Split, Kotor, Dubrovnik : le nouvel eldorado de la voile en Adriatique

Charline David
Par Charline David

Entre les îles croates, les bouches spectaculaires du Monténégro et les remparts dorés de Dubrovnik, l’Adriatique s’impose comme l’une des plus belles destinations voile de l’été. Ici, on navigue de ville historique en crique turquoise, avec cette impression rare de pouvoir conjuguer aventure maritime, patrimoine et douceur méditerranéenne.

L’Adriatique, nouvelle carte postale des plaisanciers

Il y a encore quelques années, l’Adriatique se vivait surtout comme une promesse de vacances ensoleillées, entre plages de galets, villages de pierre et eaux cristallines. Aujourd’hui, elle s’impose aussi comme un immense terrain de jeu pour les amateurs de voile. De Split à Dubrovnik, puis jusqu’à Kotor, la côte déroule un décor spectaculaire où chaque escale semble avoir été pensée pour les navigateurs : ports bien placés, mouillages abrités, îles à portée d’étrave et villes historiques posées au ras de l’eau.

Le succès n’a rien d’un hasard. La Croatie a enregistré plus de 21,8 millions d’arrivées touristiques et 110,1 millions de nuitées en 2025, dont l’écrasante majorité sur le littoral adriatique. Split et Dubrovnik figurent parmi les destinations les plus fréquentées du pays, signe que la côte dalmate reste l’un des grands aimants touristiques d’Europe du Sud. Mais ce qui change, c’est la manière de la découvrir. Au lieu de rester une semaine dans un hôtel, de plus en plus de voyageurs choisissent le bateau comme hébergement, moyen de transport et belvédère flottant. La voile permet de s’extraire de la foule, de rejoindre une crique au petit matin, de dîner dans un port de pêche, puis de repartir au lever du jour vers une nouvelle île. En Adriatique, le voyage se construit au rythme du vent.

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Split, la grande porte d’entrée de la Dalmatie

Split est souvent le point de départ idéal. La ville a tout pour séduire avant même de hisser la grand-voile : une promenade animée en bord de mer, des terrasses qui débordent dès la fin d’après-midi, des ruelles de pierre blonde et surtout le palais de Dioclétien, dont les vestiges antiques forment encore le cœur vivant de la vieille ville. L’UNESCO rappelle que les ruines du palais, édifié entre la fin du IIIe et le début du IVe siècle, se retrouvent dans toute la ville, mêlées aux églises médiévales, palais gothiques, éléments Renaissance et baroques. Pour les plaisanciers, Split a surtout un avantage majeur : sa position. Depuis ses marinas, les îles dalmates sont immédiatement accessibles. Brač, Hvar, Šolta ou Vis deviennent des escales naturelles, parfois à quelques heures de navigation seulement. On quitte l’agitation urbaine, et très vite le paysage change : pinèdes, falaises calcaires, criques transparentes, villages serrés autour d’un clocher, quais où l’on amarre presque au pied des terrasses.

C’est aussi ce qui fait la force de Split : on peut y commencer une croisière très simple, sans chercher l’exploit. Une semaine suffit pour dessiner une boucle magnifique entre îles, mouillages et petits ports. Les navigateurs plus aguerris pousseront plus loin vers le sud, en direction de Korčula, Mljet ou Dubrovnik. Les autres prendront le temps, ce qui est souvent la meilleure façon de réussir une croisière en Adriatique.

 

Une côte taillée pour la navigation plaisir

La Croatie s’est imposée depuis longtemps comme l’un des grands pays européens du nautisme. En 2025, le Bureau croate des statistiques recensait 216 ports nautiques sur la côte, dont 86 marinas, 71 mouillages et 18 850 postes d’amarrage. Les voiliers représentaient aussi la majorité des bateaux en transit utilisant les postes en mer, avec 57,2 % du total. Ces chiffres racontent une réalité très concrète : l’Adriatique croate n’est pas seulement belle, elle est organisée pour accueillir les plaisanciers. On y trouve de nombreuses bases de location, des services techniques, des capitaineries habituées aux équipages internationaux et des itinéraires adaptés à différents niveaux. Pour un premier voyage en voilier, c’est rassurant. Pour les habitués, c’est confortable. Reste une règle d’or : anticiper. En plein été, les places dans les marinas les plus demandées partent vite, les bouées se remplissent tôt et certains ports affichent des tarifs élevés. La bonne stratégie consiste à réserver quand c’est possible, à arriver avant la fin d’après-midi dans les escales très prisées, et à garder une alternative de mouillage. L’Adriatique récompense ceux qui savent être souples.

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Dubrovnik, l’escale mythique au bout des remparts

Plus au sud, Dubrovnik change encore le décor. La ville apparaît depuis la mer comme une forteresse posée sur l’eau, avec ses remparts, ses toits rouges et cette lumière chaude qui transforme la pierre en or au coucher du soleil. C’est une arrivée de cinéma, mais aussi une vraie escale de marin : ici, on comprend immédiatement pourquoi la cité a longtemps été l’une des grandes puissances maritimes de Méditerranée. Dubrovnik attire énormément, parfois trop en haute saison. Mais depuis un bateau, l’expérience prend une autre dimension. On peut choisir de la visiter tôt le matin, lorsque les ruelles sont encore calmes, ou en soirée, quand les groupes de passage se dispersent. Monter sur les remparts, flâner sur le Stradun, s’échapper vers Lokrum, dîner dans une ruelle fraîche : l’escale se savoure mieux quand on accepte de contourner les heures les plus chargées.

La ville reste aussi un excellent point de départ ou d’arrivée pour une croisière plus méridionale. Vers le nord, on rejoint Mljet, Lastovo ou Korčula, entre parcs naturels, villages de pêcheurs et mouillages superbes. Vers le sud, cap sur le Monténégro et les bouches de Kotor, l’un des plus beaux coups de théâtre paysagers de toute l’Adriatique.

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Kotor, le fjord méditerranéen

Kotor est l’escale qui surprend le plus. Pour y arriver, il faut entrer dans les Bouches de Kotor, ce long ruban d’eau cerné par les montagnes, souvent comparé à un fjord même s’il s’agit d’une ria. Le bateau avance dans un décor presque irréel : reliefs abrupts, villages au bord de l’eau, églises posées sur des îlots, reflets sombres sur la baie. Après les îles croates et les remparts de Dubrovnik, Kotor offre une Adriatique plus dramatique, plus verticale, presque théâtrale.

Le site est d’ailleurs exceptionnel à l’échelle patrimoniale. La région naturelle et culturo-historique de Kotor est inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO. Elle couvre la partie la mieux préservée de la baie, avec des villes fortifiées, des palais, des ensembles religieux et un paysage de montagnes qui montent rapidement jusqu’à près de 1 500 mètres. À terre, Kotor se découvre à pied. On se perd dans les ruelles, on grimpe vers la forteresse pour admirer la baie, on s’arrête sur une place ombragée, on prolonge jusqu’à Perast ou vers les îlots de Saint-Georges et Notre-Dame-du-Rocher. Pour une croisière, c’est une parenthèse très différente : moins “îles et baignades”, plus patrimoine, relief et émotion.

 

Un voyage entre mer, culture et art de vivre

Ce qui rend l’itinéraire Split-Kotor-Dubrovnik si séduisant, c’est justement son équilibre. On n’y vient pas seulement pour naviguer. On y vient pour passer, en quelques jours, d’une cité romaine vivante à des îles de carte postale, d’une ancienne république maritime à une baie monténégrine encerclée de montagnes.

Le matin, on plonge depuis la jupe arrière du bateau dans une eau limpide. À midi, on déjeune simplement à bord, tomates, huile d’olive, pain, fromage et poissons grillés achetés au marché. L’après-midi, on tire quelques bords dans une brise thermique. Le soir, on s’attache à un quai, on descend en sandales dans une vieille ville, on retrouve la fraîcheur des ruelles et le bruit des verres sur les terrasses. C’est cette combinaison qui fait de l’Adriatique un nouvel eldorado de la voile. La destination est accessible, dépaysante sans être compliquée, sportive sans être extrême, culturelle sans être figée. Elle parle autant aux plaisanciers confirmés qu’aux voyageurs qui veulent tenter une première croisière avec skipper.

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Comment s’y prendre pour une première croisière ?

Pour ceux qui découvrent la voile, le plus simple reste la location avec skipper. Elle permet de profiter pleinement du voyage sans gérer les manœuvres, les choix météo ou les arrivées de port. Les équipages plus autonomes peuvent opter pour une location sans skipper, à condition d’avoir les permis, l’expérience et les documents nécessaires. La meilleure période s’étend généralement du printemps à l’arrière-saison, avec un vrai pic en juillet-août. Juin et septembre offrent souvent le meilleur compromis : températures agréables, mer encore accueillante, ports moins saturés et ambiance plus douce. En plein été, la magie fonctionne toujours, mais il faut accepter une Adriatique très fréquentée, surtout autour de Hvar, Split et Dubrovnik.

Côté itinéraire, mieux vaut ne pas vouloir tout faire. Split-Dubrovnik peut déjà remplir une belle semaine. Ajouter Kotor demande plus de temps, ou une croisière pensée en aller simple. L’idéal est de garder des marges, car la voile n’aime pas les programmes trop rigides. Un coup de vent, une envie de baignade, un port complet, un village coup de cœur : c’est souvent l’imprévu qui fabrique les meilleurs souvenirs.

 

L’Adriatique, une mer qui se mérite doucement

Split, Dubrovnik, Kotor : trois noms qui sonnent comme une invitation au départ. Trois escales, trois ambiances, trois façons de rencontrer l’Adriatique. La première donne l’élan, avec ses îles toutes proches. La deuxième impose son prestige, avec ses remparts ouverts sur la mer. La troisième bouleverse, avec ses montagnes tombant dans l’eau.

Dans une Méditerranée parfois saturée, l’Adriatique conserve une force particulière : celle d’un voyage où la mer reste au centre. On ne la longe pas seulement, on l’habite. On dort dessus, on la traverse, on la regarde changer de couleur au fil des heures. Et c’est sans doute cela, le vrai luxe de cette destination : retrouver le temps long, celui des départs au lever du soleil, des escales choisies et des soirées où le bateau devient la plus belle chambre avec vue.

Et avant de partir, pensez à consulter les prévisions météo sur La Chaîne Météo Voyage et à télécharger l'application mobile gratuite Bloc Marine.

Crédit photo de couverture : Illustration AdobeStock -  SAndor

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Nathalie Moreau
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Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
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Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
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Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel ULRICH a navigué en plaisance le long de la côte atlantique, et embarqué au long cours sur des navires de la marine marchande, accumulant une large expérience de nombreuses expéditions maritimes. Il est un bénévole engagé à la SNSM (canotier, ancien vice-président de la station de l’Herbaudière) depuis plus de dix ans. Capitaine 200 UMS, il est maintenant auteur et conférencier dans le domaine de l’histoire maritime, lauréat (mention 2024) de l’Académie de Marine, auditeur de l’Académie de Marine, membre associé de la Fédération Maritime (Maison de la Mer à Nantes).
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Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
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Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.