Route du Rhum - Destination Guadeloupe 2026 : les premiers bateaux prennent possession de Saint-Malo sous les applaudissements
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Il était 12 h 45 lorsque Anne-Claire Le Berre, à bord de son Ocean Fifty Up Wind by MerConcept, a ouvert le bal des arrivées. Derrière elle, les multicoques se sont succédé dans l'écluse, formant une impressionnante procession de mâts sous les yeux des spectateurs installés de part et d'autre du passage. Malgré le crachin breton, les gradins étaient animés et les visiteurs, capuches sur la tête et téléphones à la main, n'ont pas manqué une seconde du spectacle. « Ils sont magnifiques, tous les quatre ans c'est un spectacle qu'on ne loupe pas », confiait l'un d'eux. Pour Dominique, habitué de l'événement, le choix serait vite fait s'il devait embarquer : « Je prendrais un Ocean Fifty, ils ont la bonne taille et ils sont beaux. »
Au fil des arrivées, les premiers bateaux ont pris place dans le bassin Duguay-Trouin, tandis que les IMOCA s'apprêtaient à leur tour à rejoindre la cité corsaire. Sur les quais, les applaudissements ont accompagné les manœuvres et les visiteurs se sont pressés pour observer les voiliers de plus près. Certains découvrent l'événement pour la première fois, tandis que d'autres retrouvent un rendez-vous auquel ils sont attachés depuis plusieurs éditions. C'est notamment le cas de Michel, présent depuis 2010, qui apprécie autant les bateaux que l'atmosphère de la course. « Même si on n'y connaît rien aux bateaux, c'est tellement joli... et puis il y a du rhum ! », plaisante-t-il. Une ambiance populaire et festive qui fait aussi la particularité de cette transatlantique, bien au-delà de sa dimension sportive.
Pendant que les skippers rejoignaient les pontons, le village de la Route du Rhum ouvrait officiellement ses portes. Vers midi, Gilles Lurton, maire de Saint-Malo et président de Saint-Malo Agglomération, a procédé à la traditionnelle coupure du ruban en présence de Joseph Bizard, directeur général d'OC Sport, de Julie Coutts, directrice générale d'OC Sport Pen Duick, et de Camille Pélage, vice-président du Conseil régional de la Guadeloupe. L'édile a salué « un moment fort et fondateur », tandis que le représentant guadeloupéen a évoqué « le début d'une grande aventure », soulignant l'importance de ce rendez-vous qui relie, tous les quatre ans, Saint-Malo à Pointe-à-Pitre.
Pour les organisateurs, la Route du Rhum ne se résume pas à une compétition en mer. « Ce n'est pas seulement une course de bateaux ; c'est une aventure complète et immersive », a rappelé Julie Coutts. Dès cette première journée, les visiteurs ont commencé à investir les allées du village, profitant des animations et de la proximité avec les voiliers pour découvrir l'univers de la course au large. Malgré la météo humide, la musique créole a rapidement réchauffé l'atmosphère, apportant une touche guadeloupéenne au cœur de la cité bretonne. Entre les premiers échanges sur les pontons, les photographies des bateaux et les animations proposées à terre, l'événement a déjà retrouvé son caractère convivial.
L'effervescence de la Route du Rhum dépasse également les bassins et les installations officielles du village. Dans le cadre du OFF du Rhum, l'exposition « La Route de la Victoire » a été inaugurée à la chapelle de la Victoire, offrant aux visiteurs une plongée dans l'histoire de cette transatlantique créée en 1978. Plusieurs maquettes de bateaux légendaires y sont présentées, aux côtés du trophée de la compétition, permettant de redécouvrir les voiliers et les exploits qui ont contribué à construire la réputation de l'épreuve. Accessible gratuitement tous les jours de 10 h à 18 h, cette exposition constitue une autre manière de profiter de l'événement et de mesurer l'évolution de la course au fil des éditions.
Alors que les concurrents se préparent à traverser l'Atlantique vers la Guadeloupe, cette nouvelle édition est aussi l'occasion de revenir sur quelques histoires marquantes de la compétition. Parmi elles figure celle de Jacques Palasset, premier navigateur guadeloupéen à avoir pris part à la Route du Rhum, lors de sa toute première édition en 1978. Âgé de 40 ans, il possède alors une expérience limitée de la navigation hauturière et ne termine son parcours de qualification, entre Pornichet et l'Espagne, que quelques semaines avant le départ. Malgré cette préparation relativement courte, il s'élance de Saint-Malo avec l'ambition de rejoindre son île natale.
Mais la traversée va rapidement prendre une tournure dramatique. Confronté à plusieurs problèmes techniques, privé de moyens de communication, Jacques Palasset démâte à mi-parcours et disparaît des radars. Les jours passent sans qu'aucune nouvelle ne parvienne à terre, faisant craindre le pire à ses proches. Le navigateur est finalement porté disparu et son épouse reçoit même des messages de condoléances. Pourtant, au milieu de l'Atlantique, le Guadeloupéen poursuit sa route et parvient à rejoindre son île dix jours après la victoire de Mike Birch. Lorsqu'il touche enfin terre, un dimanche, il est épuisé et souffre de deux côtes cassées, mais retrouve une foule venue saluer son arrivée. À la sortie de la messe, plusieurs dizaines de personnes se sont rassemblées pour accueillir celui que beaucoup pensaient ne jamais revoir.
Près d'un demi-siècle plus tard, son aventure reste un témoignage marquant de ce qui fait l'histoire de la Route du Rhum, entre dépassement de soi, difficultés de la navigation en solitaire et attachement profond à la Guadeloupe. Des récits qui prennent une résonance particulière à Saint-Malo, alors que les nouveaux concurrents retrouvent progressivement les pontons de la cité corsaire. Avec les premières arrivées, l'ouverture du village et l'enthousiasme du public, la Route du Rhum 2026 entre désormais dans le vif du sujet, avant le grand départ vers Pointe-à-Pitre.