guadeloupe quittera Saint-Malo, il faudra s’attendre à des différences impressionnantes entre les bateaux. Sur la même ligne se retrouveront les gigantesques Ultim, les IMOCA du Vendée Globe, les trimarans Ocean Fifty, les Class40 et deux catégories bien particulières : Vintage Mono et Vintage Multi. Au total, six familles de bateaux pour une seule destination, Pointe-à-Pitre, située à environ 3 542 milles nautiques de Saint-Malo. À première vue, difficile d’imaginer une même compétition réunissant des machines aussi différentes. Pourtant, c’est précisément ce qui fait la singularité du Rhum.
Pour comprendre le plateau de 2026, il faut revenir à la naissance de l’épreuve. À la fin des années 1970, la grande transat anglaise en solitaire décide de limiter la taille des bateaux. Michel Etevenon prend le contre-pied de cette évolution et imagine une nouvelle transatlantique française où la liberté technique doit rester centrale. En 1978, la première Route du Rhum accueille donc aussi bien les monocoques que les multicoques, sans limitation de taille, et permet aux professionnels comme aux amateurs de s’aligner.
Trente-huit marins prennent alors le départ. Et dès cette première édition, la pertinence de cette confrontation entre bateaux radicalement différents éclate au grand jour. Le petit trimaran Olympus Photo de Mike Birch bat l'immense monocoque Kriter V de Michel Malinovsky pour seulement 98 secondes après plus de 23 jours de mer.
La philosophie du Rhum est posée : laisser les architectures s’affronter sur l’océan. Mais la course au large va profondément évoluer. Les bateaux deviennent plus rapides, plus spécialisés et surtout organisés autour de jauges précises. La Route du Rhum conserve son ouverture, tout en structurant progressivement son immense flotte en différentes classes. Aujourd’hui, il ne s’agit donc plus réellement de savoir si un Class40 peut battre un Ultim : chacun dispute la victoire dans sa propre catégorie. En 2026, cette diversité prend la forme de six groupes : Ultim, IMOCA, Ocean Fifty, Class40, Vintage Mono et Vintage Multi.
Ce sont les bateaux qui devraient logiquement ouvrir le bal à Pointe-à-Pitre. Les Ultim représentent aujourd’hui ce que la course au large peut produire de plus spectaculaire. Ces maxi-trimarans atteignent jusqu’à 32 mètres de long pour 23 mètres de large. À titre de comparaison, un Class40 mesure un peu plus de 12 mètres. Mais la différence ne tient pas seulement aux dimensions. Les Ultim modernes utilisent d’immenses foils capables de soulever progressivement les coques et de réduire considérablement la traînée dans l’eau.
Le résultat est saisissant : dans de bonnes conditions, ces bateaux peuvent dépasser les 50 nœuds, soit plus de 90 km/h, avec un seul marin à bord. Leur mât dépasse 35 mètres et leur voilure peut excéder 300 m². À ces vitesses, le skipper doit autant piloter une machine qu’il doit naviguer. Les efforts sont gigantesques, les manœuvres doivent être anticipées et le moindre choc avec un objet flottant peut avoir de lourdes conséquences.
Le niveau atteint par ces bateaux se lit aussi dans le chronomètre. En 2022, Charles Caudrelier a établi le record de la Route du Rhum en rejoignant la Guadeloupe en 6 jours, 19 heures, 47 minutes et 25 secondes.
Quelques mètres plus courts mais tout aussi sophistiqués, les IMOCA constituent l’autre grande vitrine technologique de la course au large française. Ce sont les fameux monocoques de 60 pieds, soit 18,28 mètres, utilisés notamment sur le Vendée Globe. Leur jauge limite aujourd’hui la longueur de coque à 18,28 mètres, la largeur à 5,85 mètres et le tirant d’eau à 4,50 mètres.
Contrairement aux Ultim, ils ne possèdent qu’une coque et conservent une quille. Mais les générations les plus récentes sont elles aussi équipées de foils. Leur fonction n’est pas exactement de transformer systématiquement l’IMOCA en bateau totalement volant : en créant de la portance, ils permettent notamment de soulager la coque, de limiter la résistance dans l’eau et d’augmenter considérablement les vitesses moyennes.
La flotte reste cependant hétérogène. Tous les IMOCA ne sont pas de dernière génération et certains bateaux naviguent encore sans foils. C’est aussi l’une des particularités de cette classe : des architectures issues de plusieurs générations continuent à s’affronter. Surtout, ces bateaux ont été pensés pour affronter les conditions les plus difficiles de la planète. Depuis 2000, la jauge IMOCA impose notamment qu’ils puissent démontrer leur capacité à se redresser sans assistance extérieure après un chavirage.
Ils sont beaucoup plus petits que les Ultim, mais leur silhouette peut facilement prêter à confusion pour le grand public. Les Ocean Fifty sont eux aussi des trimarans de course, mais leur longueur est limitée à environ 15 mètres : entre 15 et 15,24 mètres selon la jauge, pour une largeur maximale de 15,24 mètres.
Autrement dit, ces bateaux sont presque aussi larges que longs. Cette architecture leur donne une puissance impressionnante pour leur taille. Leur mât avoisine 26 mètres, leur voilure peut dépasser 200 m² et les modèles équipés de foils peuvent atteindre des pointes supérieures à 35 nœuds.
Ils occupent ainsi une place très particulière entre les immenses Ultim et les monocoques. Leur rapport poids-puissance et leur largeur en font des machines extrêmement rapides mais exigeantes. En solitaire, gérer un trimaran de 15 mètres lancé à plus de 30 nœuds demande une vigilance permanente. La compétition y est également particulièrement serrée : en 2022, seulement 18 minutes avaient séparé les deux premiers Ocean Fifty après la traversée de l’Atlantique.
Avec leurs 12,18 mètres, les Class40 paraissent presque modestes lorsqu’ils sont amarrés à proximité d’un Ultim. Pourtant, ils constituent l’une des classes les plus dynamiques de la course au large. Le concept est né en 2004 autour d’une idée assez simple : permettre de courir au large sur un bateau performant sans atteindre les budgets des catégories supérieures. La jauge encadre donc fortement les bateaux afin de contenir les coûts tout en laissant suffisamment de liberté aux architectes.
Cette philosophie explique une partie de leur succès. La classe accueille aussi bien des professionnels que des amateurs expérimentés et s’est très rapidement imposée sur la Route du Rhum : dès 2006, 25 Class40 étaient au départ, soit environ un tiers de la flotte de cette édition.
Vingt ans plus tard, ils constituent la classe la plus représentée du millésime 2026 : 49 skippers figuraient parmi les inscrits annoncés par l’organisation au printemps, devant les IMOCA. Moins rapides que les grandes machines volantes, les Class40 passent davantage de temps en mer. La gestion de la fatigue, la fiabilité du bateau et la capacité à exploiter chaque évolution météo prennent alors une importance considérable.
C’est l’une des grandes particularités de cette édition 2026. Les anciennes catégories Rhum Multi et Rhum Mono disparaissent au profit de Vintage Multi et Vintage Mono. Et derrière ce changement de nom se cache une véritable volonté de l’organisation : redonner une place plus forte aux bateaux qui ont écrit l’histoire de la course au large.
Les Vintage Multi regroupent des multicoques de 38 à 79 pieds qui ne correspondent plus aux jauges professionnelles actuelles. On y retrouvera notamment une famille mythique : les anciens trimarans ORMA, véritables Formule 1 de la course au large des années 1990 et 2000. Six d’entre eux sont annoncés au départ en 2026.
Avant l'arrivée des Ultim actuels et de leurs immenses foils, ces trimarans incarnaient déjà une approche radicale de la vitesse océanique. Les revoir traverser l’Atlantique permet donc de mesurer en direct plusieurs décennies d’évolution architecturale. La catégorie ne se limite toutefois pas aux seules machines historiques. L’organisation a également fait évoluer ses critères de sélection pour prendre davantage en compte les préoccupations environnementales et l’éco-conception de certains projets.
Même philosophie chez les monocoques. Les Vintage Mono doivent mesurer au minimum 39 pieds et permettent notamment de retrouver des bateaux issus de générations précédentes de la course au large, dont d'anciens IMOCA.
Ici, la bataille technologique laisse davantage de place à l’histoire du bateau, à sa préparation et au projet du marin. La catégorie mêle notamment des amateurs expérimentés et de grands noms de la course au large. Pour 2026, Jean Le Cam fait partie des skippers annoncés dans cette flotte.
L’enjeu est également patrimonial. Plutôt que de voir disparaître des voiliers devenus trop anciens pour rivaliser dans les classes professionnelles modernes, le Rhum leur offre une nouvelle vie sportive. L'organisation met clairement en avant cette logique de réemploi des unités existantes.
C’est finalement là que réside toute la particularité de la Route du Rhum. Dans beaucoup de compétitions, une jauge cherche à rapprocher les performances des bateaux. Ici, le spectacle vient aussi de leur différence. Le Rhum est devenu au fil des décennies une sorte de photographie grandeur nature de la course au large : les géants Ultim montrent jusqu’où peuvent aller la technologie et la vitesse ; les IMOCA représentent les machines du tour du monde ; les Ocean Fifty concentrent des performances considérables dans 15 mètres ; les Class40 maintiennent une porte d’entrée vers la compétition océanique de haut niveau ; les Vintage entretiennent la mémoire des générations précédentes. Ce plateau n’est donc pas devenu diversifié par accident.
Il l’était avant même que toutes ces classes existent. En 1978, la Route du Rhum revendiquait déjà la confrontation des grands et des petits, des monocoques et des multicoques, des professionnels et des amateurs. À mesure que la course au large s'est professionnalisée, il a simplement fallu créer des catégories permettant à chacun de se mesurer à des bateaux comparables, sans renoncer à cette philosophie initiale. L'arrivée des Class40 sur le Rhum en 2006, puis la montée en puissance des géants aujourd'hui réunis sous la bannière Ultim, illustrent cette adaptation permanente du plateau aux évolutions de la voile océanique.
Et l’édition 2026 pousse cette logique un peu plus loin encore : à côté des machines les plus modernes jamais conçues pour traverser un océan, elle remet volontairement en lumière des bateaux qui racontent les précédents chapitres de cette histoire.
Sur la ligne de Saint-Malo, un Class40 de 12 mètres pourra donc côtoyer un Ultim de 32 mètres, tandis qu'un ancien ORMA naviguera sur le même Atlantique qu'un IMOCA à foils dernier cri. Ils ne courront pas vraiment les uns contre les autres. Mais ils raconteront, ensemble, près d’un demi-siècle d’évolution de la course au large.
Partenaire météo de la Route du Rhum – Destination Guadeloupe, METEO CONSULT met son expertise de la météo marine au service de la course. Ses prévisionnistes suivent l’évolution des conditions sur l’Atlantique pour accompagner les skippers, informer la direction de course et décrypter les grands enjeux météo de la traversée.
Retrouvez toute l’actualité de la Route du Rhum – Destination Guadeloupe dans notre dossier spécial, ainsi que notre analyse météo quotidienne avec METEO CONSULT Marine.





