Courants thermohalins : le grand moteur invisible des océans

Culture nautique
Le Figaro Nautisme
Par Le Figaro Nautisme

Sous la surface des mers, loin des vagues, des tempêtes et des routes de navigation, un immense mouvement d’eau traverse la planète. Lent, profond, presque invisible, il transporte la chaleur, le sel et l’énergie d’un océan à l’autre. Ce système, appelé circulation thermohaline, fait partie des grands mécanismes qui régulent le climat mondial.

Sous la surface des mers, loin des vagues, des tempêtes et des routes de navigation, un immense mouvement d’eau traverse la planète. Lent, profond, presque invisible, il transporte la chaleur, le sel et l’énergie d’un océan à l’autre. Ce système, appelé circulation thermohaline, fait partie des grands mécanismes qui régulent le climat mondial.

© AdobeStock - artifirsov

Vu depuis un bateau, la mer semble surtout animée par le vent, la houle, les marées et les courants de surface. Pourtant, l’essentiel se joue aussi beaucoup plus bas, dans les profondeurs. Les océans sont en mouvement permanent, y compris là où rien ne se voit depuis la surface. La circulation thermohaline fait partie de ces forces discrètes qui donnent à l’océan son rôle de régulateur climatique. Elle fonctionne grâce à deux éléments très simples : la température et le sel. Une eau froide et très salée devient plus dense. Elle s’alourdit, plonge vers les profondeurs, puis entraîne avec elle une partie de la circulation océanique mondiale.

Ce mouvement n’a rien d’un courant rapide comme ceux que l’on peut sentir en navigation côtière. Il avance lentement, parfois sur des centaines ou des milliers d’années, mais son influence est considérable. Il relie les océans entre eux, transporte la chaleur des tropiques vers les hautes latitudes et participe à l’équilibre général du climat.

 

Le grand voyage de l’eau autour du globe

L’image la plus parlante est celle d’un immense tapis roulant marin. Dans l’Atlantique, des eaux chaudes remontent vers le nord. En arrivant près du Groenland, de l’Islande et des mers froides de l’Atlantique Nord, elles perdent une partie de leur chaleur dans l’atmosphère. L’eau devient plus froide, plus salée, donc plus lourde. Elle plonge alors dans les profondeurs.

Une fois en profondeur, cette eau ne disparaît pas. Elle repart vers le sud, circule dans l’océan mondial, traverse les grands bassins, puis finit par remonter ailleurs, notamment dans l’océan Austral, le Pacifique ou l’océan Indien. Ce voyage est lent, mais il forme l’un des grands circuits naturels de la planète. Pour un marin, cette idée change la manière de regarder l’océan. La mer n’est pas seulement une surface que l’on traverse. C’est un volume immense, vivant, organisé par des mouvements de surface et de profondeur. Chaque océan a son rôle, mais aucun ne fonctionne vraiment seul.

Pourquoi ce moteur compte autant pour le climat

La circulation thermohaline transporte de la chaleur. C’est son rôle le plus connu. En ramenant des eaux chaudes vers l’Atlantique Nord, elle contribue à adoucir une partie du climat européen. Sans ce transport d’énergie, les équilibres météo ne seraient pas les mêmes sur les façades maritimes de l’Europe.

Mais son rôle ne s’arrête pas là. Cette circulation participe aussi au stockage du carbone dans les profondeurs, à la remontée de nutriments utiles à la vie marine et à la répartition de l’énergie entre les grandes régions du globe. Elle agit comme une machinerie lente, mais essentielle. L’océan est souvent présenté comme un décor, surtout lorsqu’on parle de voyage, de navigation ou de paysages marins. En réalité, il est l’un des grands acteurs du climat. Il absorbe une partie de la chaleur excédentaire, échange de l’énergie avec l’atmosphère et influence les pluies, les températures, les vents et parfois même les grandes anomalies météo.

Le Gulf Stream n’est qu’une partie de l’histoire

Quand on parle de ces grands courants, un nom revient souvent : le Gulf Stream. Ce courant chaud de surface, qui longe la côte est de l’Amérique du Nord avant de se diriger vers l’Atlantique, est célèbre depuis longtemps. Les navigateurs, les scientifiques et les météorologues connaissent son influence sur l’Atlantique Nord.

Mais il ne faut pas tout confondre. Le Gulf Stream est une partie visible et rapide d’un système beaucoup plus vaste. La circulation thermohaline, elle, concerne aussi les profondeurs. Elle ne se limite pas à un courant de surface. Elle forme un ensemble plus large, avec des eaux qui montent, descendent, se déplacent et se transforment au fil de leur parcours. C’est cette mécanique globale qui intéresse aujourd’hui les climatologues. Car si elle venait à ralentir fortement, les effets pourraient se faire sentir bien au-delà de l’Atlantique.

Un système fragilisé par le réchauffement

Le réchauffement climatique peut perturber ce moteur naturel. En surface, les eaux se réchauffent. Or une eau plus chaude est moins dense et plonge plus difficilement. Dans le même temps, la fonte du Groenland apporte davantage d’eau douce dans l’Atlantique Nord. Cette eau douce dilue le sel, ce qui réduit encore la densité de l’eau. Le problème est donc assez facile à comprendre : si l’eau devient moins froide et moins salée, elle plonge moins bien. Et si elle plonge moins bien, la circulation profonde peut ralentir. Les scientifiques surveillent particulièrement l’Atlantique Nord, car c’est l’une des zones clés de cette grande machine océanique. Il ne s’agit pas de dire que tout va s’arrêter brutalement du jour au lendemain, mais le ralentissement possible de cette circulation fait partie des grands sujets climatiques actuels.

Ce que cela pourrait changer

Un fort ralentissement de la circulation thermohaline modifierait la manière dont la chaleur circule autour de la planète. Certaines régions pourraient connaître des changements de températures, d’autres des modifications de précipitations ou de vents. Les écosystèmes marins pourraient aussi être touchés, car les courants transportent non seulement de la chaleur, mais aussi de l’oxygène et des nutriments. Pour les façades maritimes, ce type de changement n’est pas anodin. Les océans influencent les saisons, les tempêtes, les brouillards, les sécheresses, les pluies et même la productivité des zones de pêche. Derrière un courant profond, il y a donc bien plus qu’un mouvement d’eau : il y a une partie de l’équilibre maritime et climatique mondial.

C’est ce qui rend ce sujet si fascinant. Les courants thermohalins ne se voient pas, ne se sentent pas directement depuis le pont d’un bateau, mais ils participent à l’organisation de la planète. Ils rappellent que l’océan n’est jamais immobile, même lorsqu’il paraît parfaitement plat.

Le climat se joue aussi dans les profondeurs

La circulation thermohaline est l’un des meilleurs exemples de la puissance cachée des océans. Elle montre que le climat ne dépend pas seulement de l’atmosphère, des nuages ou des vents. Il dépend aussi de masses d’eau qui plongent, remontent, se déplacent et transportent de l’énergie sur des distances immenses. Pour la culture nautique, ce sujet est essentiel, car il permet de regarder la mer autrement. Derrière la navigation, les routes maritimes, les tempêtes et les paysages côtiers, il existe une mécanique profonde qui relie tous les océans. Une mécanique lente, silencieuse, mais déterminante.

Les courants thermohalins sont le grand moteur invisible de la planète bleue. Ils ne font pas de bruit, ne dessinent pas de vague spectaculaire et ne se lisent pas toujours sur les cartes marines. Pourtant, ils participent à maintenir l’équilibre du climat, à nourrir les océans et à connecter les mers du monde entre elles. C’est peut-être cela, au fond, qui les rend si puissants : ils agissent loin du regard, mais au cœur même du fonctionnement de la Terre.

 

 

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Nathalie Moreau
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Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
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Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
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Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
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Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel ULRICH a navigué en plaisance le long de la côte atlantique, et embarqué au long cours sur des navires de la marine marchande, accumulant une large expérience de nombreuses expéditions maritimes. Il est un bénévole engagé à la SNSM (canotier, ancien vice-président de la station de l’Herbaudière) depuis plus de dix ans. Capitaine 200 UMS, il est maintenant auteur et conférencier dans le domaine de l’histoire maritime, lauréat (mention 2024) de l’Académie de Marine, auditeur de l’Académie de Marine, membre associé de la Fédération Maritime (Maison de la Mer à Nantes).
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METEO CONSULT est un bureau d'études météorologiques opérationnel, qui assiste ses clients depuis plus de 30 ans. Les services de METEO CONSULT reposent sur une équipe scientifique de haut niveau et des moyens techniques de pointe. Son expertise en météo marine est reconnue et ses prévisionnistes accompagnent les plaisanciers, les capitaines de port et les organisateurs de courses au large depuis ses origines : Route du Rhum, Transat en double, Solitaire du Figaro…
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Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
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Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.
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