Route du Rhum – Destination Guadeloupe : une première nuit à toute vitesse et déjà des choix stratégiques

© Loïc Venance / AFP
Le Figaro Nautisme
Par Le Figaro Nautisme
Carte de la course Route du Rhum Destination Guadeloupe

Moins de vingt-quatre heures après leur départ de Saint-Malo, les 115 concurrents de la Route du Rhum – Destination Guadeloupe sont déjà plongés dans le vif du sujet. Entre une première nuit musclée, des pointes de vitesse impressionnantes et les premières décisions tactiques au large de l’Irlande, la course a rapidement gagné en intensité. Si les favoris se livrent déjà de belles batailles, la collision entre Violette Dorange et Romain Pilliard a également marqué ce début de traversée.

Retrouvez toute l’actualité de la Route du Rhum – Destination Guadeloupe dans notre dossier spécial, et suivez les skippers en direct grâce à notre cartographie.

Une première nuit intense après l'émotion du départ

La ferveur des quais de Saint-Malo a rapidement laissé place à la solitude du large. Dimanche, les 115 skippers de la Route du Rhum – Destination Guadeloupe se sont élancés dans des conditions particulièrement favorables, portés par les encouragements du public et de leurs proches. Mais à peine sortis de la Manche, les navigateurs ont dû se concentrer sur une tout autre réalité : celle d'une course exigeante, où chaque manœuvre et chaque réglage peuvent déjà faire la différence.

« C'est toujours particulier de se retrouver seul aussi rapidement. Mais on a vite de quoi s'occuper, alors on n'a pas trop le temps de réfléchir », confiait ce lundi matin Tom Laperche, skipper de SVR-Lazartigue. Un sentiment partagé par Pierre Leboucher (Institut Imagine), qui dispute sa première Route du Rhum – Destination Guadeloupe en Class40. Le navigateur garde notamment en mémoire les derniers instants passés avec son équipe, avant de retrouver ses automatismes de compétiteur une fois la ligne franchie.

Pour Ambrogio Beccaria (Allagrande Mapei), l'entrée en matière a été particulièrement offensive. L'Italien a choisi de prendre des risques dès le départ, persuadé que ses adversaires adopteraient une approche plus prudente. Une stratégie qui l'a conduit à frôler le départ anticipé, sans pour autant entamer sa détermination à rester aux avant-postes.

Cette première journée a toutefois été marquée par un incident entre deux concurrents. L'IMOCA Initiatives-Cœur de Violette Dorange et le trimaran Use It Again de Romain Pilliard, engagé en Vintage Multi, sont entrés en collision. Si les deux navigateurs sont indemnes, leurs bateaux ont subi des dommages : le foil tribord de l'IMOCA a été touché, tout comme un flotteur du multicoque. Les deux skippers ont rejoint Roscoff dans la nuit, où leurs équipes techniques se sont mobilisées pour évaluer les réparations nécessaires et envisager une reprise de la course.

Les Ultim dépassent les 30 nœuds, la bataille fait rage en IMOCA

Sur l'eau, les premières heures ont confirmé le potentiel spectaculaire de cette édition. En Ultim, Tom Laperche (SVR-Lazartigue) et Armel Le Cléac'h (Maxi Banque Populaire XI) se sont immédiatement engagés dans un duel serré. Les deux navigateurs ont multiplié les changements de voiles et les ajustements de trajectoire pour conserver leur avantage, dans des conditions devenues progressivement plus musclées à l'approche des îles Scilly.

« On a connu une nuit bien costaud. C'est chouette de réussir à régater comme ça sur ces grandes machines, avec des différences de vitesse de l'ordre du demi-nœud. C'est hyper serré, donc il faut vraiment être à fond », racontait Tom Laperche. Ce lundi, les trimarans géants pourraient encore atteindre des vitesses proches de 35 nœuds, propulsés par un vent d'est-sud-est soufflant entre 15 et 18 nœuds.

Chez les Ocean Fifty, la navigation n'a pas été beaucoup plus reposante. Matthieu Perraut (Elvest) a dû composer avec une mer courte, des accélérations importantes et une visibilité particulièrement réduite pendant la nuit. Malgré ces conditions, le skipper est parvenu à maintenir un rythme soutenu, tout en profitant d'une légère accalmie pour prendre quelques minutes de repos. Basile Bourgnon (Edenred) et Pierre Quiroga (WeWise) figurent également parmi les navigateurs les mieux placés de la catégorie.

En IMOCA, la confrontation s'annonce tout aussi disputée. Ambrogio Beccaria (Allagrande Mapei) a notamment dû revoir ses ambitions face à un renforcement du vent plus rapide qu'anticipé. L'Italien a reconnu avoir hésité à effectuer un changement de voile dans des conditions particulièrement exigeantes, tandis que Sam Goodchild (MACIF Santé Prévoyance) parvenait à réaliser la manœuvre. Un choix révélateur de l'équilibre délicat entre performance et préservation du matériel, alors que la traversée de l'Atlantique ne fait que commencer.

En Class40 et chez les Vintage, personne ne veut céder du terrain

La bataille est également engagée dans les autres catégories de la Route du Rhum – Destination Guadeloupe. En Class40, Pierre Leboucher (Institut Imagine) a réussi une excellente entrée en matière, prenant les commandes malgré des conditions qu'il estime peu favorables aux caractéristiques de son bateau.

À proximité des Sorlingues, les navigateurs ont dû composer avec des variations brutales du vent, parfois passé de 28 à 16 nœuds sous l'effet des dévents générés par les îles. Une situation délicate pour le choix des voiles et la stabilité des trajectoires, mais qui n'a pas empêché le Nantais de conserver un rythme élevé. « Il faut mettre du charbon, mais surtout ne rien casser », résumait-il, conscient que la moindre avarie pourrait rapidement compromettre ses ambitions.

En Vintage Mono, Kieran Le Borgne (Armor-Lux – Le Finistère Assurance) poursuit sa découverte de la course avec enthousiasme. Malgré l'intensité des premières heures et les nombreuses manœuvres imposées par les conditions météorologiques, le skipper se montre satisfait du comportement de son bateau. Après une sortie de Manche particulièrement rapide et une navigation compliquée par la densité du trafic maritime, il a enfin trouvé davantage d'espace pour exploiter son potentiel.

Chez les Vintage Multi, l'expérience semble déjà peser dans la balance. Francis Joyon (Oceans), vainqueur de la Route du Rhum – Destination Guadeloupe en 2018 dans la catégorie Ultim, a pris les commandes ce lundi matin, devant Damien Seguin (Arkéa – Handicap International) et Éric Péron (French Touch Oceans Club), également engagés dans la lutte pour les premières places.

Damien Seguin a notamment souligné la maîtrise de son adversaire lorsque les conditions se sont renforcées. « Dès que ça s'est compliqué, Francis est devenu plus rapide. Il connaît sa machine à la perfection », expliquait-il. Le skipper d'Arkéa – Handicap International a néanmoins profité de la nuit pour affiner ses réglages et retrouver progressivement un rythme comparable à celui de ses concurrents.

Sur ces multicoques plus anciens, la gestion du matériel constitue un enjeu supplémentaire. Les navigateurs doivent exploiter pleinement leurs machines sans dépasser leurs limites, une équation qui pourrait devenir déterminante au fil des prochains jours.

Au sud-ouest de l'Irlande, les premiers grands choix tactiques

Après cette entrée en matière particulièrement rapide, les concurrents abordent désormais une phase stratégique majeure. Au sud-ouest de l'Irlande, les premiers empannages doivent permettre aux différentes flottes de se repositionner vers l'ouest et d'anticiper les systèmes météorologiques qui se dessinent sur l'Atlantique.

Tom Laperche a été l'un des premiers à engager cette manœuvre, peu avant 4 heures ce lundi matin, à environ 155 milles au sud-ouest du phare du Fastnet. Le skipper de SVR-Lazartigue surveille désormais les décisions de ses adversaires, alors qu'un passage météorologique délicat attend les Ultim dans les prochaines heures.

Les trimarans devraient en effet rencontrer un étroit couloir dépressionnaire, caractérisé par des précipitations, une chute brutale du vent, puis un nouveau renforcement de nord-nord-ouest. Ces variations pourraient provoquer d'importants écarts de vitesse et redistribuer les positions au sein d'une flotte encore très regroupée.

Derrière eux, les IMOCA et les Ocean Fifty préparent également leurs changements de cap. Pour Matthieu Perraut, l'enjeu ne consiste pas seulement à négocier le prochain système, mais surtout à anticiper les conditions qui suivront. Les navigateurs pourraient ainsi être amenés à prendre des options différentes, en fonction de leurs analyses météorologiques et de l'évolution des dépressions.

En Class40, Pierre Leboucher considère également le prochain empannage comme une décision déterminante pour la suite de sa course. Le positionnement choisi pourrait influencer sa trajectoire pendant les trois prochains jours, alors que les monocoques progressent en mer Celtique dans une vingtaine de nœuds de vent.

Plus à l'est, les Vintage Mono et Vintage Multi disposent encore de temps avant leurs prochaines grandes manœuvres. Mais leurs skippers regardent déjà vers les Açores, où l'évolution d'une dépression pourrait jouer un rôle décisif. Kieran Le Borgne surveille notamment la possibilité d'arriver trop tard sur ce système, tandis que Damien Seguin envisage une trajectoire vers le nord de l'archipel portugais pour tenter de profiter des conditions les plus favorables.

Une traversée de l'Atlantique qui s'annonce déjà très disputée

Au lendemain du départ, les premières tendances se dessinent sans qu'aucune hiérarchie définitive ne puisse encore être établie. En Ultim, Tom Laperche et Armel Le Cléac'h poursuivent leur duel, tandis qu'Ambrogio Beccaria et Sam Goodchild se montrent particulièrement performants en IMOCA. Les Ocean Fifty restent groupés autour de Basile Bourgnon, Pierre Quiroga et Matthieu Perraut, alors que Pierre Leboucher figure parmi les premiers Class40.

Chez les Vintage, Kieran Le Borgne réalise un début de course encourageant en monocoque, tandis que Francis Joyon, Damien Seguin et Éric Péron se livrent une bataille serrée en multicoque.

Mais au-delà des premières positions, c'est surtout la météo qui pourrait rapidement bouleverser le classement. Les changements de direction du vent, les passages dépressionnaires et les différentes options de trajectoire vont obliger les skippers à multiplier les arbitrages entre vitesse, sécurité et stratégie.

Moins de vingt-quatre heures après avoir quitté Saint-Malo, les concurrents de la Route du Rhum – Destination Guadeloupe ont déjà montré qu'ils n'étaient pas venus pour observer leurs adversaires. La première nuit a été rapide, parfois éprouvante, et les prochains jours promettent de nouvelles confrontations. Alors que les regards se tournent progressivement vers les Açores, la capacité à anticiper les évolutions météorologiques pourrait bien compter autant que la vitesse pure des bateaux.

 

L'équipe
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
Jean-Christophe Guillaumin
Jean-Christophe Guillaumin
Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
Charlotte Lacroix
Charlotte Lacroix
Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
Max Billac
Max Billac
Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
Denis Chabassière
Denis Chabassière
Denis Chabassière
Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
Michel Ulrich
Michel Ulrich
Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel ULRICH a navigué en plaisance le long de la côte atlantique, et embarqué au long cours sur des navires de la marine marchande, accumulant une large expérience de nombreuses expéditions maritimes. Il est un bénévole engagé à la SNSM (canotier, ancien vice-président de la station de l’Herbaudière) depuis plus de dix ans. Capitaine 200 UMS, il est maintenant auteur et conférencier dans le domaine de l’histoire maritime, lauréat (mention 2024) de l’Académie de Marine, auditeur de l’Académie de Marine, membre associé de la Fédération Maritime (Maison de la Mer à Nantes).
METEO CONSULT
METEO CONSULT
METEO CONSULT
METEO CONSULT est un bureau d'études météorologiques opérationnel, qui assiste ses clients depuis plus de 30 ans. Les services de METEO CONSULT reposent sur une équipe scientifique de haut niveau et des moyens techniques de pointe. Son expertise en météo marine est reconnue et ses prévisionnistes accompagnent les plaisanciers, les capitaines de port et les organisateurs de courses au large depuis ses origines : Route du Rhum, Transat en double, Solitaire du Figaro…
Cyrille Duchesne
Cyrille Duchesne
Cyrille Duchesne
Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
Irwin Sonigo
Irwin Sonigo
Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.