Chez ces poissons, changer de sexe est une stratégie de vie

Culture nautique
Le Figaro Nautisme
Par Le Figaro Nautisme

Mérous, labres et poissons-clowns ne suivent pas tous le même parcours reproductif. Chez certaines espèces, le sexe peut changer à l’âge adulte, parfois après un bouleversement social. Un phénomène spectaculaire, mais parfaitement réglé par l’évolution.

Mérous, labres et poissons-clowns ne suivent pas tous le même parcours reproductif. Chez certaines espèces, le sexe peut changer à l’âge adulte, parfois après un bouleversement social. Un phénomène spectaculaire, mais parfaitement réglé par l’évolution.

© AdobeStock - Noemi Santucci

Dans un récif corallien, la disparition d’un seul individu peut rebattre toutes les cartes. Un grand mâle labre n’est plus là ? La plus imposante femelle du groupe modifie son comportement, puis sa couleur et enfin ses organes reproducteurs. Chez le poisson-clown, le scénario se joue dans l’autre sens : si la femelle dominante disparaît, le mâle reproducteur prend sa place et devient femelle. La nature n’improvise pas. Elle active un programme biologique que ces poissons portent déjà en eux.

Ce phénomène porte un nom : l’hermaphrodisme séquentiel. Contrairement à une espèce hermaphrodite simultanée, qui possède en même temps des fonctions mâle et femelle, le poisson change ici de fonction sexuelle au cours de sa vie. Le mécanisme ne concerne qu’une minorité d’espèces, mais les poissons sont les seuls vertébrés chez lesquels ces transitions adultes sont aussi diverses et bien documentées.

De femelle à mâle, ou de mâle à femelle

Les biologistes distinguent deux grandes trajectoires. La protogynie désigne le passage de femelle à mâle. Elle est fréquente chez certains labres, poissons-perroquets et mérous. La protandrie décrit le chemin inverse, de mâle à femelle, comme chez les poissons-clowns et plusieurs sparidés. Quelques espèces de gobies peuvent même changer dans les deux sens selon la composition du groupe.

Ces mots savants cachent une logique assez simple : un individu change lorsque sa taille et sa position sociale lui permettent de mieux se reproduire dans l’autre sexe. Dans un système où un gros mâle défend un territoire et féconde plusieurs femelles, rester une petite femelle puis devenir un grand mâle peut être avantageux. Chez le poisson-clown, qui vit en petit groupe dans une anémone, une grande femelle produit davantage d’œufs. Commencer comme mâle, puis devenir femelle en accédant au sommet de la hiérarchie, peut donc maximiser le succès reproductif.

Le récif donne le signal

Le changement n’est pas une décision consciente. Il est déclenché par des signaux sociaux — disparition du dominant, modification de la hiérarchie, présence ou absence d’un partenaire — qui agissent sur le cerveau, les hormones et les gènes. Les gonades adultes conservent une étonnante plasticité : le tissu ovarien peut régresser tandis qu’un tissu testiculaire fonctionnel se met en place, ou l’inverse.

Le labre à tête bleue des Caraïbes en offre l’exemple le plus saisissant. Quand le mâle dominant disparaît, la plus grande femelle adopte un comportement masculin en quelques minutes. Sa livrée commence à évoluer en quelques heures. En une dizaine de jours, son ovaire est devenu un testicule capable de produire des spermatozoïdes. Son ADN n’a pas changé : ce sont les commandes qui activent ou éteignent certains gènes qui ont été profondément reprogrammées.

Le poisson-clown, une famille sous haute surveillance

Dans une anémone, la hiérarchie des poissons-clowns est visible à la taille. La femelle reproductrice est la plus grande, le mâle reproducteur vient ensuite, puis les individus non reproducteurs s’échelonnent en dessous. Si la femelle meurt, le mâle dominant devient femelle ; le plus grand subordonné accède alors au rang de mâle reproducteur. Le groupe conserve ainsi un couple sans devoir partir à la recherche d’un partenaire dans un récif où le déplacement peut être risqué.

Ce fonctionnement corrige au passage une célèbre fiction : si la mère de Nemo disparaissait, son père ne resterait pas durablement le père solitaire du dessin animé. Biologiquement, il serait le candidat naturel pour devenir la nouvelle femelle dominante. La vraie vie du poisson-clown est donc encore plus étonnante que le scénario.

Une souplesse qui a aussi ses limites

Tous les poissons ne peuvent pas changer de sexe, et ceux qui le peuvent ne basculent pas à volonté. Chaque espèce possède ses règles, son rythme et ses déclencheurs. L’âge, la taille, la saison de reproduction et l’organisation sociale comptent. Un changement peut aussi avoir un coût : pendant la transformation, l’individu traverse une phase où sa capacité à se reproduire est réduite.

Cette plasticité pose enfin des questions de conservation. Dans les espèces protogynes, la pêche ciblant les plus gros poissons retire souvent les mâles dominants. Cela peut dérégler les groupes, accélérer les changements de sexe et réduire temporairement la reproduction. Comprendre qui change, quand et pourquoi n’est donc pas une simple curiosité de biologiste : c’est aussi une information utile pour gérer durablement certaines populations.

Sous l’eau, le sexe n’est pas toujours une case fixée au départ. Chez ces poissons, il ressemble davantage à un rôle biologique que l’individu peut endosser lorsque sa croissance et la vie du groupe rendent ce changement profitable. Une démonstration très concrète de l’inventivité de l’évolution.

 

 

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Nathalie Moreau
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Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
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Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
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Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel ULRICH a navigué en plaisance le long de la côte atlantique, et embarqué au long cours sur des navires de la marine marchande, accumulant une large expérience de nombreuses expéditions maritimes. Il est un bénévole engagé à la SNSM (canotier, ancien vice-président de la station de l’Herbaudière) depuis plus de dix ans. Capitaine 200 UMS, il est maintenant auteur et conférencier dans le domaine de l’histoire maritime, lauréat (mention 2024) de l’Académie de Marine, auditeur de l’Académie de Marine, membre associé de la Fédération Maritime (Maison de la Mer à Nantes).
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Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
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Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.